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L’opposant et militant anti-esclavagiste Biram Dah Abeid a été brièvement interrogé mardi par la Sûreté mauritanienne. Un épisode qui fait suite à trois journées de manifestations organisées à Nouakchott par son mouvement, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira).

Alors qu’il se trouvait à son domicile, ce mardi 20 février, Biram Dah Abeid, le leader de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira), a été sommé de suivre un officier et un sous-officier jusqu’à la direction régionale de la police de la région d’Arafat. Les deux hommes l’auraient convoqué sur ordre de la Direction générale de la Sûreté. Pendant deux heures, le militant et opposant, qui entend se présenter à la prochaine élection présidentielle, a été interrogé au sujet des marches organisées dans la capitale mauritanienne depuis dimanche 18 février.
Ces manifestations visaient à protester contre la montée des prix des produits de première nécessité et – selon un communiqué de l’Ira – contre «l’inaction des autorités face à la vague de sécheresse qui frappe les milieux ruraux». Ce mouvement de contestation a fait l’objet d’une violente répression policière, selon le président de l’Ira.

Un interrogatoire musclé
Contacté par Jeune Afrique ce mercredi 21 février, Biram Dah Abeid décrit un interrogatoire particulièrement tendu.
«Ils m’ont accusé de mettre en danger l’ordre public. Pire encore, ils m’ont reproché d’endoctriner et de fanatiser les militants qui ont participé à ces marches. Ils m’ont également informé avoir reçu des consignes claires à mon égard de la part de leurs supérieurs : à la prochaine marche, ils viendront directement me chercher pour me jeter en prison», relate l’opposant, dont les positions sont très critiques envers le régime du Président Mohamed Ould Abdel­aziz.
«Je n’ai pas nié que j’étais bel et bien l’initiateur de ces marches, poursuit-il. Je leur ai même rétorqué que si cela était un crime, ils n’avaient qu’à obtenir de leurs supérieurs l’ordre de m’emmener sur le champ. En ce qui nous concerne, nous continuerons nos marches !»
Une provocation assumée à laquelle l’officier lui aurait répondu : «Cette fois-ci, ce n’est peut-être pas la prison qui vous attend…» Condamné en janvier 2014 pour appartenance à une organisation non reconnue et rébellion contre la force publique, Biram Dah Abeid avait déjà été incarcéré de novembre 2014 à mai 2016.
«Je sais qu’ils se sont attaqués à moi personnellement parce qu’ils n’ont pas réussi à réduire les manifestants “iraouis” », affirme Biram Dah Abeid.

Une version contestée par les autorités
De son côté, une source officielle mauritanienne confie à Jeune Afrique que l’arrestation de Biram ne serait pas directement liée au déroulement des marches organisées ces derniers jours. Selon elle, peu avant sa convocation, Biram Dah Abeid avait réuni ses «lieutenants» à son domicile. Lors de cette réunion, il les aurait appelés à provoquer les Forces de l’ordre afin de générer des troubles dans la capitale. Une version contestée par l’intéressé.
Toujours selon cette source, une taupe présente lors de cette réunion aurait averti la Direction de la sûreté des propos tenus par Biram Dah Abeid. Des policiers auraient ensuite été envoyés afin de faire comprendre à l’opposant qu’aucune entorse de ce type ne serait tolérée par les autorités.

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