PARTAGER

Le littoral est confronté au changement climatique et les dégâts se révèlent déjà de manière flagrante pour les populations qui bordent les rives sénégalaises. Les Journées scientifiques du littoral s’attèlent à relever les adaptations possibles à cette dérive aux contours irréversibles.

Le Master Gidel (Gestion intégrée et développement durable du littoral ouest-africain) de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Ucad et l’Ird (Institut de recherche pour le développement) organise pour la troisième fois les Journées scientifiques du littoral. «La question du devenir de nos côtes est devenue cruciale», affirme Alioune Kane, directeur du Master Gidel. Il s’avère donc précieux pour les spécialistes de déceler les adaptations possibles au changement climatique dont les conséquences menacent directement les populations côtières. La tempête tropicale Fred, qui avait déclenché la furie des flots sur l’ensemble du littoral sénégalais le 3  septembre 2015, en est un parfait exemple. Dans un avenir proche, des décisions politiques pourraient avoir de lourdes conséquences. D’après le sédimentologue Olivier Rüe, la construction d’un port militaire mauritanien sur le marigot de Ndieba, situé sur une ancienne embouchoure juste en aval de Saint-Louis, précipiterait cette dernière sous les eaux devenant du même coup «la première cité majeure au plan mondial à succomber au réchauffement climatique». Il explique que «la protection du système côtier mauritanio-sénégalais est en fait l’approvisionement sédimentaire qui vient du nord et qui longe la côte». Et selon cet expert, «tant qu’on a cet approvisionement sédimentaire tirant le sable vers le sud, l’embouchure du fleuve se déplace de concert et cette mobilité assure une résilience à cet organisme». La construction de ce port en face de la future zone gazière et pétrolifère ainsi que ses importantes réserves halieutiques revêtent pour le gouvernement mauritanien un caractère stratégique. Mais Olivier Rüe avertit que l’édification de ce port en sus de celui de Nouakchott qui obstrue l’afflux de sable vers le Sénégal serait un deuxième obstacle qui amincirait la manne sédimentaire dont a besoin la Langue de Barbarie pour se stabiliser. A court terme, Guet-Ndar précipiterait la fin de son existence suivie du cœur de la ville, patrimoine mondial de l’humanité. Affirmant en avoir parlé aux autorités compétentes du pays sans toutefois avoir reçu d’écho significatif en retour, l’expert souhaite que la question soit introduite dans le débat public. Mamadou Aliou Diallo, maître de conférences à la Faculté des sciences juridiques, souligne que le littoral constitue «un ensemble de valeurs en péril» que les juristes ont le devoir de préserver. L’exemple de la presqu’île du Cap-Vert est parlant. D’après lui, «cet espace est colonisé de façon illégitime par l’homme, car cette facade qui ferme la brise marine à l’intérieur du continent connaît aujourd’hui une forme d’humidité constante qui entretient une capacité de nuisance des moustiques tout au long de l’année». La prolifération de maladies véhiculées par ces moustiques est, pour lui, le fait de l’occupation anarchique du littoral. Il y a nécessité pour Mamadou Aliou Diallo de se pencher sur la réglementation outrepassée, voire carrément jamais appliquée à l’instar de la loi de protection de 1964. Le juriste indexe le fait que l’occupation illégale du littoral profite à des personnes qui ne sont pas «monsieur tout le monde».

bdavid@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here