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Plantée dans la zone des Niayes avec un climat influencé par l’Alizé boréal maritime, Mboro, avec sa piètre superficie de 3,1 km², loge aujourd’hui plus de 30 000 âmes et se réveillera avec près de 40 000 habitants en 2028 selon les projections démographiques basées sur une croissance urbaine parmi les plus dynamiques (6ème au plan national). Pourtant cette commune n’était qu’une bourgade paumée dans une zone relativement déserte marquée par les accidents d’un relief particulièrement sablonneux. On était vers les années 30. L’implantation de la station agricole en 1936 par le colon y a fixé ses premiers «saisonniers» venus principalement pour la fertilité de son sol avec des productions agricoles et animalières conséquentes à une époque marquée par la sécheresse dans presque tout le Sénégal. L’activité maritime aussi se faisait, avec des prises importantes. Plus tard, en 1957 le démarrage de l’activité minière avec la Compagnie sénégalaise des phosphates de Taïba (Cspt) y déporta beaucoup de Sénégalais issus de toutes les régions du pays. L’ouverture des Industries chimiques du Sénégal en 1998 fit de Mboro un village gros pourvoyeur d’emplois. Pour plusieurs nationalités !
Le mardi 3 octobre 2017, des Mborois, des jeunes essentiellement, ont dans un élan de citoyenneté prémonitoire, porté sur les fonts baptismaux une plateforme revendicative dénommée Mboro Sos. Le Cadre local de concertation pour le développement de Mboro (Clc/Dm) lui emboite le pas quelques semaines après. Quelques années auparavant, «Mboro Ma Ville» subissait le spectre malheureux du feu de paille. En effet, si toutes ces associations apolitiques ont des objectifs convergents, les stratégies le sont moins. Mboro Sos, la plus dynamique, lance un cri de détresse sur les urgences et autres difficultés qui plombent le développement d’une commune avec des potentialités minières, agricoles et halieutiques sans commune mesure. L’appel de Mboro est sans appel : doter Mboro, la pauvre, d’infrastructures après lui avoir plaidé avec succès la correction de ses limites communales dont la communalisation intégrale l’en a délaissé une bonne partie (pas moins de 90% de sa superficie… rurale). Pour rappel, la Communauté rurale de Mboro (1976 à 2002) faisait près de 325 000 hectares. Aujourd’hui la commune ne fait que 320 hectares, s’il vous plaît !
Le vendredi 23 février 2018, la population de Mboro subit une terrible tragédie. Une énorme explosion a réveillé, ameuté et consterné tout le voisinage. Immédiat et lointain. L’ex­plosion d’un dépôt de gasoil ce jour-là vers dix heures trente minutes, a projeté au sol et brûlé gravement sept (7) personnes dont un bébé d’à peine un an. A bord de l’ambulance du poste de Santé de Mboro 1, les sept (7) grands blessés ont été trainés entre l’infirmerie des Ics, l’hôpital El Hadj Abdou Sy Dabakh de Tivaouane, avant enfin d’être acheminés à Dakar où six (6) finiront par succomber au bout de dix (10) jours. Si les causes de cette pire tragédie à Mboro ont assez renseigné sur le rapport défaillant du citoyen aux normes de sécurité, les enseignements à en tirer ont, quant à eux, suffisamment enseigné sur l’état de dénuement chronique dans lequel Mboro «gâte» sa forte densité de près de 8,900 habitants/km². Lequel dénuement tombe paradoxalement dans une zone industrielle où, avec les communes de Darou-Khoudoss, Taïba-Ndiaye et Méouane, l’on dépasserait les 100 000 habitants, qui l’auraient autorisé à abriter entre autres, un hôpital de niveau 1, une brigade de sapeurs-pompiers, un commissariat de police, un marché moderne pour chaque commune, un lycée technique, des stades municipaux et j’en passe. L’installation dans la zone de ces deux premières infrastructures citées et plusieurs fois réclamées par les populations de ces communes aurait indéniablement permis d’abaisser le bilan macabre des évènements du 23 février. Hélas !

