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Accusé d’«incitation à la haine», le militant antiesclavagiste et candidat aux Législatives a été inculpé. Son entourage dénonce l’acharnement du pouvoir.

Biram Dah Abeid reste en prison. Arrêté le 7 août dernier à son domicile dans la banlieue de Nouakchott, le président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira) a finalement été inculpé une semaine plus tard pour «atteinte à l’intégrité d’autrui et menace d’usage de la violence», et placé sous mandat de dépôt.
Une arrestation «relevant de l’intimidation d’un candidat qui dérange le pouvoir, sans éléments de justice consistants», ont déploré communément la femme de Biram Dah Abeid, Leila Dah Abeid, le vice-président du parti Sawab, Oumar Yally, et le responsable des relations extérieures de l’Ira, Balla Touré, lors d’une conférence de presse.

Une alliance inédite
A l’origine de la convocation judiciaire du leader du mouvement abolitionniste, la plainte déposée en juillet contre Biram Dah Abeid pour «calomnie, injures et incitation à la haine» par le journaliste Abdallah Deddah. Celui-ci assure avoir été victime de propos agressifs à son égard de la part du président de l’Ira et de ses militants. Des menaces intervenues après la diffusion d’un reportage sur la chaîne YouTube du journaliste, portant sur l’alliance électorale faite le 1er juin entre l’Ira et Sawab.
Un accord de prime abord surprenant, les deux mouvements ne représentant pas les mêmes communautés. L’Ira défend les intérêts des Harratines, les Mauritaniens descendants d’esclaves, car l’esclavage est toujours une réalité dans le pays : en 2016, il concernait près de 43 mille personnes, d’après les chiffres de plusieurs Ong. Le parti Sawab, lui, est un mouvement nationaliste arabe, d’obédience bassiste. Il représente donc la communauté souvent pointée du doigt par les abolitionnistes de l’Ira. Plutôt qu’une contradiction, Elhadj Sall préfère y voir le début d’un profond changement. «Notre alliance avec Sawab est inédite, mais c’est bien la preuve d’une union des communautés face à la centaine de personnes qui dirigent réellement le pays. Ce que l’alliance Ira-Sawab dénonce, ce sont des agissements que toutes les communautés mauritaniennes dans leur ensemble subissent. Et c’est cette convergence dans l’opposition qui effraie les autorités», explique-t-il. Un accord qui permet également à Biram Dah Abeid – dont le mouvement n’est pas reconnu par le pouvoir – de pouvoir se présenter aux élections législatives, prévues en septembre.
«On ne s’attendait absolument pas à son arrestation, surtout que les pratiques utilisées par les Forces de l’ordre sont contraires aux principes de la loi mauritanienne : on ne va pas chercher un accusé à son domicile, mais on le convoque au commissariat. C’est inacceptable», déplore El hadj Fall, directeur de campagne de M. Abeid.

Le pouvoir pointé du doigt
Un avis partagé par le porte-parole de l’Ira, Hamadi Lehbouss. «Nous savons depuis le début que l’affaire est montée de toute pièce, et que c’est la personne du président Biram qui est visée», a-t-il indiqué à l’Afp, car pour son entourage, cette inculpation cache en fait la volonté du pouvoir de faire taire Biram Dah Abeid, dont la récente alliance avec Sawab «fait peur aux autorités, affirme El hadj Fall. De nombreuses communautés nous rejoignent dans notre mouvement. Forcément, les autorités voient d’un mauvais œil cette influence grandissante, surtout à l’approche d’élections».
Des méthodes appliquées sur «l’opposition de manière générale» dénoncées également par les avocats de Biram Dah Abeid. Pour William Bourdon et Georges-Henri Beauthier, le président Mohamed Ould Abdel Aziz pratique «la maltraitance de toute voix à dissidence, y compris des élus au Sénat mauritanien tels Ould Ghadde», fustigent-ils dans un communiqué. Un document dans lequel ils rappellent aussi que «le Groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l’Homme a déjà rendu, concernant ces deux opposants, des avis constatant le caractère arbitraire des mesures de privation de liberté. Ce groupe a demandé à la Mauritanie de prendre les mesures qui s’imposent pour se mettre sans tarder en conformité avec ses obligations internationales en matière de respect des droits de l’Homme».
lepoint.fr

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