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C’est autour d’un vaste rassemblement que la population de la commune de Bargny a ouvert un autre sentier dans son combat contre l’érection de la centrale à charbon. Une population, tout de rouge vêtue pour répondre à l’appel «Bargny ville rouge» et déterminée à aller jusqu’au bout, s’est donné rendez-vous à la place publique pour réitérer son refus de voir leur ville, agressée par la Sococim et l’océan, devoir abriter une centrale à charbon. Un projet bâti sur «un faux protocole» et que des conseillers ont symboliquement déchiré lors de la rencontre pour dire non avec la plus grande fermeté.

Les travaux en cours de la centrale à charbon, arrivés à un taux de 75% d’achèvement, d’après les autorités, n’altèrent en rien la détermination des Bargnois dans leur combat contre l’érection de l’infrastructure dans leur localité. Autour d’une forte mobilisation samedi sur la place publique, les populations ont en effet amorcé une nouvelle phase dans leur lutte. «On était dans une phase de sensibilisation qui nous a pris un mois. Au­jour­d’hui, c’est notre premier rassemblement pour montrer à la population et aux autorités que nous ne sommes pas d’accord. A partir de ce moment, Bargny sera debout pour montrer au monde entier qu’elle refuse l’érection d’une centrale à charbon sur ses terres», a expliqué le conseiller municipal Pape Ndiambé Ndione, parlant de cette journée baptisée «Bargny ville rouge». Pour la circonstance, toutes les franges de la population ont fièrement arboré des habits rouges avec des slogans variant, tous marquant la désapprobation d’une communauté entière envers la centrale dont le démarrage de la production est calé au dernier trimestre de 2017. «S’il y a un projet qui fait l’unanimité en termes de rejet par les populations, c’est bien la centrale à charbon», a estimé Mamadou Pouye, coordonnateur du Collectif de défense de l’environnement à Bargny. Pour­suivant son réquisitoire, M. Pouye de charger les autorités : «Nous avons droit à un environnement sain. Vouloir ériger une centrale à charbon à Bargny est une infraction puisqu’en le faisant, les autorités outrepassent les dispositions juridiques mises en œuvre avec le référendum. Elles peuvent être considérées comme des délinquants. Nous ne pouvons plus continuer à vivre de ces politiques-là. Ce qu’ils nous imposent est inacceptable». «Bargny, c’est plus de 60 mille personnes et nous sommes prêts à sanctionner négativement le Président Macky Sall aux Législatives s’il ne revient pas sur sa position», a-t-il brandi dans la foulée. Sur des pancartes portées par de petits enfants, l’inscription «Nous voulons grandement sainement». Un message qui a sûrement inspiré Fadel Barro, venu témoigner son soutien aux Bargnois. «L’Etat n’arrive pas à nous assurer des soins quand nous tombons malades. Pourquoi donc ériger en plein cœur de Bargny une centrale qui va causer des maladies aux populations ?», s’est demandé le leader du mouvement Y’en a marre. «Quand on dit que Bargny va disparaître avec l’érection de la centrale, c’est parce qu’une incertitude notoire plane sur nos lendemains. Notre ville suffoque, car à l’ouest et au nord, il y a la Sococim et ses carrières, au sud l’océan et à l’est on nous sert le port minéralier et vraquier et la centrale à charbon», a précisé Ibrahima Diagne de l’Association Takkom jerry. Point fort de la rencontre, une vingtaine de conseillers municipaux, membres de l’opposition comme du pouvoir, ont symboliquement déchiré le «faux protocole» qui lie la mairie de Bargny à l’Etat et la Cde. «Le conseil n’a jamais validé un protocole. C’est un plan d’action qui nous a été présenté. Devant les populations, l’Etat et le monde entier, nous démontrons ainsi que jamais le conseil n’a signé ce protocole et jamais nous ne le reconnaîtrons puisque c’est un faux», a assuré le conseiller Pape Ndiambé Ndione, membre du parti présidentiel. Me El Hadj Diouf, venu prêter main forte aux locaux, a qualifié l’érection de la centrale d’un «assassinat programmé d’un Peuple» alors que le Pr Malick Ndiaye a exhorté les Bargnois à poursuivre le combat contre la centrale dont les conséquences sur les populations seront désastreuses. Un propos favorablement accueilli par la foule immense entonnant en chœur «Centrale bi dou fi takké (la centrale ne s’allumera ici)» devenu le nouveau slogan de la lutte pour la survie d’une communauté.
abndiaye@lequotidien.sn

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