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Pour espérer un futur radieux, il faut connaître son passé. Pour Fez, c’est carrément le passé qui construit son avenir. La ville a bâti son économie dans la pratique de la Tidiania. Elle regroupe tout le savoir-faire marocain dans sa Médina à côté de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif.

Le passé est un produit qui se vend. Mais faudrait-il avoir le talent de le commercialiser. C’est ce que la cité de Fez a réussi à faire. Située à 191 km à l’est de Rabat, la cité millénaire est la plus caractéristique des villes du Maroc. C’est elle qui a le mieux sauvegardé les traditions citadines renforcées et imprégnées par l’apport hispano-arabe. Le quartier le plus ancien est sa Médina. Elle assemble autour de la mosquée Université Qarawiyin ses quartiers hiérarchisés. La vieille ville offre plusieurs joyaux aux visiteurs pour une remontée dans le temps à travers les ruelles pavées qu’on ne parcourt qu’à pied. «Quand on visite les souks à Fez, on a visité tout le Maroc. Tout est groupé dans cette agglomération magnifique et homogène. La population est bourgeoise et raffinée. C’est une ville spectacle et culturelle pour tout le monde.» C’est une vérité que les guides aiment rappeler pour magnifier cette ville historique. La Médina est bordée par des cimetières pour, explique-t-on, contrôler le développement démographique. Après avoir dépassé le Borj sud, construite depuis des siècles pour protéger la cité, la Médina, gardienne du passé du royaume, ouvre ses portes. Pour s’y déplacer, c’est comme au moyen âge : à dos de mulet ou à pieds pour arpenter les ruelles. Dans certaines parties, des barrières sont érigées pour prohiber l’accès aux animaux. S’il y a un passage obligé dans la Médina de Fez, ce sont les tanneries. Ce sont 850 familles qui perpétuent la tradition de génération en génération. Après s’y être rendu, le cuir n’aura plus de secret. Des babouches en passant par les sacs sans oublier les vêtements, la confection de ces objets commence par le mélange de la laine tirée de la peau d’animaux. Ensuite, elle est mélangée aux excréments de dromadaire avant d’être colorée sans la moindre présence d’une composante chimique. Tout est naturel dans le cuir marocain. La tannerie n’est pas le seul savoir-faire marocain. L’artisanat ancestral est perpétué par les spécialistes du tissage, les artisans du cuivre, les potiers, les forgerons, les fabricants de babouches, les vendeurs d’épices, de fruits…
C’est dans ces lieux que repose le fondateur de la Tidiania. L’édifice, plusieurs fois restauré, notamment en 1302, 1307 et 1316, demeure discrète dans son apparence extérieure. Les récents travaux de restauration ont eu lieu entre 1999 et 2006. Equipée de latrines et de bassins pour les ablutions, la Zawiya a un plafond constitué de près de 30 coupoles en bois ciselé, des murs en zellige, le sol recouvert de tapis. Chaque année, des pèlerins viennent du monde entier pour s’y recueillir. En moyenne, c’est quelque 45 mille Sénégalais qui franchissent le seuil de la porte par an. En 2020, seuls 110 Sénégalais y ont pour le moment posé les pieds. La pandémie oblige les autorités marocaines à fermer le site qui fait rayonner ce royaume au-delà de ses frontières.

