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Selon les statistiques, Mbour, qui a enregistré depuis janvier 2019 au moins 61 pêcheurs portés disparus, est l’un des départements qui sont le plus frappés par les accidents en mer.

Les chiffres donnent le vertige : en 2018, 92 pêcheurs originaires du département Mbour ont perdu la vie en mer. Cette année, 61 sont portés disparus. Ces statistiques placent le département de Mbour juste derrière Saint-Louis, qui en paie le plus lourd tribut. Une situation qui inquiète les acteurs du secteur, qui sont descendus hier au niveau du quai de pêche pour les sensibiliser sur la sécurité en mer pour essayer d’inverser la courbe. «Nous avons tenu une séance à huis clos de formation pour leur rappeler les normes et mesures de sécurité en mer à prendre pour une limitation des cas d’accident en mer», rappelle Adama Faye, chef de la Division de la sécurité des pêcheurs artisans à la Direction des pêches et de la surveillance des pêches (Dpsp). Il a insisté sur la qualité des pirogues dénommées Jakarta, qui font légion dans le département et considérées comme responsables de la plupart des accidents en mer «Ce sont eux qui les appellent les Jakarta, ce sont des petites pirogues minces (sic), qui n’ont pratiquement pas de quille, donc aucune norme sécuritaire. Elles ne sont pas très ouvertes pour tenir en cas de survenue de phénomènes météorologiques et avec les fortes houles, elles ne peuvent pas tenir. Ces pirogues n’ont aucune stabilité et la plupart des chavirements enregistrés au Sénégal et en particulier à Mbour sont du ressort de ces embarcations. Nous avons donc discuté avec les acteurs que nous avons sensibilisés et conscientisés sur les dangers encourus en prenant ces pirogues qui font accident en mer», déplore le chef de la Division de la sécurité des pécheurs artisans. Son discours est compris par les pêcheurs, qui mesurent évidemment les risques qu’ils prennent parfois en se rendant en haute mer. Saer Top, porte-parole des pêcheurs, indexe aussi les Jakarta et le non respect du port de gilet de sauvetage : «Il y a deux catégories ; celle qui est fabriquée pour faire des courses et celle destinée à la pêche. Pour cette dernière, il faut prendre des précautions en particulier, le port du gilet de sauvetage. Mais certains pêcheurs sont têtus et refusent de les porter malgré les risques encourus. Il faut alors des mesures coercitives pour les obliger à les porter puisqu’ils peuvent sauver des vies en mer en cas d’accident.» Incroyable confession. En tout cas, il a insisté sur le nécessaire contrôle du secteur de production des pirogues. «Il faut fabriquer des pirogues de qualité à mettre à la disposition des acteurs. Faire en sorte que la fabrication et l’acquisition de pirogues soient réglementées et contrôlées par le service des pêches. Les pirogues en fibre de verre pourraient faire l’affaire mais on ne connait pas encore les modalités d’acquisition ni leur prix. Mais si ce sont les anciennes qui vont continuer à nous permettre d’aller en mer, il faut que le gouvernement veille à ce qu’elles soient renforcées sur le plan de la sécurité», conseille Saer Top.
abciss@lequotidien.sn

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