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Depuis le début de l’immigration clandestine, le département de Mbour a enregistré plus d’une centaine de morts. Tous des jeunes partis à la recherche de l’eldorado en Espagne. Cette recrudescence de l’immigration clandestine, avec son lot de morts, irrite le président du Conseil départemental de Mbour qui a sonné l’alerte hier lors d’un point de presse tenu au domicile du nouveau Jaraaf de Mbour. Il qualifie ces convoyeurs de criminels.

Saliou Samb,
président du Conseil départemental de Mbour.

Le président du Conseil départemental de Mbour, Saliou Samb, et le Jaraaf de Mbour, Alioune Badara Ndoye, sont très remontés contre les convoyeurs de migrants vers l’Espagne. Sur un ton très sévère, M. Samb qualifie ces convoyeurs de criminels. «Nous vivons des moments douloureux, des moments de deuil. Nos enfants sont en train de mourir en mer, des fossoyeurs sont en train de tuer nos enfants en mer pour de l’argent. Il faut que la population les dénonce, ils sont dans les quartiers et il ne faut pas avoir peur de les dénoncer sinon ils vont continuer à exercer leur sale boulot.  Nous savons tous qu’ils ont récupéré l’argent de ces migrants presque un mois avant le voyage. En tant qu’autorité, en tant que fils de Mbour, en tant que fils du quartier Tefess, nous ne pouvons pas nous taire. Notre devoir, c’est de parler maintenant à cette jeunesse, cette jeunesse de Mbour, cette jeunesse du Sénégal à qui on demande d’arrêter d’aller se suicider  en mer», se désole Saliou Samb.
Le président du Conseil départemental de Mbour, par ailleurs Directeur général de la  Société des infrastructures et de réparation navales (Sirn), a également déploré, au cours de ce point de presse, la vague de jeunes qui empruntent la mer ces temps-ci. «Le problème, c’est que ces temps derniers il y a eu une vague de jeunes qui ont pris les pirogues et qui, par la grâce  de Dieu, sont arrivés sains et saufs en Espagne, parce qu’ils avaient rencontré un temps clément, car c’était la fin de l’été. Ces jeunes, une fois arrivés, ont invité leurs amis encore restés ici à s’aventurer dans ce voyage périlleux parce que la route n’est pas meurtrière.» «Or, cette vérité de ces précédentes semaines n’est plus valable, car actuellement en Europe on est en période d’hiver. Et tout le monde sait que dès que l’hiver s’installe, la mer devient houleuse, impraticable», fait remarquer Saliou Samb. Qui ne peut s’empêcher de faire comprendre : «Prendre des pirogues en bois, faire cinq à six jours en mer, plus de  5000 km pour aller en Europe, c’est un suicide.» D’où l’appel du Dg de la Sirn : «Je demande  à cette jeunesse-là de prendre conscience de cela.»
Les nombreux décès constatés, ces derniers temps, suite à la recrudescence de l’émigration clandestine, irritent aussi Saliou Samb. C’est pourquoi il a demandé au chef de l’Etat de sévir contre ces convoyeurs de la mort qui s’adonnent  à un trafic d’êtres humains, rien que pour de l’argent. Il a également invité les parents à être plus regardants sur l’éducation de leurs enfants, afin que ces derniers ne puissent plus emprunter le chemin de la mer.
Lors de ce point de presse, il a invité les membres du nouveau gouvernement à traduire la vision du chef de l’Etat en acte. Selon lui, certes il faut que les jeunes soient plus patients mais pour autant les ministres en charge de la question de l’emploi doivent presser le pas. S’érigeant en défenseur du régime de Macky Sall,  M. Samb est d’avis que ce phénomène de l’émigration clandestine n’est pas inconnu des Sénégalais. «Le phénomène de l’émigration clandestine  n’est pas nouveau. Tous les régimes qui se sont succédé depuis Abdou Diouf en passant par Abdoulaye Wade ont connu cela. Mais il fallait s’y attendre avec Macky Sall, car il a hérité d’un pays aux caisses vides. Cependant, cela ne doit pas être une excuse car il a fait de son mieux donc, les gens à qui le Président a fait confiance  doivent faire plus d’efforts  pour faire bouger les lignes», a conclu Saliou Samb.
Le Jaraaf de Mbour, Alioune Badara Ndoye, n’a pas manqué de revenir sur les raisons qui poussent ces jeunes à vouloir migrer vers l’Europe sans manquer de  préconiser un retour à une pêche responsable. «Nous n’avons plus de capitaines  expérimentés, car les vrais sont partis et les autres ne veulent pas s’y aventurer. Pour éviter l’émigration clandestine, le président de la République doit d’abord interdire la pêche illicite et mettre fin à la présence des bateaux étrangers dans nos côtes. La mer n’a plus rien, nos ressources sont surexploitées et nos mers sont envahies par les plastiques. Il faut trouver une solution à ce désastre. Aujour­d’hui, on risque d’assister à la chasse des porteurs de sac à dos par les Forces de l’ordre», a déploré le Jaraaf de Mbour.
Les quartiers de Golf, Résidence et Tefess sont les plus touchés par la recrudescence de l’émigration clandestine. Face à ces nombreux décès, les autorités disent qu’elles ne savent pas où elles vont commencer à présenter les condoléances, tellement beaucoup de personnes y ont perdu la vie. Ces deux dernières semaines, la Petite-Côte a connu une véritable hécatombe, du fait de la recrudescence du phénomène de l’émigration clandestine.

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