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Les enseignants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar ont préféré hier, la rue aux amphis. Pour dénoncer le «dilatoire» du gouvernement concernant le respect des accords sur la retraite signés en 2016, le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) a organisé hier, une marche. Lors de cette manifestation, le Secrétaire général du Saes a réaffirmé la décision de boycotter le Baccalauréat pour pousser les autorités à respecter leurs engagements.

C’est une image qui fait froid dans le dos. Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) a organisé une marche pour dénoncer le non-respect par le gouvernement, des accords signés depuis mai  2016. Malgré le Ramadan et un soleil au zénith, les grévistes, soutenus dans cette lutte par leurs camarades des organisations syndicales comme le Saems, le Cusems, le Sudes, l’Unsas ont crié leur ras-le-bol face au non-respect des engagements pris par le gouvernement, notamment sur la question de la retraite. Marchant à travers les différentes artères de l’université, du Camp Jeremy jusqu’à la bibliothèque universitaire, ces professeurs ont arboré des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «Aller à la retraite», «Oui à une retraite paisible et décente», «Apr : Accords non tenus, Promesses non respectées, Rendez-vous manqué», «Y en a marre des Accords pour rien». A la fin de leur procession, les enseignants du supérieur ont menacé de durcir le ton si leurs revendications ne sont pas prises en charge par l’Etat. Face à la presse, le Secrétaire général du Saes est revenu sur la raison de leur colère. Malick Fall, qui rappelle que l’accord qui les lie avec le gouvernement date de mai 2016, dénonce le dilatoire  du gouvernement «qui pense qu’il peut jouer et dribbler les gens». Mettant en garde les autorités, M. Fall souligne : «Il faut que les gens sachent que nous sommes des Libéraux et on ne peut pas nous dribbler. Et, ce n’est pas à notre mandat qu’ils vont faire passer des mesures anti sociales et impopulaires.» Les membres du Saes veulent prendre à témoin le Premier ministre Mohammad Boun Abdallah Dionne, qui avait conduit les négociations. «Nous interpellons le Premier ministre pour qu’il nous dise que vaut la parole d’un chef de  gouvernement, que vaut la parole de l’Assemblée nationale qui était représentée par un président de groupe parlementaire», déclare le secrétaire du Saes. Pour obtenir gain de cause, Malick Fall et ses camarades n’entendent reculer d’un iota dans leur décision de boycotter le Baccalauréat 2017. Toutefois, fait savoir M. Fall, le Saes reste ouvert aux négociations mais reste intransigeant quant au respect des accords.
Dans la foulée, les membres du Saes ont  invité leurs camarades syndicalistes à mettre sur pied un front syndical sans connotation politique pour lutter contre l’arbitraire et l’iniquité. Con­cernant ce deuxième point, le Secrétaire général du Saes est revenu sur les propos du ministre des Finances selon lesquels 1% de la population du Sénégal consomme  800 milliards. M. Fall explique : «Quand vous prenez la masse salariale de 800 milliards, les enseignants ne consomment que les 12%, les 88% sont consommés par des fonctionnaires.»  Ce qui relève aux  yeux des syndicalistes de l’iniquité.

«La pension de retraite ne suffit même pas pour assurer la nourriture»
Apportant son témoignage sur la situation des enseignants du supérieur à la retraite, Thierno Diop soutient que sa pension ne lui permet même pas  de faire fonctionner sa maison. «Elle ne suffit même pas pour assurer la nourriture. Et pour assurer le paiement de mes factures d’électricité, d’eau, de téléphone et la scolarité de mes  trois enfants, c’est la croix et la bannière», a-t-il déclaré. A son avis, si un enseignant du supérieur va à la retraite, s’il n’a pas de revenus supplémentaires, c’est la mort. «J’ai un collègue, quand il a perçu sa pension pour la première fois, il a dit à sa femme qu’est-ce que je vais faire avec, un mois après le collègue est décédé. Tout ça pour dire que la situation n’est pas du tout rose», a-t-il témoigné. Venu prêter main forte à ses camarades syndicalistes, le Secrétaire général du Cusems s’est désolé de la situation que traverse le système éducatif. Pour Abdoulaye Ndoye, le Peuple sénégalais est en détresse, les étudiants sont angoissés, les parents ont peur, les enseignants sont inquiets et le Peuple est en difficulté. Parce que, dit-il, lorsque le sanctuaire de la République, l’université est discréditée, lorsque la grève devient le quotidien des enseignants de l’université, la République est en danger.  «J’ai regardé tout à l’heure le visage des étudiants, j’ai essayé de comprendre la question qui taraude leurs esprits : ils se disent que mon professeur titulaire de chaire agrégé est en train de marcher, à quoi bon les études universitaires ?», a-t-il fustigé.

bseck@lequotidien.sn

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