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Mamour Cissé fait partie de la majorité présidentielle. Mais le leader du Psd/Jant bi ne cautionne pas la hausse sur le prix de l’électricité, un «échec de la gestion» de Makhtar Cissé. Il invite le Président Macky Sall à auditer la Senelec. Dans cet entretien, l’ancien député se désole de l’affaire Cissé Lô-Djibril War et se dit «consterné» par l’affaire Boughazelli.

En tant qu’ancien député, que vous inspirent ces insultes entre Moustapha Cissé Lô et Djibril War en pleine séance plénière à l’Assemblée nationale vendredi dernier ?
Tout le monde le regrette et s’en désole. C’est légitime parce que ce n’est pas ce qu’on attend de l’Assemblée nationale qui est une haute représentation de la souveraineté du Peuple. Les gens doivent se rappeler cela. En tant que majorité, nous avons le devoir d’impulser une pédagogie qui montre une belle image de notre pays pour élever le niveau du débat. C’est ça l’enjeu pour la majorité parlementaire. Il faut reformuler notre dynamique de communication au sein de l’Assemblée nationale pour aboutir à une communication de vertu à la laquelle les populations vont adhérer du fait de son caractère respectueux des normes, des règles de la bienséance et de la morale. Cela ne peut pas continuer à voler aussi bas au ras des pâquerettes.

Comment comprenez-vous la réaction du fils de Moustapha Cissé Lô qui, à l’Assemblée nationale, menace de représailles le député Djibril War ?
Je ne voudrais pas personnaliser le débat. Je m’en limite à ce que j’ai déjà dit.

Une Assemblée nationale qui a encore fait l’actualité avec l’affaire Boughazelli…
L’affaire Boughazelli nous choque, surtout par rapport à ce qui a été rapporté dans la presse. Raison pour laquelle, je suis consterné et étonné. Je suis profondément gêné pour le Sénégal, son image éclatante dans un contexte où le leadership vertueux du président de la République force l’admiration et le respect dans le monde entier. Comme en attestent le Prix Medays qui lui a été décerné et la décision de la nouvelle directrice du Fmi de consacrer sa première visite officielle à notre pays en hommage à l’exemplarité de son management. Telle qu’elle est relatée à travers la presse, cette affaire Boughazelli est comme un cheveu dans la soupe. Le Peuple sénégalais tient à l’éclatement de toute la vérité dans cette rocambolesque affaire. Toutefois, il faudra faire preuve de sérénité, éviter les amalgames et les conclusions hâtives en vertu de la présomption d’innocence. Une instruction est en cours, il faut donc laisser les hommes de l’art conduire la procédure. Je tiens à dire aussi qu’il ne faut pas que l’arbre de certains scandales nous cache la forêt des avancées significatives, dans la lutte multiforme contre la délinquance dans ses divers aspects. C’est la raison pour laquelle, nous encourageons le ministre de l’Intérieur et saluons son engagement acté par la mise en place d’un nouveau dispositif de sécurité de proximité dans les zones criminogènes de la banlieue.

Approuvez-vous la mesure de hausse sur le prix de l’électricité ?
D’abord, permettez-moi de m’indigner par rapport aux propos choquants tenus par l’ancien Directeur général de la Senelec (Makhtar Cissé, Ndlr). L’actuel Dg de la Senelec est un homme qui respecte les Sénégalais. Il a tenu une conférence de presse pour expliquer les raisons. Cette hausse est un échec de la gestion de l’ancienne direction. On nous avait vendu une très bonne gestion de la part de l’ancienne direction. On nous avait donné l’impression que tout marchait avec un leader extraordinaire. Bref, que tout était au vert. Subitement, augmenter les tarifs veut dire que la gestion posait problème. Cela est en train d’éroder le pouvoir d’achat des Sénégalais. 6 à 10%, c’est quelque chose d’assez important.

