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Ulcérés par les «mauvaises conditions de détention», les pensionnaires de la Mac de Mbour sont en grève de la faim dont la finalité est de pousser l’Administration pénitentiaire à améliorer leur sort.

L’ambiance est tendue à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Mbour. Révoltés par les «coupures d’eau» qui durent depuis 6 mois, ils ont décidé d’observer une grève de la faim pour pousser les autorités de l’Administration pénitentiaire à corriger ce dysfonctionnement. «Ce n’est que vers 00h qu’on peut avoir accès à l’eau. Les gens dorment toujours dans les toilettes. Le Tribunal ne tient plus d’audiences. Le cachot est bondé et étroit. Donc les conditions restent difficiles. Aussi, le nouveau procureur doit venir nous voir pour qu’on puisse lui étaler notre liste de doléances. C’est dur ce que nous vivons ici. C’est pourquoi on est en grève», explique une source.
Pour marquer le coup, les détenus n’ont pas «touché» à la nourriture qui leur a été servie hier. «C’est ce matin (hier) qu’on a commencé la grève. On leur a renvoyé le petit-déjeuner et le déjeuner. On ne compte pas y toucher aussi tant que notre problème n’est pas résolu. Et ils ne croient pas qu’on est capable de mener cette lutte. Pour se moquer de nous, les matons disent qu’on ne va pas la terminer.» Les mauvaises conditions d’hygiène s’ajoutent aussi à la liste des revendications. «Vous imaginez des chambres sans salle de bain. On fait nos besoins dans des sachets ou des seaux. Ensuite on les déverse dans les égouts, c’est inhumain», raconte un interlocuteur.
Par ailleurs, ils répètent comme une rengaine les lenteurs administratives notées dans la programmation des audiences qui occasionnent les longues détentions. Dans ce contexte de grève des travailleurs de la justice et de pandémie du Covid-19 qui paralysent le système judiciaire, la situation a empiré ces derniers mois. «Des détenus pour flagrant délit sont dans cette prison depuis 5 mois sans jugement. Alors que d’autres ont fait trois ou quatre ans, attendant avec impatience une audience pour être édifiés sur leur sort. Le Tribunal renvoie les audiences à chaque fois. Nous ne sommes pas bien nourris et on nous sert de la bouillie comme repas. Et nous n’osons pas nous plaindre», tonne un autre détenu.

Dans l’attente du procureur
Aujourd’hui, les grévistes redoutent l’introduction du coronavirus dans les cellules. «On n’a rien qui puisse nous protéger contre cette terrible maladie. Nous n’avons pas de masque ni de gel pour laver nos mains. Nous sommes à la merci et vraiment exposés à cette maladie. On est regroupé, entassé et même paqueté dans des chambrettes. Nous sommes presque 63 personnes à dormir dans une même pièce, pendant que d’autres sont obligés de se coucher dans les toilettes. Nous souffrons le martyr ici», insistent-ils. Il faut savoir que la Mac de Mbour a déjà enregistré un cas positif. Ce qui décuple leur peur. «On interdit les rassemblements, dit-on. Mais venez à la Mac de Mbour, vous serez étonnés des rassemblements qui s’y passent. En plus de la chaleur qui est tellement insupportable, nous ne portons pas d’habits parce que c’est impensable. C’est tellement difficile», se lamentent-ils.
Probablement, la situation pourrait se décanter dans les prochaines heures. Saisi, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Mbour devrait se rendre à la Mac demain pour essayer de convaincre les détenus à renoncer à leur grève et essayer de satisfaire leurs doléances. En tout cas, ils ont promis de suspendre la grève de la faim entamée hier «pour lui présenter nos doléances», après une médiation entamée par le président de l’Asred. «Mais s’il ne vient pas, nous serons obligés de reprendre la grève de la faim», préviennent-ils.

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