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Le rassemblement du mouvement Aar li nu bokk =Sunupétrole= qui a été interdit hier a été tué dans l’œuf par la police. Les Forces de l’ordre ont procédé à plusieurs arrestations.

Il y avait du gaz hier à la Place de l’Obélisque. Venus dénoncer les contrats pétroliers et gaziers signés par Macky Sall, les manifestants du collectif Aar li nu bokk ont été gazés par la police sans état d’âme. Le marché Colobane a été transformé en un théâtre d’affrontements entre jeunes et Forces de l’ordre. La fumée qui se dégageait des pneus brûlés enveloppait le ciel, l’atmosphère devenait irrespirable. En effet, des jeunes ont mené la soirée dure à la police. Certains s’étaient repliés au terrain de jeu en face du marché où l’accès aux véhicules est presqu’impossible. Au même moment, une pluie de pierres s’est abattue sur les voitures des éléments de la police. Et face à la furie des manifestants, les Forces de l’ordre étaient obligées de revoir leur stratégie en reculant. Du côté des manifestants, c’est la jubilation d’une bataille gagnée. Mais la guerre venait de commencer. Le véhicule Automitrailleuse légère (Aml) blindé était en première ligne. L’après-midi de ce vendredi a été marqué par des scènes de course-poursuite dans les ruelles de Fass et Colobane, quartiers situés à proximité du lieu du rassemblement qui a été interdit par le préfet.

Le sous-préfet «Jack Bauer» en action
Les opérations ont été menées sous la supervision du sous-préfet de Dakar-Plateau Djiby Diallo, surnommait «Jack Bauer». «Toi, tu viens sans casque», fait remarquer le commandant des opérations à l’autorité administrative. Les deux hommes rigolent avant de s’éloigner des yeux et oreilles indiscrets. Après quelques minutes de conciliabules, ordre est vite donné aux policiers de foncer sur les téméraires qui, depuis quelques minutes, tentent tant bien que mal de leur tenir tête. C’est le sauve-qui-peut. Pendant ce temps, l’Aml blindé continue son bombardement. Non loin du boulevard Centenaire, un groupe de jeunes occupent une ruelle de Fass pour empêcher les manifestants d’envahir leur quartier. Ils ont refusé tout spectacle entre les deux camps dans leur périmètre. Plus loin, une foule est amassée devant un immeuble de quatre étages en construction. Sur place, les commentaires vont bon train. La police est accusée d’être à l’origine de la chute d’un maçon d’un immeuble. Pour certains badauds, c’est à cause de l’odeur des gaz lacrymogènes qu’il est tombé. Un élément de la Croix-Rouge qui a débarqué en moto a assuré les premiers soins avant l’arrivée des sapeurs-pompiers qui l’ont évacué à l’hôpital. «Le Sénégal n’appartient pas à Macky Sall. Laissez-nous marcher ! Corrompus ! Ne tirez pas, nous sommes des frères», scandent des jeunes. La réponse de la police ne s’est pas fait attendre. Ils ont été tout bonnement gazés. «La presse, circulez ! Quittez ici !», balance un policier à la figure des journalistes. Les minutes s’égrènent. La température monte.

Des manifestants dont Simon et Aliou Sané de Y’en a marre arrêtés
La police a déjà commencé à mettre la main sur certains. Pris en pleine interview avec la presse, le rappeur Simon a été extrait de la meute de journalistes pour être conduit dans la voiture. Destination inconnue. Aliou Sané, coordonnateur du mouvement Y’en a marre, lui, a été stoppé à quelques jets de pierres du lycée John Fitzgerald Kennedy. Les bras croisés en l’air, il sera mis dans le panier à salade. Sans résistance. Il est acclamé par des habitants des Hlm Fass qui suivaient la scène de leur terrasse. «Fermez ! Fermez !», ordonne un officier à ses éléments qui ont embarqué ce leader de Aar li nu bokk. Ils ne sont pas seuls, car Guy Marius Sagna du mouvement Frapp/France dégage et d’autres anonymes ont été arrêtés.

Abdoul Mbaye, TAS, Mamadou Lamine Diallo bloqués dans les quartiers
Ça chauffe, mais pas l’ombre d’un leader politique du mouvement Aar li nu bokk. Finalement, c’est dans sa voiture que Abdoul Mbaye s’est adressé à la presse dans une ruelle de Fass. Habillé d’une chemise blanche, coiffé d’une casquette noire avec des lunettes, l’ancien Premier ministre a versé sa colère sur Macky Sall et son régime. C’est au bord de sa voiture que Mamadou Lamine Diallo a aussi fait sa déclaration. Alors que Thierno Alassane Sall a eu le courage de parler à l’extérieur avec le drapeau du Sénégal en main. Ousmane Sonko qui avait appelé tous les Sénégalais au rassemblement n’a pas été aperçu.
msakine@lequotidien.sn 

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