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Du Casino de Bourguiba aux Allés du Centenaires, des milliers de Sénégalais ont marché hier pour réclamer l’organisation d’élections libres et démocratiques, entre autres.

Pour la marche d’hier organisée par l’Initiative pour des élections démocratiques (Ied), des milliers de Sénégalais ont battu le macadam du supermarché Casino de la Rue 10 jusqu’à la rue 25 x Centenaire rebaptisée au nom de Vieux Sing Faye. En cette après-midi, les rayons du soleil ont perdu de leur corrosivité, fraîcheur oblige. Pas de quoi entamer la détermination des marcheurs qui, écharpe rouge au cou, brandissent les pancartes sur lesquelles sont gravées leurs revendications. «Non au recul démocratique», «Nous voulons nos cartes d’électeur», «Oui à une autorité indépendante pour organiser les élections», «Non à l’instrumentalisation de la justice pour éliminer des adversaires politiques»…

Guerre des pancartes entre Karimistes, Khalifistes…
Mais dans cette guerre des pancartes, une bataille de légitimité s’est encore une fois invitée à la marche. Au fil des pas, chaque camp fait l’éloge de son leader. C’est le cas des militants de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail de Abdoul Mbaye (présent). Slalomant avec passion entre les grappes humaines, leurs cris se confondaient avec ceux des Karimistes. Appuyés par un impressionnant véhicule de sonorisation, les mouvements fidèles à Karim Wade ont semblé oublier l’objectif de la manifestation. Leur spectacle était proche d’un meeting. Louanges, exhibition d’ambitions… ils ne se sont pas faits uniquement des amis dans la foule diaprée. En ritournelle, le tube de Pape et Cheikh à la gloire de Me Abdoulaye Wade redonne au fil de la marche de l’énergie aux Karimistes.

Pape Diop : «Le défi de la mobilisation a été relevé»
Dans cette ambiance, les Khalifistes pointent leur bout de nez. Même s’ils ne sont pas membres de l’Ied, les hommes du maire de Dakar, sous la houlette de Bamba Fall et Barthélemy Dias, portent hautement et fièrement les pancartes estampillées «Khalifa Président». La somme de toutes ces identités remarquables de l’opposition suscite le sourire chez les leaders présents. «Le défi a été relevé», jubile Pape Diop, leader de Bokk gis gis sous les vivats de la foule. D’après lui, cette mobilisation doit être maintenue. Mais l’appétit venant en mangeant, dit-on, l’ancien maire de Dakar en veut plus : «Je crois que cette mobilisation ne devra plus faillir. Nous devons, dans les jours ou mois à venir, faire des mobilisations beaucoup plus grandes que celle-là.» Secrétaire général adjoint du Pds, Oumar Sarr a compris le message de son ex «frère» de parti : «La voie que nous avons empruntée aujourd’hui est la bonne. Il faut faire bouger ce pays. Avoir des élections libres et transparentes passe par des mobilisations de ce genre.»
La mobilisation saluée, le réquisitoire du régime de Macky Sall pouvait démarrer. «On ne peut pas aller à des élections pour lesquelles 2,5 millions d’électeurs n’ont pas reçu leurs cartes. A partir de maintenant, on va accentuer la pression pour avoir nos cartes d’électeur», avertit Mamadou Lamine Diallo, député et leader du mouvement Tekki. Mamadou Diop Decroix de renchérir : «Allez vous inscrire sur les listes électorales ! Macky Sall veut que ceux qui sont contre lui ne puissent pas avoir de carte. Au mois de mars, la révision des listes électorales va commencer.»
Sur cette question des élections, relève Pape Diop, le président de la République Macky Sall «refuse le bulletin unique parce qu’il mise encore sur les achats de conscience». En tout cas, «le Sénégal est en net recul», alerte le Pr Bouba Diop de Taxaw temm : «On a vécu au Sénégal plus de 50 ans de misère et le Peuple a besoin d’une alternative. Pour cela, il faut se battre.» Se battre, c’est également le mot d’ordre de l’ancien président de l’Assemblée nationale. Pape Diop jure : «Nous userons de la rue pour avoir nos droits. Si on répète partout au Sénégal ce genre de mobilisation, Macky Sall va quitter ce pays. C’est le combat qui va nous permettre de gagner et de le bouter hors du Sénégal.»

Oumar Sarr : «On exige la fin du procès de Khalifa et le retour de Karim»
Mais au-delà de la restitution des cartes réclamée par l’opposition sénégalaise, l’objet de la marche était également de dénoncer la détention «arbitraire» de Khalifa Sall en prison depuis plus de 11 mois dans l’affaire dite de la caisse d’avance de la Ville de Dakar. «Il faut arrêter les poursuites injustes contre les responsables politiques. Il faut arrêter le procès de Khalifa Sall. On demande sa libération immédiate et le retour sans condition de Karim Wade», exige Oumar Sarr accompagné de Babacar Gaye, Assane Ba, Bakhaw Diongue, Ibra Diouf Niokhobaye.

TAS : «Macky Sall a trahi ses engagements vis-à-vis du Peuple»
Pour sa part, Thierno Alassane Sall estime que Macky Sall a «trahi ses engagements vis-à-vis du Peuple sénégalais». L’ancien ministre de l’Energie d’argumenter : «On devait dépasser l’étape d’organisation des élections. Les Législatives étaient juste un putsch organisé. Si Macky Sall est incompétent pour juste fabriquer et délivrer des cartes d’électeur aux Sénégalais, comment peut-il amener ce pays vers l’émergence ? Depuis 6 ans, il peine à satisfaire les enseignants qui étaient hier dans la rue, les médecins, les magistrats… C’est le Peuple tout entier qui se plaint.»
Echec, c’est également le terme attribué au Président Sall par le député rewmiste Déthié Fall. «Ces désaccords sur le processus électoral marquent de façon nette l’échec du Président Macky Sall. Ses prédécesseurs avaient réussi à réunir toutes les forces vives de la Nation à l’approche des élections pour avoir des consensus forts, mais ce n’est pas possible avec Macky Sall parce qu’il est connu comme quelqu’un qui ne respecte pas sa parole», dit-il.
bgdiop@lequotidien.sn

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