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Le Sénégal avait le meilleur candidat pour le poste de la présidence de l’Union africaine mais il n’a pas réussi à en convaincre ses pairs. Pour le chef de la diplomatie sénégalaise, cet «insuccès» de notre pays s’explique par le fait que des pays de la Cedeao n’ont pas respecté leur engagement de voter pour le Professeur Bathily. D’après lui, le Sénégal va en tirer toutes les conséquences.

L’échec du candidat du Sénégal à la présidence de la Commission de l’Ua découle du non-respect des engagements des Etats de la Cedeao, qui n’ont pas voté pour le Pr Bathily comme promis. C’est l’explication donnée hier par le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. Mankeur Ndiaye a répondu ainsi aux critiques liant cette défaite du Sénégal à des failles dans sa diplomatie. Face à la presse hier, M. Ndiaye est revenu largement sur ce sujet en soutenant que «notre pays a fait tout ce qu’il devait faire pour faire élire son candidat».  Selon lui, «lors de la présentation de notre candidature au Conseil de sécurité de l’Onu, nous n’avons envoyé de mission dans aucun pays alors que pour celle-ci on en a envoyé 44». «Je n’ai jamais fait de déplacement dans un pays pour la promotion de notre candidature et nous avons été le pays le mieux élu par la Communauté internationale avec 187 voix sur 191 votants, dont un bulletin nul, une abstention, deux seuls pays au monde avaient voté contre notre candidature. Et un pays qui réussit à mobiliser la Communauté internationale, ce pays est un grand pays de diplomatie, ce pays n’est pas diplomatiquement isolé», a-t-il fait savoir. Qu’est-ce qui explique alors la défaite du Sénégal pour occuper le poste de président de la Commission de l’Ua ? Pour Mankeur Ndiaye, c’est «la solidarité régionale» qui n’a pas fonctionné.  «La candidate kenyane a eu 16 voix au premier tour, le Tchad 14 voix et le Sénégal 10 voix, cela veut dire que si la Cedeao avait voté comme c’était retenu, le Sénégal serait placé deuxième avec 15 voix après le Kenya. Je ne suis même pas sûr que les 10 voix que nous avons eues viennent toutes de la Cedeao», a-t-il regretté. D’après M. Ndiaye, le Sénégal en tirera toutes les conséquences. Poursuivant ses explications, le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur soutient que tous les chefs d’Etats de l’Ua «ont reconnu le très haut niveau de notre candidat mais c’est à cause de jeux de positionnement et de jeux d’intérêts personnels que notre candidat n’a pas été élu». «Ça veut dire que tous ces pays ont d’autres loyautés auxquelles ils ont obéi. Dans la dynamique de vote si des Etats se rendent compte que même des pays de la région n’ont pas voté pour vous, ils décrochent pour aller ailleurs parce que les 15 voix on ne les a pas eues et on aurait dû les avoir. Le candidat du Tchad a été élu à l’issue du 7ème  tour, ça veut dire que ce n’est pas une élection facile, et quand on est élu au 7ème tour du scrutin, on doit avoir un triomphe modeste», a-t-il argué. Interpellé sur les rumeurs selon lesquelles des pays comme le Mali, la Guinée, la Mauritanie n’ont pas voté pour le Sénégal, Mankeur joue la carte de la prudence. Selon lui, le vote étant secret, il ne peut pas dire pour qui ces Etats ont voté.  «Ce que je regrette c’est que la décision prise par les chefs d’Etat n’a pas été respectée. Nous avons d’excellentes relations avec tous ces pays, les Présidents de ces pays sont les amis de Bathily. C’est un vote particulier avec des jeux d’intérêts, d’autres enjeux. Il faut noter que c’est un vote régional, les régions votent d’abord pour leur candidat. Il fallait que le vote régional soit un vote bloqué et collectif, si un candidat n’a pas un vote régional, ça sera difficile d’avoir le vote des autres pays», a-t-il encore dit. Pour lui, ce sont les Etats de la Cedeao qui devaient respecter leurs engagements comme l’a fait le Sénégal qui a voté pour tous les candidats que l’organisation sous régionale a présentés pour les postes de commissaires.

Refus du Sénégal de renoncer à ses positions et à ses amitiés traditionnelles
Pour ceux qui disent que le Sénégal a payé avec cet échec, sa position pour le retour du Maroc au sein de cette organisation, Mankeur Ndiaye estime que notre pays «en présentant cette candidature, a refusé de renoncer à ses positions et à ses amitiés traditionnelles». «Nous avons refusé de troquer nos positions diplomatiques contre un poste, fut-il celui de la présidence de l’Ua. Nous restons constants dans nos positions, notre engagement pour la Cpi, et notre  amitié avec le Maroc», a-t-il répété. Et M. Ndiaye d’ajouter : «Le Maroc a eu 39 voix, ça n’a eu aucun impact sur l’élection. Certains pays ont parlé de ça pour faire campagne contre nous, il y a un pays qui n’avait même pas de candidat mais qui a fait le tour de l’Afrique contre le Sénégal, et qui a envoyé des missions.»
dkane@lequotidien.sn