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L’artiste comédien Maréshal Zongo, de son vrai nom Gnamien Bi, du célèbre duo comique «Zongo et Tao» était à Ouagadougou dans le cadre de la dernière édition du Fespaco. Alors qu’il sillonnait les sites pour égayer ses fans et aller à la rencontre du public, Le Quotidien l’a croisé au village Akwaba. Occasion d’un échange à bâton rompu sur le regard qu’il porte sur les planches sénégalaises. Et pour une fois, le Maréshal a été très sérieux dans ses déclarations.

Maréshal, vous traînez un peu partout sur les scènes en Afrique, mais rarement au Sénégal. Pourquoi ce désintérêt pour ce pays ?
(Rire) Non ! C’est avec plaisir que je viendrai jouer au Sénégal. Même si c’est demain, on serait content d’être là. La dernière fois qu’on a été au Sénégal, c’est quand il y a eu l’initiative du frère Kader (Ndlr, l’humoriste Kader Diarra). Mais je pense qu’il y a quand même quelques années déjà. Ça fait longtemps. Il faut dire que dans tous les pays où on va, ce n’est pas nous qui prenons l’initiative. On va sur invitation. Donc c’est avec plaisir qu’on reviendra au Sénégal, au pays de la téranga.

A part Kader Diarra, êtes-vous  en collaboration avec d’autres artistes humoristes ou comédiens du Sénégal ?
(Hésitant) Celui avec qui je suis vraiment en contact c’est Kader, mais dernièrement il y a un jeune qui est venu quand on enregistrait Le parlement du rire de Dakar. Nous avons un peu sympathisé. De toute façon, d’une manière ou d’une autre, c’est la même famille. Nous, on sait qu’on fait un art qui est émergent. La musique s’est déjà imposée, le cinéma s’est imposé, l’humour est en train d’arriver. Donc tant qu’on peut, on donne des coups de main, on tend la main aux jeunes qui veulent aussi rentrer dans le milieu. On leur demande de se former, de se professionnaliser pour que l’humour ne soit pas sectoriel, pour ne pas que ça reste à un pays, pour ne pas qu’un humoriste ivoirien ne joue qu’en Côte d’Ivoire, qu’un humoriste sénégalais ne joue qu’au Sénégal. Il faut qu’on puisse bouger, il faut qu’on puisse se rencontrer et arriver même à exporter l’humour africain au-delà de nos frontières. Parce que de la même façon que nous arrivons à consommer l’humour des Européens, il faut aussi que les Européens découvrent que nous avons un humour africain, avec nos réalités et nos codes à nous aussi. Et c’est que nous essayons de faire. Donc nous sommes ouverts à toutes les rencontres par tous les échanges et nous savons qu’un jour ou l’autre, ça va donner. Sinon que ça donne déjà très bien.

Quel regard portez-vous sur l’humour sénégalais ?
Je regarde les émissions et je vois certains numéros à la télévision. Je sais que le cinéma est plus en avance que l’humour à Dakar. Il y a de très bons acteurs au cinéma. Pour l’humour, il y a aussi de très bons humoristes que j’ai déjà rencontrés. Mais je pense que le petit souci qu’il y a à mon sens, c’est la barrière linguistique. L’humour sénégalais est bon, ce n’est pas du tout mauvais de le faire en wolof. Mais quand on le fait en wolof, ça se limite au Sénégal. Et malheureusement, ça fait que quel que soit le talent que vous avez, vous ne parlez qu’aux Sénégalais. Alors que l’Afrique, ce n’est pas que le Sénégal. L’Afrique, ce n’est pas que les Sénégalais. Donc, ce que je dis à mes amis et collègues en général, comme je l’ai fait pour toutes les formations que j’ai eu à donner à Bamako et à Conakry, aux jeunes : «Oui on peut faire un peu en langue pour  conquérir le marché local national. Mais il faut s’exporter. Donc, il faut faire les choses en français.» Si on réussit à le faire en langue, c’est vrai que les codes ne sont pas les mêmes, mais si on travaille, on peut y arriver. On est des francophones, on a subi cette colonisation par nos pères et aujourd’hui la langue est là, il faut qu’on l’utilise, il faut qu’on en profite aussi.

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