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Même en pleine saison sèche, Nguinth a toujours les pieds dans l’eau. Dans cette partie de la ville de Thiès, les populations vivent une sorte de déluge continu depuis douze ans. Plus d’une décennie de contact permanent avec les eaux boueuses et infectes, douze longues années de calvaire. Nguinth souffre.

«Douze ans dans l’eau, douze ans de colère.» Le «Y’en a marre» de Nguinth tonne fort. Les populations en ont assez. Elles sont agressées par les eaux. Elles vivent l’inondation au quotidien. Dans cette localité située au cœur du centre-ville de Thiès, l’espoir n’est plus permis. La plupart des habitants de cette localité vivent la souffrance à l’état pur. Ils pataugent dans la boue et limon. Dans certaines maisons, l’eau verdâtre y a élu domicile. Les meubles flottent. Des pans entiers de murs menacent de s’affaisser à cause de la forte humidité. Des maisons sont désertées par leurs occupants partis à la recherche d’espaces plus viables.  Le mal est-il irrémédiable ? Certains experts de l’aménagement de la ville soutiennent l’affirmative. Pour eux, Nguinth est une zone marécageuse. La nappe y affleure et les herbes poussent drues à longueur d’année. L’eau verdâtre des dernières inondations comme un étang infesté refuse le lit qu’elle s’est taillé à travers les habitations. Conséquence : la zone est le lieu de prédilection d’animaux à la quête de nourriture mais aussi de reptiles qui hantent le sommeil des populations. Toute situation qui atteste, si besoin en est, que ce dit quartier est simplement impropre à l’habitation. Cette situation s’est aggravée avec les  fortes précipitations de la dernière pluie. «Nous sommes lassés par les manipulations politiques sur la question des inondations. Combien de fois les politiciens sont passés dans ce quartier avec des promesses jamais tenues. De ceux-là,  le premier vice-président du Conseil départemental de Thiès, Yankhoba Diattara, l’ex-ministre de l’Assainissement, Oumar Guèye, les députés de la coalition Benno bokk yaakaar et la liste n’est pas exhaustive. Même l’ex-ministre de la Restructuration et de l’aménagement des zones d’inondation, Khadim Diop, et le nouveau ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain de l’habitat et du cadre de vie, Pape Gorgui Ndong, sont passés par ici, mais jusqu’à présent, rien n’a été fait», s’indigne  un jeune du quartier dont le domicile a été englouti par les eaux. La trentaine révolue, de petite corpulence, Souleymane Kandji n’arrête pas de fulminer. Comme lui, plusieurs habitants de ce quartier souffrent dans leur chair. Leur dignité est presque bafouée. Leur santé demeure des plus précaires. «Combien de fois nous avons organisé des marches et des sit-in ? Combien de fois nous avons déversé notre colère sur les autorités ? Nous  en avons assez. Nous voulons qu’elles nous écoutent et règlent nos problèmes», gémit sa voisine. De l’avis de ces habitants, l’arrêt des chantiers de Thiès, le pont à ciel ouvert, la source d’eau de l’église catholique et le forage qui alimentait le château d’eau de Nguinth sont les causes principales des inondations. Ce calvaire qui ne dit pas son nom n’est pourtant pas le propre des seules populations de Nguinth. Dans les quartiers de Sampathé, Diamaguène, Hersent, Thially, des familles entières vivent dans une situation presque identique. Que dire des grandes avenues en plein centre-ville qui ne sont plus usitées et qui sont transformées en de véritables lacs artificiels à la moindre goutte de pluie ? Pour dire que les populations ne demandent qu’un bon système d’assainissement. Aussi espèrent-t-elles que le programme de relogement social, promis par le ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain de l’habitat et du cadre de vie, Pape Gorgui Ndong, ne reste pas à l’état de promesses.
nfniang@lequotidien.sn

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