Rabat, «la lumière»
Ce pays est une lumière à l’image de Rabat qui n’est pas que la capitale administrative du Maroc. Elle peut aussi postuler pour celle du luxe. Entre son passé jalousement gardé dans sa Médina, la ville regarde vers un futur avec un développement assumé. A Rabat, il y a à boire et à manger, et ce n’est pas une question de nourriture.
On peut le dire : Le paradis sur terre existe. Il est à 3 heures de vol de Dakar et quelque 91 km au nord de Casablanca. Pour rallier Rabat (lien en arabe) à Casablanca, moins de 2 heures de temps sur les autoroutes du Maroc sont nécessaires ou une heure de plus en train. Sur cet axe, les concessionnaires automobiles et la Sillicon Valley chérifienne y ont leurs quartiers généraux. Le Maroc de demain s’y construit. Des hectares de terres cultivables s’occupent d’alimenter le royaume.
A l’entrée de la capitale administrative du royaume se dresse l’avenue des Palmiers. C’est un passage obligé pour tout visiteur. Les palmiers bordant la route de part et d’autre font partie intégrante de cette œuvre artistique. Le luxe y est poussé à l’extrême à telle enseigne qu’on se croirait dans une métropole occidentale. Pour vivre heureux, il faut vivre caché. Modernes, les maisons de l’avenue des Palmiers sont l’expression d’un développement assumé. Elles sont nichées derrière les palmiers. Mais c’est la couleur ocre qui les expose. Des pistes de promenade, des terrains de sport publics et une forêt urbaine sont aménagés pour les 2 millions de personnes qui vivent dans cette ville. Qui est ceinturée par le fleuve Bouregreg et l’océan atlantique. Rabat est une ville verte et moderne qui respire la joie de vivre. Entre la Médina et son «souk», le Palais royal, par son architecture, rappelle le passé de cette ville résolument tournée vers le futur. Le Palais royal se trouve à proximité du centre-ville. Il se situe dans le quartier de Touarga qui constitue une minuscule commune urbaine enclavée dans celle de Rabat, avec laquelle elle constitue la ville de Rabat, entre les quartiers de l’Agdal et de Hassan II. La ville abrite le mausolée Mohammed V. Il se trouve sur l’esplanade de la tour Hassan et surplombe l’embouchure du fleuve Bouregreg. En été, c’est un lieu idéal pour se promener en couple. Les tombes du roi Mohammed 5 et de ses fils, le prince Moulay Abdallah et le roi Hassan 2 y sont construites. Conçu par l’architecte vietnamien Eric Vo Toan, il a été construit entre 1961 et 1971, soit 10 ans de travaux auxquels collaborèrent 400 artisans marocains. L’édifice est caractérisé par son architecture marocaine classique. Le choix de l’emplacement est historique : En effet, la première prière de vendredi après l’indépendance a été organisée sur ces lieux. Depuis 2012, il fait partie de l’ensemble des sites de Rabat inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en tant que bien culturel. La tour Hassan devait initialement être la plus grande mosquée au 12ème siècle, mais à la mort de son fondateur en 1199, le sultan Almohade Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, le projet fut abandonné. De la tour Hassane, il est possible de voir Salé, la ville jumelle. Au sud de la ville, la Médina y est installée depuis des siècles. C’est le témoin du passé de la ville. Dans des ruelles étroites pavées se dissimulent les riads. Ceux sont des maisons d’hôtes qui n’ont rien à envier aux 5 étoiles. Pour revisiter le passé du royaume, c’est le lieu conseillé aux touristes. Le guide précise qu’il y en a pour toutes les bourses. La Médina est construite dans une forteresse. La kasbah des Oudayas sert ainsi de rempart à la Médina. Qui, dans ses étroites ruelles, abrite le mausolée de Sidi Larbi Ben Sayed, un poète, juriste en sciences islamiques qui y a vécu au 19ème siècle. La Zawiya abrite aussi les tombeaux du Cheikh Sidi Larbi Ben Sayed et de son épouse Lalla Aïcha.

Casablanca, une ville dynamique
A l’image de Rabat, Casablanca, capitale économique du Maroc, est une ville enfiévrée de travail et de détente. Organisation ! Ce mot prend tout son sens quand on pose les pieds au Maroc, surtout quand le visiteur vient de l’Afrique de l’Ouest. «Chaque ville est différente.» C’est ce que disent les guides, peut-être pour amadouer les touristes. Très vite, ce sont les yeux qui font le lien entre la réalité et les belles paroles. De l’aéroport moderne Mouhamed 5, construit dans les années 80, la fraîcheur de Casablanca, capitale économique du royaume, rappelle au visiteur que le Maroc est un pays de la Méditerranée. La verdure des champs qui ont déjà rendu leurs récoltes accompagne le touriste jusqu’au centre-ville. Dire que la vue y est magnifique est juste réducteur ! De là, il est facile de savoir que l’émergence se vit. Et ce n’est pas une question de planning. Le nombre de voitures de luxe bordant les grandes avenues de Casa est digne d’un décor hollywoodien. Le port occupe une grande partie de la corniche qui abrite la 3ème plus grande mosquée du monde après Médine et la Mecque. L’édifice imposant, construit à El Hank (le coup en arabe), est l’œuvre de Michel Pineau. Ce Français a été assisté par 70 architectes marocains pour permettre à 20 mille fidèles de prier à l’intérieur et 80 mille à l’extérieur. Malheu­reusement, le Covid-19 a poussé les autorités à fermer l’accès à la mosquée. L’ampleur de sa bibliothèque, la taille de sa madrasa, les objets de son musée ainsi que les salles de conférence ne seront contés que par les guides. Qui assurent que l’édifice est ouvert aux non musulmans. Sur la côte El Hank, c’est la corniche où se côtoient les cultures du monde. Du quartier Badine à la résidence de la classe riche, l’histoire s’intercale. Des anciens Hlm  interpellent. «C’est ici que les Juifs déportés ont été logés lors de la guerre mondiale», expliqué un guide. Non sans expliquer les relations entre Marocains et Juifs. «Ils ont toujours un quartier à côté de la résidence ou Palais du roi parce que c’est eux qui frappaient la monnaie. Ils servaient de protection», détaille Mohamed Boudchich. Après cette leçon d’histoire, le futur s’est écrit au Maroco-Mall. Qui est un grand centre commercial construit sur 7 000 m². Des plus grandes marques de vêtement en passant par le secteur culturel, les multinationales s’y bousculent en quête de chiffre d’affaires. Tout au long de cette corniche, des parcs d’attraction y sont installés, de même que des espaces de détente. Casablanca est une ville qui propose du travail et de la détente en résumé.

1 COMMENTAIRE

  1. Article intéressant. Malheureusement, tel qu’écrit il entretient la confusion entre l’université islamique – mosquée Qarawine et la Zawiya Sidi Cheikh Ahmed Tidiane où le guide de la tarikha est enterré. Les 2 sites sont sur la même ruelle et distant d’une centaine de mètres.

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