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La langue arabe au Sénégal, plus qu’un outil de communication et de diplomatie internationale, est «une langue spirituelle, porteuse de nos convictions», a déclaré Mbaye Thiam, enseignant en histoire et archivistique à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar. «Au Sénégal, même si la nature de notre Etat (laïque) ne le proclame pas, nous avons un Peuple profondément religieux (…). Ce qui se manifeste à travers notre rapport particulier avec la langue arabe, laquelle, au-delà d’un vecteur de communication et de diplomatie internationale, est une langue porteuse de nos convictions religieuses», a-t-il affirmé.
L’historien et enseignant d’archivistique à l’Ebad présidait hier, au nom du recteur de l’Ucad Pr Ibrahima Thioub, l’ouverture de la cérémonie marquant la célébration de la Journée mondiale de la langue arabe.
Cette manifestation, dont la salle de conférences Kocc Barma Fall de la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation (Fastef, ex-Ens), a servi de cadre, était axée sur le thème «Rôle de la langue arabe dans le monde contemporain». Outre des ambassadeurs de pays arabes accrédités à Dakar dont celui du Soudan, des élèves, étudiants, universitaires et amoureux de la langue arabe y ont pris part.
La Journée mondiale de la langue arabe a été instituée en 2012 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Depuis, elle est célébrée le 18 décembre de chaque année. Cette date coïncide avec le jour où, en 1973, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté l’arabe comme sixième langue officielle dans le système des Nations unies.
«’’La langue arabe et l’intelligence artificielle (Ia)’’ est le thème choisi pour célébrer la Journée mondiale de la langue arabe en 2019», peut-on lire sur le site de cette organisation onusienne.
Revenant sur l’introduction très ancienne de la langue arabe au Sénégal, M. Thiam a indiqué que «beaucoup d’historiens s’accordent aujourd’hui à dire que cette langue était présente dans certaines cours royales du Sénégal entre le 6ème et le 8ème siècle».
Partant de cette dimension historique, il a invité les chercheurs à «s’interroger sur la nature que devrait avoir cette langue dans notre dispositif de formation et d’éducation». Il estime qu’«en tout arabophone dort un éducateur, un religieux.»
L’enseignant a toutefois insisté sur la nécessité de valoriser «le riche patrimoine littéraire» écrit en arabe ou à travers les caractères arabes (wolofal). A cet effet, il a déploré la difficulté par endroits pour les chercheurs d’accéder aux manuscrits détenus par certaines familles religieuses dans une perspective de patrimonialisation.
Le représentant du recteur à cette cérémonie a cependant noté qu’au niveau de l’espace universitaire, «une importance capitale est accordée à la langue arabe qui disposerait au même titre que les autres langues étrangères d’un statut institutionnel».
Il a ainsi cité les différentes structures publiques d’enseignement et de recherche (Ucad, Ifan, Fastef) «qui travaillent à la promotion de la langue et la civilisation arabo-musulmane au Sénégal».
Le docteur Seydina Alioune Diop, un des panélistes, a pour sa part souligné les dimensions politiques, économiques et scientifiques de la langue arabe dans le monde d’hier et d’aujourd’hui. L’enseignant au Dépar­tement d’arabe de la Fastef a rappelé que la langue arabe est parmi les six langues utilisées dans le système des Nations unies. Elle constitue également la troisième langue à l’Union africaine, après l’anglais et le français, a-t-il indiqué.
Le docteur Seydina Alioune Diop a par ailleurs rappelé le rôle que la langue arabe a joué dans la préservation d’autres cultures et civilisations dont les langues qui les portaient ont aujourd’hui pratiquement disparu. Dans cette perspective, il a rappelé le processus de traduction engagé à l’époque de la dynastie abbasside qui a gouverné le monde musulman de 750 à 1258.
Cette période, considérée comme l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane, avait permis la traduction d’ouvrages théologiques, philosophiques, mathématiques, entre autres, de la civilisation gréco-latine, renseigne le Dr Seydina Alioune Diop.
 Aps

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