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Ancien membre du célèbre groupe de rap Black Diamonds, Malick Seck connu sous le nom de scène de Mass, est revenu sur les podiums avec le tube «Wodou wodou», qui cartonne. Très connu du monde hip-hop, Mass refait dans cet entretien sa carrière, partage ses émotions, donne sa vision politique et économique du pays.

Vous venez de sortir un clip qui cartonne, parlez-nous un peu de ce clip ?
Effectivement, j’ai sorti un clip qui est le premier single d’un album, qui va sortir normalement en décembre ou en janvier. Et ce clip a été plutôt bien accueilli, ici au Sénégal et pratiquement partout en Afrique. Parce que dans les réseaux sociaux surtout sur facebook ça a eu un impact, sur twitter on a eu des hash-tags, notamment Wodou wodou ou bien khaley seur, et autres. Et ça a créé, 2 à 3 jours, une discussion au niveau de la communauté twitter du Sénégal. Et maintenant sur les autres médias comme Trace qui fait passer le clip ainsi que Rfi.
Le clip est sorti depuis quand ?
19 septembre, donc ça fait un mois.
D’où vous est venue cette inspiration pour cette chanson Wodou wodou ?
L’inspiration, c’est juste un constat et puis aussi je suis quelqu’un qui fait quand même le choix de mes titres et sur le choix des sujets auxquels je fais ma musique, je l’aborde avec des perspectives différentes de celles des autres artistes. Si vous avez suivi mes singles ou bien l’album que j’ai sorti en 2014 Mandarga, j’avais fait un titre qui s’appelle Khamenga 1 milliard. Est-ce que tu connais la signification d’un milliard. Parce que je parlais de la gabegie, je parlais aussi de certains manquements comme le détournement de deniers publics. Et maintenant, il est devenu si facile de parler de milliards alors que dans les villages, il vous arrive de voir des personnes qui n’ont jamais eu de leur vie 50 000 F Cfa réunis entre les mains. Donc quand vous leur parlez de milliards, elles n’ont pas d’unité de mesure pour faire la comparaison. Donc leur dire qu’un milliard, c’est 50 000 Cfa de dépense quotidienne chaque jour et il va vous rester 80 000 Cfa pendant 50 ans, ça donne une idée de ce que c’est 1 milliard. Et de la même manière donc j’ai abordé le sujet, c’est d’abord le constat que dans la sous-région, que ce soit en Côte d’Ivoire, au Togo, au Burkina Faso, tu y vas, tu regardes, tu te rends compte qu’il y a toujours des femmes qui portent des pagnes, alors qu’au Sénégal, ce n’est pas le cas. Et c’est tellement rare, je me suis dit ok, et la première phrase qui m’est venue c’est «jigeenou khalaey seurre» (Ndrl : comme les femmes qui portent des pagnes.) Et maintenant j’ai développé quoi.
Après la sortie de ce morceau, quel retour avez-vous quand vous rencontrez les femmes au Sénégal ?
Je pense que ça a soulevé un débat, la plupart prennent ce débat-là très taquin quoi, certaines sont plus extrémistes en disant que non, pourquoi vous nous critiquez alors que ce ne sont pas des critiques. Parce que j’ai le droit de dire que j’aime le pagne, donc de dire que «kou beugoul man beuguena» pour dire si vous ne voulez pas, moi j’en veux.
Vous, vous préférez spécialement une femme en pagne ?
(Rires) Bien sûr ! Je veux dire même au-delà de ça, que wodou en fait est un concept. Il ne faut pas seulement l’arrêter au concept de mode. Mais, dans notre vocabulaire, on dit que «jigeen sa dieukeur molay wodou» (Ndrl : C’est le mari qui doit entretenir sa femme.) Donc wodou, ça veut dire plus même le pagne, tu sais tu dois t’occuper d’habiller ta famille. Ensuite, quand on dit que «jigeen sureum dafay deugueur». Là, on parle de chasteté, donc il y a tellement de concepts qui tournent autour de wodou. En fin de compte, wodou c’est un mot qui renferme beaucoup de choses. Après on a mis en avant dans le clip, parce qu’il fallait être léger pour pouvoir créer le débat, les femmes en pagne et bien rondes et hautes quoi. Voilà, mais sinon, quand même ça intéresse les dames. Et que ce qui m’intéresse aussi ce n’est pas seulement de faire de la musique pour la classe hip-hop, non, que ça puisse aller au-delà du hip-hop. Et les mamans en parlent, je ne fais pas deux pas sans qu’une personne de 50 à 60 ans me dise j’aime bien votre chanson et puis ça me parle quoi.
