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La cérémonie de pose de première pierre d’un bloc sanitaire au poste de santé de Diogo, entièrement financé par l’Association des ressortissants de cette localité à hauteur 50 millions de F Cfa, et de don d’un appareil échographie d’une valeur de 8 millions de F Cfa a été une occasion pour les populations de Diogo de se scandaliser de l’absence de retombées de l’activité minière de la Grande côte opérations (Gco) sur son territoire.

Quoiqu’abritant la troisième mine de zircon et d’ilménite au monde, Diogo peine encore à sortir de sa ruralité. Et les populations de cette localité sise dans la commune de Darou Khoudoss, dans le département de Tivaouane, n’en peuvent plus de continuer à observer, les bras croisés, l’exploitation de leurs ressources minières sans la moindre retombée pour leur survie. Elles se plaignent du délaissement à tort de Diogo plus que jamais confrontée à d’énormes difficultés, surtout liées au problème de la densification du fer dans l’eau. La teneur en fer étant en effet très élevée dans l’eau de boisson, engendrant de sérieux problèmes de santé. Et Bara Guèye, un membre de l’As­sociation des ressortissants de Diogo (Ard), de renseigner que «l’eau de notre localité est rougeâtre, elle n’est pas de qualité et reste donc très nuisible pour la santé. Elle serait même dangereuse pour le linge. Cela reste notre principale préoccupation». Les femmes de la localité s’engouffrent dans cette brèche, pour signaler : «Et même des fois, il nous arrive de prendre sur nous-mêmes la décision de fermer les robinets pour aller nous approvisionner au niveau des puits de la place, rien que pour nous procurer de l’eau de qualité.» Que dire du lamentable secteur sanitaire ? Un seul poste de santé polarise plus de 23 villa­ges. L’in­firmier-chef de poste toujours débordé est assailli de toutes parts. Conséquence, les patients éprouvent de réelles difficultés pour accéder aux soins de base. «Nous avons trois compartiments dans le poste de santé : la maternité, la salle d’hospitalisation et un bloc médecine. Des bâtiments très difficiles d’accès pendant l’hivernage, parce que tout le temps inondés en cette période. Du coup, nous avons des difficultés pour soigner les patients. Et pire, nous perdons souvent des archives parce que souvent mouillées. Et c’est très dur», regrette l’Infirmier-chef de poste de Diogo, Assane Diouf, qui fera noter que «la structure sanitaire est confrontée au fait que la demande est supérieure à l’offre. Nous recevons des ma­lades nous venant de partout et ce, jusqu’à Lompoul, dans le département de Kébémer (région de Louga). Et, malheureusement, les allocations du ministère de la Santé restent très en deçà des besoins». Un état de fait, qui «n’est pas sans conséquences sur le travail du personnel très insuffisant», selon l’Icp du poste de santé de Diogo. A en croire ce dernier, «nous sommes débordés avec la très forte demande. Le personnel de la structure sanitaire peine à prendre en charge tous les malades. Nous travaillons 24/24h et 7/7j. C’est très difficile». A cela s’ajoute un manque criard de matériels dont souffre l’infrastructure sanitaire. Assane Diouf s’offusque : «La santé étant une compétence transférée, nous déplorons le fait de n’avoir pas encore vu l’appui de la mairie de Darou Khoudoss, parce que les fonds de dotation qu’elle nous alloue arrivent tardivement. D’ailleurs, nous n’avons jusqu’à présent pas encore vu ceux de 2017.» Pour dire que, selon l’Icp, «la mairie se doit vite d’agir par rapport à la santé, parce que depuis longtemps nous avons souhaité qu’elle prenne en charge un agent communautaire où le chauffeur de l’ambulance mais cela tarde encore à être effectif». Quid de «l’électricité, une denrée rare», selon Bara Guèye, qui fustige le «travail» des autorités locales et administratives ? «Le sous-préfet refuse de nous aider dans le cadre du programme social minier de l’entreprise Gco. Quand nous l’appelons, il nous fait savoir que cette dite entreprise ne peut rien faire pour nous, parce que nous ne sommes jamais d’accord sur rien.» Et de s’interroger : «donc la Gco attend que les populations de Diogo soient unies pour faire quelque chose dans cette localité ? C’est inacceptable, parce que l’unanimité n’existe nulle part», s’étrangle-t-il. Bara Guèye perd presque son latin lorsqu’il s’agit d’évoquer l’attitude des autorités locales : «Elles ne font rien pour Diogo. On ne sent pas le maire de Darou Khoudoss, et la localité peine à se développer à cause de nos autorités qui ne font rien pour aider les populations.»

Diogo malade
Toute précarité dans leurs conditions d’existence qui a motivé la création de l’Ard, selon Bara Guèye, qui œuvre pour le développement de Diogo. Car, dit-il, «la localité est confrontée à beaucoup de difficultés, et jusqu’à aujourd’hui nous n’avons pas trouvé la solution». Ainsi, poursuit-il, «l’association a été mise en place en Italie en 2012 par des fils du terroir établis à l’étranger et nous nous sommes organisés à travers un groupe WhatsApp pour discuter des problèmes de Diogo, afin de trouver des solutions pour son développement. Elle regroupe les ressortissants de la localité vivant au Brésil, en Italie, Argen­ti­ne, Allemagne, Canada, France, Espagne». Revenant sur la cérémonie de pose de la première pierre d’un bloc sanitaire au poste de santé de Diogo entièrement financé par son association à hauteur 50 millions de F Cfa et de don d’un appareil échographie d’une valeur de 8 millions de F Cfa, M. Guèye fera noter, «nous avons démarré nos activités au niveau du poste de santé parce que nous avons constaté qu’il souffre. Et comme il faut d’abord avoir la santé avant tout, nous avons pensé construire ici un bloc sanitaire de dernière génération pour une prise en charge correcte des patients». Il termine par signaler : «Nous comptons étaler nos activités dans le domaine de l’éducation, de l’agriculture, entre autres activités sociales et sportives.»
nfniang@lequotidien.sn

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