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Au troisième centre de pêche artisanale du Sénégal, la population se mobilise contre l’installation d’une usine de fabrique de farine et d’huile de poisson qui va impacter négativement, selon elle, leur environnement.

La construction d’une usine de fabrique de farine et d’huile de poisson dans le troisième centre de pêche artisanale du Sénégal est la source de colère des populations de Cayar. Qui, à la faveur d’un point de presse, dénoncent l’installation de cette industrie dans leur localité et l’impact environnemental qu’elle va engendrer. Aussi, elles se sont offusquées du mutisme des autorités, surtout celle du ministère de la Pêche et de l’économie maritime, Oumar Guèye, qui «n’a pas respecté ses engagements». En effet, explique le porte-parole du collectif «Takhawou Cayar», Mamadou Lèye, «lors d’une récente visite de terrain, le ministre avait adopté une attitude intransigeante sur l’implantation de cette usine très dangereuse sur la santé des populations. Il s’était opposé à ce projet en donnant l’assurance de ne cautionner aucune délibération devant permettre l’ouverture de cette usine». Mais depuis, se désole-t-il, «c‘est comme si le ministre a modifié sa posture en émettant un avis favorable». Scandaleux, selon les Cayarois qui dénoncent surtout l’emplacement de l’usine sur le site de Tentème Extension, près de Diokhop, dans une «zone habitable», mais aussi «les conséquences environnementales désastreuses avec le déversement des eaux usées et souillées et l’odeur nauséabonde que cela va engendrer, des déchets et le caractère polluant de ces usines de fabrique de farine et d’huile de poisson». Ce qui est, aux yeux de M. Lèye, «la porte ouverte aux maladies, aux infections respiratoires, entre autres». Ainsi, il lance un appel au ministre de l’Environnement, Mame Thierno Dieng, pour qu’«une telle injustice soit réparée», de l’avis de Mamadou Lèye, «con­for­mément à la Constitution, donc au Code de l’environnement notamment la loi 2001-01 du 15 janvier 2001, dans son chapitre 3-L/11, qui nous garantit un environnement sain et qui lutte contre les différentes sortes de pollutions». Pour lui, «nous nous dressons comme un seul homme contre cette tentative qui rame à contre-courant des principes et du Code de l’environnement». Les populations se disent surtout choquées par le fait que «le promoteur nous avait fait comprendre, à notre grande surprise, qu’il avait déjà fait une étude d’impact environnemental, mais nous savons que personne dans la communauté n’y a été associé. C’était une audience sélective et nous n’avons jamais reçu la restitution. Et même par rapport à ce supposé cabinet qui était chargé de faire les études, aucun Cayarois ne peut certifier que ses éléments sont venus recueillir au sein de la population des avis ou faire des enquêtes comme il se doit». Selon le porte-parole des populations, «nous doutons de leur bonne foi et de l’opportunité d’implanter cette usine chez nous». Et pendant ce temps, poursuit-il, «l’entreprise, qui serait la propriété d’un exploitant espagnol, mais gérée par l’intermédiaire d’un promoteur sénégalais, continue de faire ses travaux. D’ailleurs, nous avons constaté que le promoteur est en train de décharger son matériel pour l’exploitation».

Impact sanitaire et environnemental
Par ailleurs, M. Lèye interpelle les autorités, notamment le ministre de la Pêche, Oumar Guèye, pour lui demander : «Qu’en est-il de l’engagement qu’il avait pris devant la population de Cayar ?» Mamadou Lèye se veut clair : «Nous manifestons notre désaccord par rapport à l’implantation de cette usine de fabrique et d’exploitation de farine et d’huile de poisson.» Il est catégorique : «Les exploitants nous font croire qu’ils vont utiliser des technologies de pointe, entre autres. Nous sommes ici en Afrique, et nous nous voulons préventifs et alerteurs, pour ne pas subir et payer les conséquences. D’autres sources nous rapportent même que le promoteur nous promet un poste de santé bien équipé, mais nous tenons à lui faire comprendre que notre santé n’a pas de prix. Nous ne préférons pas un poste pour nous soigner, mais plutôt ne pas en disposer et préserver notre santé. Nous n’en voulons pas. Certes Cayar veut le développement, mais nous avons quand même besoin d’un développement sain, qui respecte notre cadre de vie, notre bien-être.»
A la question de savoir si les autorités locales et administratives ont été saisies, le collectif renseigne qu’elles font la «sourde oreille». «Nous les avons saisies pour les prévenir du danger que représente cette usine. Malheureusement, toutes ces lettres sont restées sans réponse. Et aujourd’hui, nous informons l’opinion nationale et internationale quant au danger qui guette Cayar», précise M. Lèye. Ainsi, les populations, à l’unanimité, avertissement les autorités. Elles envisagent «d’autres actions». Déjà, elles signalent qu’une pétition est en cours. «Nous avons décidé d’aller jusqu’au bout de notre logique dans cette lutte contre toutes sortes de pollutions et de nuisances par rapport à notre cadre de vie», menacent-elles.
nfniang@lequotidien.sn

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