En comparant les femmes sénégalaises aux autres femmes de la sous-région, voulez-vous dire qu’elles sont moins vertueuses que ces femmes-là ?
Non, comme on dit l’habit ne fait pas le moine, ce n’est pas parce que tu es en pagne que tu es vertueuse. Ce n’est pas parce que tu es une villageoise que tu es vertueuse, non ça n’a rien à voir. Par contre ce qu’on constate et ça c’est flagrant, il y a beaucoup plus de femmes dépigmentées au Sénégal qu’ailleurs. Par exemple aussi, si vous prenez les accessoires de beauté, c’est vrai que quand un homme en parle, ça fait toujours…. Mais les cheveux naturels, les Make up avec le contouring et autres font que maintenant quand tu regardes les Sénégalaises en général, elles sont toutes pareilles, alors que la beauté c’est cette diversité. C’est-à-dire c’est d’abord s’accepter soi-même. Ensuite, parce que qu’on est différent qu’on est beau. N’est-ce pas ? Pour dire que l’aspect physique, il ne faut pas seulement s’arrêter à ça. Et aussi accepter notre noirceur ou bien si tu es de teint clair, t’accepter comme tu es, ne va pas croire que c’est seulement les accessoires qui vont t’embellir quoi.
Tel que vous avez fait le clip de ce single, pensez-vous que les gens ont compris véritablement le message ?
Je pense que les gens ont compris le clip, parce qu’il y a d’abord l’effet festif, parce que dans le clip, on devrait avoir peut être avoir de belles femmes dedans, les danses, le rythme… Déjà, quand tu rencontres quelqu’un pour moi, le plus important était… Bon, je voulais que d’abord le wodou puisse susciter un débat. Ensuite, toutes les femmes qui apparaissent dans le clip sont soit de teint clair, mais naturellement ou bien noires naturellement. Parce que nous aussi rappeurs avons tendance à mettre en avant des femmes claires voilà et ça, je vous dis maintenant que ça ne correspond pas aux problèmes de beauté. Et le geste, la danse, tu rencontres quelqu’un dans la rue, elle fait les gestes de… C’est la chorégraphie. Je pense que le clip, au-delà même de mes attentes, a vraiment intégré et fait passer le message comme je le voulais.
Vous préparez déjà un album ?
Oui un album est en gestation. Et l’album va avoir cette touche sénégalaise. C’est-à-dire la musique aussi, certains disent que c’est du mbalax, c’est du rap, ce n’est pas du rap, c’est du rap-mbalax. En fait, le style c’est ce qu’on appelle le wolof beat. C’est un ami qui s’appelle No face on the cover, qui est un des membres du groupe Maabo, qui a fait le titre Yako waral, qui a fait la musique avec Papis Konaté. C’est de prendre le hip-hop et de le mélanger avec le mbalax et de trouver un bon équilibre. Je pense que depuis Black Mbolo, Fata, on était à la recherche de ça. C’est-à-dire cette musique qui soit dans les standards du hip-hop. Vraiment savoir que cette musique quand on l’entend, ça vient du Sénégal. Comme on nous dit que cette musique-là vient du Cameroun, du Togo, du Ghana… Que nous aussi, dans notre hip-hop, qu’on ait cette identité là et je pense qu’on l’a trouvée. Et maintenant c’est juste de décliner. Dans mon album on va décliner ça, tous les morceaux feront ressortir cette touche afrobeat. La preuve, depuis que le morceau est sorti, plusieurs artistes m’ont appelé je les ai mis avec No Face on the cover et d’autres producteurs aussi s’y sont mis. Et maintenant je pense que tu peux aller en boite et danser sur une séquence wolof beat au moins pendant 30 minutes et je pense que c’est ça la finalité. Et depuis 2005, on a été nominé 2 fois, on est allé en Afrique du Sud, au Burkina Faso, aux Kora Awards, on a sorti trois albums. Maintenant je me fais plaisir et quand je me fais plaisir, je me rends compte que peut-être sur ce titre-là, ça a capitalisé plus que quand j’étais plus sérieux. L’album Mandarga, c’est un album sérieux où j’ai raconté ma vie, mon accident, mes expériences et voilà, les gens aiment. Mais c’est toujours des titres qui sont peut-être plus légers. Parce que, les gens maintenant sont bourrés de problèmes, ils ont besoin d’évasion. Et, je pense que je suis à ce stade, même quand je parle des choses qui sont très sérieuses, je le fais sur une musique qui fait que bon, on peut s’évader quoi.
