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Intercepté avec ses troupes devant la poste de la Médina, Me Abdoulaye Wade n’a pu accéder à la Place de l’Indépendance pour la marche exigeant la remise des cartes d’identité biométriques. Retranché à Fann-Résidence, chez Me Madické Niang où il séjourne, la tête de liste de la Coalition gagnante/Wattu senegaal est au moins sûre d’une chose : «L’adversaire a été ébranlé», car Wade le jure : «Je pouvais donner des instructions pour marcher sur la Présidence.»

«C’est un succès parce que l’adversaire a été ébranlé»
«Ce qui s’est passé est dans l’ordre normal des pays où il n’y a pas de démocratie. Nous l’avions prévu hier. On s’est dit que ce serait extraordinaire, tel que nous les connaissons, qu’ils nous laissent faire une manifestation qui, par essence, était pacifique. La position intelligente serait de laisser les jeunes s’exprimer à travers cette campagne électorale où ils dépensent de l’énergie et de l’imagination. Si on bloque tout cela, elle va exploser peut-être dans le mauvais sens qu’on n’avait pas prévu. Hier soir, on s’est dit que le miracle serait de nous laisser déposer cette lettre de doléances au ministre de l’Intérieur. Nous avons aujourd’hui des forces de Macky Sall et non des Forces de l’ordre. Ces dernières doivent être des républicains. N’importe quel petit dictateur peut faire ce que Macky est en train de faire. Nous avions dit que si toutefois on rencontre les policiers et les gendarmes qui nous empêcheront de passer, il faut suivre le chemin qu’ils nous indiquent. Lorsqu’on m’a indiqué la sortie, j’ai suivi. Mais c’est en ce moment qu’ils ont lancé des grenades lacrymogènes. C’est un succès parce que l’adversaire a été ébranlé. Lancer des grenades lacrymogènes sur des gens qui défilent pacifiquement à l’intérieur de votre ville, c’est indigne d’un gouvernement.»

«L’arrêté Ousmane Ngom, c’est moi»  
«Il n’y a pas d’arrêté Ousmane Ngom. Ce n’est pas parce qu’il n’est plus avec moi qu’il faut l’accuser de toutes les manœuvres. Ce qui s’est passé sous Ousmane Ngom, c’est moi. Je suis le responsable. La loi sur les réunions publiques, c’est moi qui l’ai fait adopter par l’Assemblée nationale. Elle est bonne. Nous ne la contestons pas, mais elle est mal interprétée. Avant, il fallait une autorisation pour se réunir. J’ai dit que c’est antidémocratique. J’ai changé cela pour dire qu’il faut informer l’autorité en lieu et place d’une demande d’autorisation. Nous avions prévu que l’Adminis­tration, une fois informée de l’intention d’un groupe de faire une marche, peut l’interdire, mais en motivant sa décision ou en exposant des motifs contrôlables par la justice. A l’époque, les préfets en profitaient pour évoquer les motifs de «trouble à l’ordre public». Ce sont des astuces de l’Administration. En exigeant une autorisation pour une marche, Macky Sall est en train de faire la négation de la Cons­titution.»

«Si Macky croit qu’il peut interdire nos manifestations
indéfiniment, il se trompe»
«Nous avons compris beaucoup de choses. Nous étudions aussi les réactions de l’adversaire comme deux combattants dans un jeu de lutte. Je ne suis pas allé à cette marche pour me battre avec les policiers. Cela ne veut pas dire que je ne le ferai pas un jour. (Il hausse le ton) Il faut être clair parce que j’en ai la capacité. Mais cette fois-ci, je ne l’ai pas fait. Maintenant, si Macky croit qu’il peut interdire nos manifestations indéfiniment, il se trompe. Je pouvais donner des instructions pour faire une marche sur la Présidence et demander à Macky Sall, de visu, de quel droit use-t-il pour interdire nos manifestations. Mais pour l’instant, nous ne sommes pas en état de guerre, mais de lutte pour la défense de nos droits.»

«Abdoulaye Daouda Diallo et Macky Sall doivent
démissionner»
«Abdoulaye Daouda Diallo et Macky Sall doivent démissionner. Et on va organiser les élections avec une commission nationale qui va représenter toutes les forces politiques, les agents de la communication que sont les journalistes (…). Durant mon magistère, j’ai délivré 9 millions 500 mille cartes. C’est-à-dire 4,5 millions de cartes d’identité et 5 millions de cartes d’électeur. Maintenant, Macky Sall ne peut même pas délivrer 4 à 4,5 millions de cartes d’électeur. C’est un échec total. Mais nous pensons que même avec la rétention des cartes, nous allons gagner. Laissons les élections se dérouler malgré la fraude pratiquée de façon massive internationalement reconnue et même par le ministère de l’Intérieur. Comment peut-on comprendre que depuis 2 ou 3 jours ils accélèrent la distribution des cartes ? Nous n’envisageons pas la défaite parce que c’est impossible. Cela fait trois semaines que je parcours le pays, mais je n’ai pas vu d’adversaires. C’est comme un boxeur qui va sur le ring et cherche partout son adversaire sans rien voir. On a un Premier ministre qui se balade à Dakar et fait des déclarations dans les radios et télévisions. Nous allons triompher parce qu’il y a rien en face sauf des Forces de l’ordre. Je suis frustré de ne pas avoir d’adversaires. La jeunesse s’est dressée contre Macky Sall. Même les jeunes de son village ne veulent plus de lui et l’ont déclaré persona non grata. Il a tenté à 4 reprises d’aller dans son village, mais chaque fois, les jeunes lui disent : «Si tu viens, tu vas voir.» Un Président poltron qui a peur de ses parents et ses fils ne peut pas être mon adversaire.»

«Niasse et Macky sont aussi vieux que moi»
«Je ne me retire pas de la vie publique sénégalaise parce que je suis éternel. Pourquoi, surtout les Européens, et en vertu de quelle morale ou de quel droit, on me demande de me retirer parce que je suis âgé ? Ceux qui doivent se décider ce sont les Sénégalais. Vous n’entendrez jamais un Moustapha Niasse ou Macky Sall dire Wade est trop vieux. Relativement, ils sont aussi vieux que moi.»
bgdiop@lequotidien.sn

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