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Nyassia est la commune dont dépend la forêt classée de Bofa-Bayotte où 13 personnes ont été massacrées par des éléments armés ce week-end. Son maire, Mamadou Diallo, a parlé à la presse au lendemain de cette tragédie. Pour lui, à la base de ce massacre, une gestion laxiste de la ressource forestière par les pouvoirs publics.

Un coup dur, car des êtres humains ont été arrachés à leur famille. Telle est la réaction du maire de Nyassia qui se prononçait quelques heures après le massacre perpétré au niveau de sa commune, et qui a occasionné 13 morts. Mamadou Diallo assure qu’il n’y a jamais eu auparavant de pertes liées à de tels incidents dans cette zone du fait de plusieurs séances de sensibilisation organisées pour dissuader les populations de fréquenter cette forêt classée de Bofa-Bayotte pour cause d’insécurité. «C’étaient des populations dé­pla­cées qui sont revenues au bercail. Et nous voulions éviter tout incident qui allait les pousser à un nouvel exil», a-t-il expliqué hier à la presse.
Il a rappelé au passage la dernière visite de terrain des ministres de l’Environnement, de l’Intérieur et des Forces armées dans la localité de Toubacouta pour constater de visu l’ampleur du fléau qu’est la coupe abusive de bois. Et il a déploré que les populations, tout comme les autorités municipales qui vivent la situation, n’avaient pas eu l’opportunité d’exposer à ces autorités gouvernementales leurs in­quiétudes par rapport aux enjeux sécuritaires liés à ce fléau, car «nous étions conscients que tôt ou tard, des incidents comme celui de ce samedi pouvaient se produire dans la zone», a-t-il laissé tomber. Une manière pour l’édile de Nyassia de pointer du doigt la passivité des autorités administratives et militaires qui devaient, à ses yeux, prendre depuis longtemps les dispositions pour parer à tout incident.
A la question de savoir si le massacre de Bofa-Bayotte résulterait du contentieux entre le comité inter-villageois et les coupeurs de bois, contentieux sanctionné par la condamnation pour un mois ferme de quatre jeunes du village de Toubacouta, membres dudit comité, l’édile de Nyassa a avoué son ignorance. «Cela, on ne saurait le dire», a-t-il répondu. Seulement, ajoutera-t-il, les populations riveraines de cette forêt ne se sont jamais lassées, pour éviter le pire, de dénoncer toute personne prise en flagrant délit de coupe abusive de bois. «Nous-mêmes avons été dans cette forêt classée pendant deux journées avec l’Armée et les Eaux et forêts pour jauger l’ampleur des dégâts», souligne-t-il. Et c’est conscientes de ces périls que ces populations avaient décidé de jouer leur partition en participant à la protection de l’environnement, en informant à chaque fois l’Armée ou les services des Eaux et forêts. «Elles ont toujours travaillé en ce sens, jusqu’à ce qu’un jour on ait cet incident malheureux», déclare-t-il.
Le maire de Nyassia est d’avis que la tragédie du samedi est liée au fait que des gens ont réagi négativement à l’interpellation des jeunes du comité inter-villageois. «Il s’en est suivi des altercations, des blessés et ensuite des plaintes des coupeurs de bois. Toutes choses qui finalement ont conduit quatre jeunes de Toubacouta en prison», regrette-t-il. Un verdict qui s’apparentait à un blanc-seing pour les populations riveraines de la forêt de Bofa-Bayotte. «L’infor­mation la mieux partagée par la suite de ces emprisonnements, c’était comme si des gens encourageaient la coupe abusive du bois dans cette forêt. C’était comme qui dirait que la voie est libre pour y exercer dès lors le trafic de bois», car il est d’avis qu’aucune disposition n’a été prise pour éviter cela. Et ce qui devait arriver arriva, dit-il.
Le maire de Nyassia admet qu’il y a toutefois eu des précédents par rapport à ces incidents. «Des trafiquants de bois ont été interpellés, battus et libérés. Une fois, il y a eu des poursuites de coupeurs de bois jusqu’à la limite des maisons des villages riverains de cette forêt classée. On frappait et on laissait partir. On blessait et on laissait partir. Mais voilà qu’aujourd’hui, on tue pour se retrouver avec 13 morts», se désole-t-il. Pour lui, l’Etat et le ministère de l’En­vironnement doivent prendre des engagements pour aménager cette forêt dont l’accès même pose problème. Et ce, afin de permettre aux agents des Eaux et forêts, et des services de sécurité d’y intervenir pour une meilleure protection.
imane@lequotidien.sn

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