On peut s’attendre encore sur cet opus à des tubes qui cartonnent comme wodou ?
Bien sûr, on est en train déjà de travailler sur le prochain single, qui porte sur le Teguinate (Ndrl, tontine). Teguinate, quand tu l’entends, les femmes savent que c’est le refrain d’un truc de Dip, qui dit que nous sommes des enfants qui n’ont pas d’héritage. C’est-à-dire aujourd’hui peut-être ils sont logés dans des maisons, qui sont louées et si jamais le père meurt, il n’y aura même pas d’héritage à se partager. Et que si la maison est animée, on boit bien, on mange bien, c’est que la mère a pris la tontine. Ça veut dire que ce sont les mamans qui font tout dans la maison. Et peut-être, le père a tellement d’enfants, parce qu’on est tellement nombreux que même le papa ne sait même pas combien on est. Donc, ça va être dans le même état d’esprit, c’est-à-dire vous voyez quand les femmes aiment une musique ou une chose, ça marche. Parce que les hommes suivent les femmes. Les hommes en général, ils sont, je ne dirais pas machos, même ils peuvent apprécier ici au Sénégal, sans te dire qu’ils apprécient, alors que les femmes, elles sont spontanées, elles pourront te dire que nous aimons voilà. C’est pourquoi dans le prochain clip, je vais encore faire quelque chose pour les femmes.
Quels sont les autres thèmes que vous avez l’habitude de développer ?
Bon j’ai grandi, j’ai maintenant 38 ans, je ne peux plus parler de mes baskets. Je parle de thèmes qui parlent d’actualité. Les jeunes peuvent parler des choses qu’ils vivent et je dis que ma musique a grandi. Comme je l’ai dit, j’ai parlé de «teguinate», j’ai parlé aussi du mariage. Parce que comme je me suis marié, je me rencontre qu’il y a certaines choses qu’on ne comprend que quand on est dedans. Et il y avait une phrase que la grande diva Kiné Lam disait : «Seuykharé la bossi amé dom diam nagnela.» ça veut dire que le mariage c’est un combat, c’est une guerre, si tu as un enfant, tu as pris une balle. Et ça je l’ai pris mot pour mot et j’ai dit que le mariage est une guerre et à la fin, on te met des médailles. J’ai parlé aussi du francs Cfa en mettant Kemi Séba pour dire bon tu brûles le Cfa, mais si tu n’as pas de franc Cfa, tu peux brûler un papier. J’ai parlé aussi de respect, donc ça tourne autour des thèmes qui sont matures et je pense qu’un certain public va aimer.
Et sur le franc Cfa, est-ce que la chanson c’est un peu pour condamner le fait qu’il ait brulé un billet de banque …?
Non, je suis en accord avec lui. Pour moi, c’est quelqu’un de très engagé que ce soit sur des trucs panafricains, que ce soit aussi, pour l’Afrique, le Sénégal, pour la jeunesse. En fait, certains reprochent à Kemi Séba, le fait d’être trop violent, le fait peut-être de théâtraliser ce qu’il fait, d’avoir des gardes du corps. Je me dis que tout ça, ce sont des visions, l’essentiel, c’est qu’on ne veut pas du franc Cfa. On peut ne pas avoir du franc Cfa, avoir des idées plus diplomatiques, mais en fin de compte, il ne faut pas que ce clivage-là nous divise. Moi, je suis contre le franc Cfa et je crois fermement que cette monnaie-là, tant que nous l’avons, nous n’allons pas nous développer.
Ce sera quoi votre prochain clip ?
