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Dans les communes de Thilé Boubacar ou Tarédji, l’environnement est menacé par les déchets plastiques. Au lendemain des marchés hebdomadaires, qui sont nombreux dans le département de Podor, les mairies font face à des dépôts d’ordures à ciel ouvert. Alors qu’elles n’ont pas les moyens de collecter les déchets.

Dans toutes les grandes villes, les marchés hebdomadaires constituent un mal nécessaire. Dans le département de Podor, une quinzaine de localités, notamment Thilé Boubacar, Tarédji, Dodel, sont un carrefour commercial incontournable, qui attire des milliers de personnes. A Thilé, commune polarisant 25 villages et 75 hameaux, l’écosystème est fortement dégradé dans l’indifférence totale. Sur la vaste étendue, qui abrite le marché tous les jeudis, des sachets plastiques, des feuilles volantes, des restes d’ordures brûlées, des ordures de toutes sortes jonchent le sol. Une dizaine de mètres plus loin, une partie du marché est utilisée par les usagers comme dépotoir d’ordures.

En somme c’est une véritable décharge à ciel ouvert qui se substitue au marché après le départ de ses occupants avec son corollaire de conséquences sur l’équilibre de l’environnement, le cadre de vie et la santé des populations. Ces problèmes sont d’ailleurs réels et constituent bien une préoccupation pour les maires de ces communes du département de Podor. La description faite de la situation par le premier adjoint au maire de Ndiayène Pendao, Amadou Ba, est illustrative de la situation, qui s’est banalisée : «au lendemain des marchés hebdomadaires, ce sont des milliers de tonnes d’ordures qui prennent possession du marché dont la réputation dépasse largement les frontières régionales et qui reçoit chaque semaine plus de 50 mille personnes venues de toutes les régions du Sénégal et même de la sousrégion. Ces ordures posent beaucoup de problèmes environnementaux», regrette M. Ba, qui rappelle l’impact de la pollution et le péril fécal sur les populations. Comme si de rien n’était.

L’impuissance des mairies

Sur le plan sanitaire, les maladies respiratoires et diarrhéiques et celles liées à la sphè
re de l’Orl ont gagné du terrain, même les animaux ne sont pas épargnés car la présence massive des sachets plastiques les expose à la mort. A Tarédji et Agnam, qui accueillent également des marchés hebdomadaires dans la commune de Guédé Village, le constat est le même avec un décor marqué par la présence des ordures à perte de vue. Là aussi, la description de la situation par le maire de la commune, Mamadou Bocar Sall, est la même qu’à Thilé Boubacar, rongée, dans l’indifférence, par le péril environnemental. Il est d’autant plus inquiétant que dans les deux communes les témoignages des maires sont des aveux d’impuissance. Ils ont en effet tous fait état de l’absence d’un système de collecte et de gestion approprié des ordures, de l’aspect provisoire des marchés et surtout du manque de moyens qui ne leur permet pas de se doter d’unités de nettoyage des espaces au lendemain des «loumas».

Aujourd’hui, la gestion des ordures dans ces communes rurales est un réel problème, qui met en danger la vie des populations locales, qui assistent de manière inconsciente et impuissante à une agression progressive des écosystèmes humains, fauniques, marins et de la flore. Que faire ? Face à l’urgence qu’il y a d’agir afin d’inciter les gouvernants à prendre des mesures adéquates de sauvegarde de l’environnement, l’organisation African journalist forum (Ajp) veut inciter les dirigeants à se bouger à travers son nouveau projet : La Plateforme d’alerte sur le péril environnemental au Sénégal (Papes) poursuit l’objectif d’alerter sur les dangers environnementaux qui guettent à terme les localités intérieures avec la non-gestion des déchets. Le président de l’Ajp, René Massigua Diouf, a salué la «description très objective de la situation de la gestion des ordures» dans ces collectivités locales. Il a invité les ministres de l’Environnement et du Cadre de vie et les partenaires à fournir un appui à ces communes du département de Podor «afin de leur permettre de faire face correctement au défi de la gestion des ordures dans une zone où les enjeux économiques, sanitaires et environnementaux sont énormes».
Il faut savoir que la gestion des déchets plastiques est une fâcheuse réalité au Sénégal, qui produit chaque année 193 mille tonnes dont seulement 8000 tonnes sont recyclées. Ces chiffres ont été donnés en 2018 par le ministère de l’Environnement et du développement durable. Face à cette situation, le gouvernement avait pris des mesures pour lutter contre le péril plastique, dont la loi relative à l’importation et à la production des sachets plastiques, entrée en vigueur en janvier 2016, qui n’a quasiment pas été appliquée.
Dans l’exposé des motifs, la loi estimait que la prolifération incontrôlée des sachets plastiques est à l’origine de nombreux problèmes d’environnement mais également de cadre
de vie et de santé. Sur le plan écologique, outre la pollution visuelle du sol, l’encombrement des caniveaux et des égouts, les sachets plastiques, dont le temps de présence dans la nature est de plusieurs siècles, sont à l’origine, en milieu rural notamment, de la dégradation des terres de culture, de la diminution des espaces agricoles et du coefficient d’infiltration du sol ainsi que de la baisse du rendement agricole. S’agissant des végétaux, les sachets plastiques peuvent inhiber la photosynthèse et la germination des graines, impactant ainsi de manière négative la régénération des peuplements. L’action néfaste des sachets plastiques se manifeste également à l’égard des animaux, en particulier le cheptel et les mammifères marins, qui meurent étouffés en essayant de les ingurgiter.

Sur le plan sanitaire, le brûlage des sachets plastiques entraine la production de polluants organiques persistants (dioxines et furane) qui provoquent l’irritation des yeux, des maladies cardiovasculaires et respiratoires et le cancer. De plus, les sachets plastiques servent de poche de prolifération des vecteurs des maladies, les moustiques en particulier. «Pour lutter contre ces effets néfastes, le présent projet de loi propose la normalisation et la standardisation de la production et de l’importation des sachets plastiques pour ne permettre la mise sur le marché que des sachets de qualité supérieure, résistants et réutilisables», visait la loi, qui estime que cette solution allie souplesse et efficacité. Les sachets plastiques visés par l’interdiction étant pour l’essentiel importés, le risque de ralentissement ou d’arrêt des activités des industriels du plastique est écarté. Par ailleurs, elle permet d’assurer un plus haut niveau de protection de l’environnement. Outre l’interdiction des sachets plastiques de faible micronnage, le présent projet de loi prévoit des mesures destinées à promouvoir la gestion écologiquement rationnelle des déchets plastiques solides et flexibles qui, de plus en plus, sont valorisés.

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