L’ancien Dg, aujourd’hui ministre des Energies et du pétrole, a engagé son successeur à la Senelec à refuser que son intelligence soit insultée par la pression sociale…
C’est une sortie très maladroite. Quelle est cette idée d’appeler l’actuelle direction à la confrontation ? La Senelec est un patrimoine national. Les Sénégalais ont le droit de s’indigner et on continuera à le faire. Il est arrogant et se prend pour qui ? Les plans de carrière ne nous importent pas. Ce qui nous intéresse, c’est le devenir de notre pays. Si la Senelec était aussi bien managée, on n’aurait pas eu besoin de cette hausse sur le prix de l’électricité. Il faut dialoguer car rien ne sert d’être dans une logique de confrontation.

Pour vous, cette hausse est la conséquence d’une mauvaise gestion de la part de Makhtar Cissé à la Senelec ?
Cette gestion pose problème. C’est ce qui justifie qu’on augmente les tarifs. Je pense qu’il y a eu des rapports circonstanciés et on doit sortir tout cela. On a toujours dit que la marmite était trop belle. Les Sénégalais ont reçu un coup de gourdin sur la tête. Le prix du baril du pétrole a été tellement bas que l’on s’attendait à une baisse. En toute bonne foi, la hausse du prix est un échec de la gestion de la Senelec. Je demande au président de la République de faire un audit de la Senelec. Cela va nous édifier sur l’augmentation de la masse salariale qui est passée d’une trentaine de milliards à plus de 55 milliards entre 2015 entre 2018. On veut des édifications sur ce qu’on nous avait vendu et si cette hausse ira sur des investissements et non sur du fonctionnement.

Pour vous, le ministre Makhtar Cissé a un plan de carrière ?
En tout cas, je ne comprends pas.

Il est présenté comme l’un des potentiels successeurs de Macky Sall en 2024…
Je n’en sais rien. Je dis que ces positions tranchées ne règlent rien du tout. Sa sortie est une insulte aux Sénégalais. Malgré mon appartenance à la majorité, je suis profondément choqué par ses propos. Il ne peut pas nous interdire de nous indigner. D’ailleurs, personne ne peut nous en empêcher parce que la Senelec appartient aux Sénégalais.

Guy Marius Sagna s’est indigné devant les grilles du palais de la République avant d’être arrêté. Est-ce que vous le comprenez ?
Guy Marius est un comédien qui ne me fait pas rire. Comment peut-on s’arroger le droit de défendre coûte que coûte les intérêts des Sénégalais dans un combat auquel vous n’êtes pas invité ? Cette soi-disant Société civile se décrédibilise gravement. Guy Marius Sagna était seul dans son combat, c’est ridicule ! Pourquoi les Sénégalais ne l’ont pas suivi devant les grilles ?
Il est arrêté au moment où des responsables au pouvoir qui sont épinglés par l’Armp ne sont pas inquiétés.

Est-ce que cela ne renforce pas la théorie d’une justice sélective ?
Non. Mais je pense que ces rapports doivent être transmis à la justice pour qu’elle fasse son travail. Il faut des réformes et faire en sorte que les rapports soient envoyés directement au Parquet. Pour moi, ces rapports doivent être envoyés au Doyen des juges parce qu’il s’agit d’argent public.