Le prochain clip, on ne sait jamais, ça va être peut-être Teguinate ou sur le maria­ge Seuy. En fait, Seuy, c’était déjà enregistré mais quand j’ai vu la réaction avec Wodou, wodou, j’ai fait ce titre pour un peu aller dans la même direction, après peut-être proposer autre chose. Il faut rester sur cette vague quoi.
Vous chantez également pour les célibataires… ?
Bien sûr, quand tu chantes le mariage et comment le mariage est difficile, c’est que tu sensibilises les célibataires. En disant que ce n’est pas juste de l’amour, on s’aime et on se marie, non, c’est une épreuve. Moi je dis des fois ce que certains ne comprennent pas, peut-être la femme, elle a besoin d’aimer, mais elle a plus besoin que l’homme l’aime. Si tu trouves un homme qui t’aime, pense que si vous faites une année, des années tu vas l’aimer. Parce que, plus tu vis dans un mariage, plus l’amour de la femme s’agrandit alors que l’homme plus qu’il vit dans le mariage, plus c’est comme si son amour baissait. Mais c’est parce que c’est comme ça qu’il est constitué. Et que maintenant ce sera autre chose que la beauté qui va faire que vous soyez ensemble. Apres si tu mets en avant la beauté, peut-être pendant la période de la lune de miel, ça va, mais la beauté ça ne peut pas tenir 10 ans, 29 ans. Et ça quand les célibataires l’écoutent ça les prépare (rires).
Pourquoi vous avez attendu ces temps-ci pour chanter cette chanson sur le port des pagnes par les femmes ?
Il n’y a pas une grande importance pour la période, peut-être l’hivernage, je parle de pluie, et dans le clip, je mets la pluie. Et maintenant la période du clip, quand c’est sorti, ça pleuvait beaucoup, et tout le monde me dit que ah c’est parce que tu as chanté maintenant que les femmes se mettent en pagne que voilà ça pleut, tu vois. Mais ils pensent que le son, il est sorti durant cette période, ou à une autre période ç’aurait été la même chose, ç’aurait eu le même impact.
Pouvez-vous nous briefer un peu sur votre carrière ?
Bon pour ma carrière, quand je faisais le single je ne calculais pas trop, parce que c’était plus pour me faire plaisir. Et même c’était pour autre chose. J’ai fait Wodou wodou, et même moi je me mettais toujours à l’écouter et à le réécouter. Et je me suis dit ok je sors d’abord ce single-là et on verra. Maintenant quand j’ai sorti ce single, le clip, en un mois, a titillé déjà les 700 mille vues. Pour cette période-là, l’un des clips les plus vus au Sénégal, je pense que c’est une seconde renaissance. Et je me dis que ok, maintenant je vais faire un album, qui va accompagner. Mais avec Black Diamonds, on avait tout gagné, et comme j’ai d’autres activités, la musique n’était pas trop dans mes plans de carrière. Ces temps-ci je vais faire beaucoup de concerts, car les gens veulent voir celui qui a fait Wodou wodou. Je pense qu’un artiste c’est comme ça, tu ne décides pas quand tu vas faire un hit. Le hit ça se fait tout simplement, tu parles de bouteille, tu parles de pagne. Tu penses que parler de pagne peut intéresser les gens. Mais, ça a trouvé du répondant et les gens aiment. Et maintenant ça change un peu la direction de ma carrière musicale. Je suis dans le label Reptiles musique, qui est celui de Dip et de Idy. Je pense que c’est la roue qui tourne, car je les ai aidés à un moment donné, maintenant c’est à eux que j’ai confié mon album parce que je n’ai pas beaucoup de temps. Donc ça va relancer ma carrière. On va faire un concert le vendredi inchalah ici à Yoff, et après on sera dans la tournée de Reptiles musique, on va aller à Diourbel, puis à Fatick et à Richard Toll aussi. Je pense que c’est une nouvelle carrière pour Mass.
Vous parlez de seconde renaissance. Mais que devient Black Diamonds ?
