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Bamba Fall et ses autres camarades socialistes, mis en cause dans l’affaire du saccage de la Maison du parti, ont été placés sous mandat de dépôt hier par le Doyen des juges d’instruction. Leurs avocats parlent d’«instrumentation de la justice pour des règlements de comptes politiques».

Après trois retours de Parquet, Bamba Fall et Cie ont passé hier leur première nuit à Rebeuss. Le pas lourd, la mine sereine, mais étreinte par la nouvelle, Me Aïssata Tall Sall quitte le bureau du juge d’instruction. L’avocate se dirige vers Khalifa Sall, débout dans un coin du Palais de justice depuis 10 heures. Le regard franc en direction du maire de Dakar, elle livre : «Nous avons tout fait, mais le juge est resté inflexible. Nous avions affaire à un règlement de comptes politiques.» Stoïque, le maire de Dakar s’efforce de ne laisser transparaître aucun sentiment dépressif. Il est 21h 20. Le ciel s’est assombri. Chez les militants aussi. Crises d’hystérie, évanouissement, larmes…, les militants socialistes essentiellement venus de la Médina n’ont pas contenu leurs émotions. Accompagnés du maire de Dieuppeul Derklé, Cheikh Guèye, du député Ami­nata Diallo, de Moussa Sy, de Cheikh Bamba Dièye, de Moussa Tine, entre autres, Khalifa Sall s’est évertué à calmer ses partisans désemparés. «Tanor est un traître», vocifère une militante socialiste.
Pourtant en début de matinée, les partisans de Bamba Fall et Cie affichaient l’optimisme. Arborant des brassards rouges et des tee-shirts estampillés «Je suis Bamba Fall», ces centaines de militants animaient la cour par moments, en scandant «Libérez Bamba !». Des espoirs qui seront refroidis par la sortie de Me El Hadji Diouf en fin de journée. L’avocat indique clairement que le maire de la Médina et ses co-accusés allaient d’une minute à l’autre rejoindre la prison. La tristesse refait surface. Les insultes fusent de toutes parts. Le brin d’espoir éphémère. Les véhicules pick-up de l’Administration pénitentiaire n’ont pas encore transporté les futurs détenus. Alors, on s’accroche à l’idée de ne pas croire aux paroles de Me El Hadji Diouf. Ils ne doutent pas que l’échéance n’est que repoussée. Le destin des accusés est scellé. Pour de bon. «Malgré 8 mois d’enquête, il n’y a pas eu d’arrestation. Toutes ces personnes, sur la base des mêmes demandes, des mêmes faits qui avaient fait l’objet d’une enquête, ont été placées sous mandat de dépôt», a déclaré Me Demba Ciré Bathily, membre du pool de la défense à la fin de l’audition, devant ses confrères Mes Aïssata Tall Sall, Seydou Diagne et Ciré Clédor Ly.

«Instrumentalisation de la justice»
La robe noire s’interroge. «Nous avons le sentiment d’une instrumentalisation de la justice à des fins de liquidation politique. Nous avons le sentiment que la politique est au-dessus de la loi», constate Me Bathily. Son confrère, Ciré Clédor Ly, surfe sur la même vague : «On a toujours dit qu’il n’y pas de justice dans ce pays. Les magistrats ne sont pas indépendants. On arrête les gens sur la base de mensonges. On a les vidéos. Ce sont ceux qui ont porté plainte qui ont tout organisé. Ils doivent être arrêtés. C’est la justice de l’hypocrisie. Près de 20 avocats ont plaidé pendant 9 heures.» Il ajoute : «Le juge a dit que l’enquête vient de commencer. Donc, rien n’est encore clair. Si c’est le cas, pourquoi emprisonner des gens ? On ne peut pas sur cette base priver les gens de leur liberté. Si les faits sont graves, pourquoi on ne les a pas arrêtés depuis longtemps ? Le déroulement de cette affaire montre que justice a été rendue avant l’heure. Et ça, c’est un scandale dans un Etat de droit. Cette affaire n’est pas dirigée contre Khalifa Sall, mais contre la Nation sénégalaise.»
Bamba Fall est envoyé en prison avec Bira Kane Ndiaye, directeur de cabinet du maire de Dakar, Bassirou Samb, chef de cabinet du maire de Grand Yoff, Cheikh Tidiane Sall, neveu de Khalifa Sall, Malick Kébé Dieng, Abdourahmane Mbaye, Abdou­laye Wone, Serigne Saliou Guèye. Après Amath Diouf qui les a devancés à Rebeuss vendredi dernier. Il leur est reproché les faits de tentative d’assassinat, d’injures publiques, de violences et voies de fait, de coups et blessures volontaires, de destruction de biens appartenant à autrui et de menace de mort dans le cadre du saccage de la Maison du parti lors du bureau politique du 5 mars 2016 qui devait trancher sur la position du Ps sur le référendum.

bgdiop@lequotidien.sn

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