Quelle est la position du Psd/Jant bi sur le report des Locales dont la date est prévue au plus tard le 28 mars 2021 ?
Quel débat ! D’abord, notez qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Depuis 1984, aucune élection locale ne s’est tenue à date échue dans ce pays. Alors, on fait semblant pour accréditer la thèse d’un forcing de l’Etat. C’est totalement faux ! L’Etat, dans ce report, ne cache ni calculs ni complexe. Tout simplement parce qu’il était déjà fin prêt pour les organiser à la date retenue de décembre 2019. Et toutes les dispositions avaient déjà été prises pour son organisation, tant du point de vue financier, matériel qu’humain. C’est plutôt l’opposition elle-même qui a chamboulé le calendrier. C’est elle qui a réclamé, intraitable sur cette question, l’installation d’une Commission cellulaire pour l’audit du fichier et l’évaluation exhaustive du processus électoral. Pour l’opposition, il n’était plus question d’aller à quelque élection que ce soit sans ce préalable-là. Et c’est ainsi que, pour montrer sa disponibilité à faire bouger les lignes, sa bonne foi et sa volonté de décrispation de l’espace politique, le président de la République a donné une suite favorable à cette requête. A partir de ce moment, le report était devenu inéluctable. Aujourd’hui, nous sommes à 36 séances de discussions au sein de ce cadre de concertation politique. Cela a permis de trouver au moins 10 points d’accord dont ce consensus fort sur le report des Locales. La date butoir du 28 mars 2021 est une date parfaitement raisonnable.

La conséquence de ce report, à votre avis, est-ce une prorogation du mandat des élus ou l’installation de délégations spéciales ?
D’accord, les mandats des élus sont en conséquence prorogés et les délégations spéciales auraient pu être une option. Mais le président de la République, en démocrate, c’est-à-dire respectueux de la volonté populaire, a préféré s’inscrire dans la dynamique de mettre en avant la légitimité que confère la souveraineté du Peuple, qui a choisi ces élus-là. Ainsi, restent élus ceux que le Peuple lui-même avait investis de sa confiance. Mais à contrario, imaginez le Président nommant à lui seul, d’un seul coup, plus de 550 maires du Sénégal ! Macky Sall ne mange pas de ce pain-là, même si l’emballage est séduisant. D’ailleurs, l’opposition, qui veut toujours une chose et son contraire, aurait encore rué dans les brancards en disant que le Président n’aura nommé que des gens à sa solde. Cette histoire de délégations spéciales, c’est une mauvaise querelle agitée surtout par d’anciens maires qui, pourtant, avaient su profiter du prolongement de leur mandat, induit d’un report à l’époque, sans piper un seul mot. C’est le cas de Cheikh Bamba Dièye, ex-maire de Saint-Louis, qui a bénéficié de la prorogation du mandat des élus. Il n’avait pas pleurniché. La délégation spéciale est anti-démocratique. Cela rimerait avec la dictature.

Cheikh Diallo, ex-théoricien de la Génération du Concret, propose que le maire de Dakar soit nommé par décret présidentiel. Etes-vous d’accord avec lui ?
Nommer un maire de Dakar par décret, ce n’est pas démocratique. Le Président Sall pouvait installer partout des délégations spéciales. Il ne s’est pas inscrit dans cette dynamique, je salue sa posture de démocrate.

On a vu que la plupart des alliés qui ont dernièrement soutenu le Président Sall à la Présidentielle de 2019 ont été servis. Avez-vous des problèmes avec le Président Macky Sall ?
(Rires) Loin de là ! Nous n’avons aucun problème avec le Président Macky Sall ! Au contraire, nous consolidons nos relations et continuons, en ce qui nous concerne, d’acter notre engagement à ses côtés, dans la loyauté et l’esprit de vérité. Nous sommes aux côtés du Président parce qu’il est à la tâche pour servir son Peuple, sincèrement, avec des réalisations concrètes, indiscutables et vérifiables dans tous les secteurs de la vie nationale. C’est cela qui nous importe. Mais bien sûr, nous entendons bien les complaintes dans les structures de base de notre parti. C’est normal que les gens s’interrogent, dès lors qu’ils pensent que nous avons assumé et déroulé notre part de loyauté vis-à-vis du Président. A la base, nos militants ont le sentiment d’une certaine injustice. Ça peut se comprendre, mais nous gérons cette situation sans être dans une posture opportuniste de captage de prébendes. Le Psd/Jant bi vaut bien mieux que cela et nous en sommes convaincus, le Président le sait aussi.

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