Bon, Black Diamonds, je n’y suis plus. C’étaient deux personnes moi et Gaindé Fatma. C’est l’une des meilleures voix, des plus belles voix de la musique sénégalaise. Et qu’il a beaucoup de choses à montrer, un potentiel énorme. Je suis un rappeur alors que Black Diamonds est un groupe de variétés. Le rap n’avait pas une très grande place, on savait comment doser, tu vois. Mais là, je suis seul, j’ai de l’espace pour moi, donc je m’exprime et cette expression-là, je ne pouvais pas le faire au niveau du groupe Black Diamonds, donc c’est pourquoi que je suis parti et je n’ai pas peur des polémiques. En un moment donné, si on doit se séparer, on se sépare. Donc, j’ai dit que je me retirais du groupe Black Diamonds et puis j’ai mené ma carrière solo et ça c’était depuis 2014 quand j’ai sorti mon premier album. Maintenant Black Diamonds, je ne dirais pas que c’est derrière moi, mais c’est à côté de moi, Cheikh Mbacké continue l’aventure de Black Diamonds, moi je continue l’aventure de Mass en solo.
Donc ça veut dire que vos fans de Black Diamonds ne vous verront plus ensemble ?
Parce que là, on va faire un concert à Diourbel, je serai avec lui, dans mon album, Man­darga, on a fait un titre ensemble. Dans mon prochain album, on va faire peut-être un titre ensemble, les fans pourront donc gouter cette symbiose-là. Mais quand même, quand deux béliers grandissent assez, ils ne peuvent plus partager le même bol ensemble, il faut reconnaitre ça (rires).
En dehors de la musique, quelle autre activité menez-vous ?
A part la musique, je suis le directeur artistique et de production de la Tfm, je gère aussi un studio de production, qui s’appelle Level studio, qui a produit notamment le journal rappé, qui fait deux émissions sur la Tfm, 100 % mobile et high-tech. Nous produisons en même temps des bandes, de dessins animés comme Niayes, le lutteur. Nous avons plein de projets que nous avons au niveau de Level studio. Je suis réalisateur et en même temps aussi, je suis illustrateur, dessinateur.
Depuis quand avez-vous entamé votre carrière musicale ?
Bon, je dirais très petit, au collège, bon c’était dans les années 90, en 1996 on faisait la sonde, en 1997, on a sorti notre première maquette avec un groupe qu’on appelait Xarnoubi. Dans ce groupe, on était 4, les deux maintenant sont à Diourbel, la fille du groupe a voyagé, elle s’appelait Mame Diarra Guèye. A un moment donné, elle était chez Ouza avant Adiouza, elle a aussi fait les chœurs de Youssou Ndour, elle a également fait les chœurs de Omar Pène, maintenant, elle a voyagé. On a sorti notre première maquette en 1997.
Et votre relation avec les autres artistes ?
Bon, j’ai de très bonnes relations, je dis à 90%, d’autres, je ne parle pas avec eux, d’autres, on n’a pas les mêmes idées. Et ça je l’assume. Ce n’est pas avec tout le monde que tu peux être ami. Parce que quand tu prends position, et quand tu t’invites dans les débats et tu donnes ton avis, certains peuvent le prendre comme une affaire personnelle. Je me dis que le mouvement hip-hop est à l’image du pays. Les gens parlent de démocratie, de transparence, mais comme le dit Dip «même si le rappeur était à la Présidence, la corruption n’allait pas partir». Parce que voilà, tu ne peux pas critiquer le gouvernement, critiquer le Président ouvertement et que tu ne veux pas qu’on critique tes positions, moi, je suis libre. Je donne des contributions sur ma page Facebook, régulièrement et ça ne fait pas beaucoup d’heureux. Je me rappelle après le 23 juin, j’avais fait une contribution qui s’appelait les citoyens ordinaires et cette contribution-là était reprise par Le Quotidien. Et j’y expliquais le pourquoi j’ai pris la peine d’aller manifester le 23 juin alors que j’étais à 2Stv. Je suis allé là-bas jusqu’à 10h, je suis retourné chez moi, j’ai pris mes baskets, puis je suis allé me battre devant l’Assemblée nationale. Et c’était pour dire que nous sommes des citoyens ordinaires, nous n’avons pas de père Président ou de père politicien ou de père tel. Par contre, ce n’est pas parce que tel enfant est enfant de ministre ou de Président qu’il a plus de valeur que nous. C’était pour ça. Et j’ai vu ce jour-là, d’autres jeunes de ma génération qui travaillent dans les banques et qui étaient dans la manifestation, ils lançaient des pierres, courraient, tu vois, et c’était une contribution. Maintenant je fais ça très régulièrement, et quand ça touche les rappeurs automatiquement, ils t’envoient des insultes, donc ces gens-là, je ne peux pas être d’accord avec eux.