Que dire des Ics-Indoroma ?
En dehors de ce découpage politique calamiteux de 2002 et du déficit d’infrastructures sociales de base, la population de Mboro suffoque, souffle et souffre du soufre de la plus grande entreprise chimique et phosphorique de l’Afrique de l’Ouest, les Ics. Du soufre qui plante le décor sur notre seule route, la RD 702, c’est du soufre inhalé et déposé dans nos poumons !
La relation entre la société Ics-Indoroma et les collectivités locales qui l’entourent est assimilable à cette histoire du ventru, quignon à la main, qui cherche à arracher le morceau de biscuit que quatre gringalets avaient réussi à lui (sou)tirer dans le cadre de la convention minière liant l’Etat du Sénégal à la Société Ics. De la promesse d’un hôpital de référence pour un coût de 4 milliards à celle d’un forage maëstrichtien de 650 millions en passant par les plus récentes, à savoir le recrutement de 36 ingénieurs de la zone et le versement de la somme de 50 millions aux communes de Mboro, Darou-Khoudoss, Taiba-Ndiaye et Méouane, les Ics ont inscrit l’accumulation de promesses com­me mode de gestion d’un environnement qui jusque-là observait passivement les con­venances et caprices d’une entreprise minière peu portée depuis assez longtemps vers la contribution directe aux budgets de ces collectivités, pourtant prévue par plusieurs mécanismes votés par le Peuple. Est-ce surprenant donc que la direction des Ics hésite, à travers la Rse, à participer au maigre budget de huit millions deux cent francs dont la moitié a été mobilisée par la mairie pour la construction de la route menant à la décharge communale ou à celui devant réhabiliter le lycée éponyme ?
Pour rappel, le 30 octobre 2016, l’Assemblée nationale du Sénégal a voté le projet de loi portant réformes du code minier. Que d’avancées concrètes espérait-on ! Il est ainsi institué le Fonds d’appui au développement local (Fadl), représentant 0,5% du chiffre d’affaires annuel hors taxe de l’entreprise extractive en faveur des collectivités où l’activité minière se déroule. Les articles 94 et 95 du présent code, accordant de nouveaux droits aux populations installées dans les milieux extractifs. Lesquels promeuvent la protection et le respect des droits humains de ces populations et la transparence dans la distribution des revenus. Pour une entreprise dont le chiffre d’affaires annuel se situerait à près de 160 milliards de francs Cfa, la zone polluée devra attendre encore !

Quid de la municipalité ?
Au moment où Mboro comptait ses morts lors du fameux drame du mois de février dernier, notre maire, très soucieux de la protection de ses administrés, soumet au Conseil municipal le vote du projet de budget arrêté à 301 115 375 francs Cfa. Lequel prévoyait 248 421 245 francs en dépenses de fonctionnement, soit 82,5% de nos maigres ressources et un budget d’investissement tristement coincé à 52 694 130 francs soit 17,5 %. Le contexte d’insécurité marqué par des pertes en vies humaines à la suite de l’explosion de ce dépôt, n’a pas inspiré le conseil qui n’a versé que la modique somme de 500 000 francs dans la protection des populations contre les accidents, soit 0,16% de ce budget. Tel est le travail abattu par nos élus locaux ! C’est dire que la situation d’insécurité dans laquelle plonge Mboro, marquée par un programme d’éclairage public peu éclairé, a de beaux jours. La gérontocratie locale à laquelle l’esprit simpliste qui caractérise une bonne partie de l’électorat local est habitué ne peut toujours expliquer pourquoi l’on ne se soucie presque jamais de l’ordre des priorités de la commune qui a eu son premier lycée en étant un village, s’il vous plait.

Et l’Etat dans tout ça ?
La présence de deux grandes entreprises dans la zone (Ics-Indoroma et Gco) laisse croire un niveau de développement infrastructurel assez élevé. Que nenni ! Sinon, il faut imaginer une philanthropie hypertrophiée du grand boss d’Indoroma, ou la subite pénétration sociale du Pdg Alassane Diallo pour espérer qu’ils fassent échapper une «aumône» pourtant tirée de leurs gros bénéfices directement tirés du sous-sol local. Aucune infrastructure digne de ce nom n’a vu le jour à Mboro et environs, que l’on mettrait à l’actif des Ics depuis plus de 15 ans. Irres­ponsable sur les bords et entièrement complice du mal-être des quatre communes, l’Etat n’agit plus en faveur des intérêts de ces collectivités. Ces quatre communes sont laissées à elles-mêmes ! Le silence de l’Etat du Sénégal par rapport au traitement injuste que les entreprises appliquent aux collectivités fait dire que celui-ci est dans le coup. J’accuse ! Et j’assume ! Car au-delà de ces reformes du Code minier, l’Etat était plus attendu sur une application rigoureuse de celles-ci, notamment la renégociation des exonérations fiscales et des impôts fonciers…

Y’a-t-il espoir ?
Oui ! Et si l’espoir semble renaitre à Mboro, il faut le placer sur le compte de cette nouvelle dynamique politico-citoyenne qui commence à essaimer au sein de la jeunesse locale. Car, jamais Mboro n’a jamais été aussi proche de la mise en place d’une structure suffisamment imprégnée des enjeux fonciers et infrastructurels locaux. Jamais ! Jamais aussi on n’a autant réfléchi sur le déficit infrastructurel qui y sévit.
Et pacifiquement, Mboro a décidé de marcher ce 30 juin pour dire… basta !

Ndiaga NDIAYE
Professeur d’anglais au Cem de Diogo
Chargé de Com’ de la Plateforme Mboro Sos
Membre co-fondateur du Cadre Local de Concertation pour le Développement de Mboro

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