Pourquoi vous ne faites pas partie du mouvement Y’en a marre ?
Tout le monde ne doit pas faire partie du mouvement. C’est un mouvement au départ que je soutenais. Euh, j’étais dans les manifestations mais je n’ai pas le temps de militer, d’aller dans les réunions, non, je n’ai pas ce temps -là. Mais dans certaines positions, je soutiens Y‘ en a marre, je me retrouve dans certaines de leurs idées, dans d’autres non.
Comment définissez-vous vos relations avec le mouvement Y‘ en a marre ?
Ce n’est pas avec tous les rappeurs de Y’en a marre que j’ai de bonnes relations, certains je ne parle pas avec eux.
Comme qui par exemple ?
(Rires) Après, c’est ça que vous allez mettre comme titre.
Dernièrement, le président de la République a mis à la disposition des rappeurs un fonds. On a constaté que certains rappeurs sont devenus un peu doux depuis ce financement…
Bon, il y a deux choses à savoir, c’est que cet argent-là, ce n’est pas l’argent du président de la République. C’est l’argent du Peuple. Par exemple, ce n’est pas parce que la presse touche l’aide à la presse, que tous les journalistes vont caresser le Président dans le sens du poil. Le mouvement hip-hop mérite pour moi ce fonds-là. La répartition peut toujours créer une polémique. Ceux qui soulèvent ce débat ont aussi la légitimité de le soulever. Maintenant, il faut démontrer que cela participe au mouvement du hip-hop dans les cultures urbaines. Et je pense que c’est là où la plupart des rappeurs ont des limites. C’est-à-dire quand on se dit démocrates, on doit accepter la contradiction.
Avez-vous bénéficié de ce fonds ?
Non, je n’ai pas bénéficié de ce fonds.
Et comment voyez-vous la gestion de ce régime ?
Moi, je suis déçu de la réaction du président de la République sur plusieurs points. Aujour­d’hui, j’ai l’impression que nous, on est toujours des esclaves mais les chaines ne sont pas visibles. Si j’étais un Français qui travaille comme je travaille, je serais multimillionnaire, j’aurais des maisons, des voitures, je serais à l’aise. Mais, je suis au Sénégal, j’y travaille, je veux rester au Sénégal et à la fin du mois ton salaire s’évapore, tu dis «Yallabakhena» (Ndrl :Dieu est grand) et tu cours encore. Pourquoi ? Parce qu’il y a un complexe qui ne dit pas son nom, euh, il y a le complexe qui fait qu’on favorise, je ne dirais pas les étrangers, mais les Occidentaux. Alors que ce pays, s’il était bien gouverné et que la chance soit la même pour chacun, on devrait mieux vivre. Ce n’est pas normal, aujourd’hui que tu sois un cadre, et que tu aies des problèmes pour avoir une maison à Dakar. Si on devait prendre le salaire moyen, et dire que peut être c’est 100 ou 120 mille F Cfa, donc cet homme-là, s’il économise pendant 10 ans, il doit pouvoir avoir sa maison. Mais au Sénégal c’est les gens qui construisent avec une inflation qui est vertigineuse. Donc le citoyen moyen ne vit pas, tu travailles mais tu ne gagnes pas assez d’argent. Je connais ma corporation et je peux en parler, je sais que c’est la même chose pour toutes les corporations, vous travaillez de la même manière que les étrangers, ils sont mieux payés que vous. Si on avait un Président qui était fort,… Le Président Mugabe, c’est un homme fort, le Président Yahya Jammeh, hormis certaines dérives, c’est un homme qui sait dire non. Le Président Sékou Touré, qu’on nous avait vendu comme un dictateur, en fait c’était un homme fort qu’on a connu sur le tard. Sankara même chose, on n’a pas besoin des diplômés, mais on a besoin de faire en sorte que l’équilibre soit créé dans cette société et que ceux qui sont au pouvoir ne prennent pas cet argent comme le leur. Donc, globalement dans ce gouvernement dans la façon de gérer du pays, je me dis que Macky a beaucoup déçu, moi personnellement il m’a beaucoup déçu.

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