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Les plaidoiries continuent. Dans l’après-midi d’hier, les avocats de la défense se sont employés à prouver une «politisation» du procès. Ils ont expliqué que Khalifa et ses co-prévenus ne peuvent être poursuivis pour détournement de deniers publics et escroquerie.

«Comment peut-on poursuivre un ordonnateur alors que le percepteur déclare n’avoir rien perdu ?» Me Ismaël Konaté du Mali, avocat de Khalifa Sall, n’en revient pas. Il ne peut comprendre qu’on puisse «accuser (son) client de détournement de deniers publics». «Le gardien des fonds n’a rien perdu. Et on va trouver un ordonnateur pour une perte de 1,8 milliard. Pour qu’il y ait détournement de deniers publics, il faut en amont qu’il y ait une perte, et en aval un enrichissement du patrimoine. Khalifa a fait sa déclaration de patrimoine. Que veut-on ? Le détournement est impossible à concevoir. Personne n’a vu son patrimoine gonfler de 1,8 milliard de F Cfa», a-t-il argumenté. Subtile dans le verbe, il est convaincu qu’on «veut la peau de quelqu’un». Il ajoute : «La justice ne doit être le bras de qui que ce soit. J’ai été garde des Sceaux. Je sais la tentation de vouloir faire la peau à quelqu’un. Sans suivre la justice, on risque de faire sa propre peau.»

Me Bamba Cissé : «Pour asseoir le délit d’escroquerie, il faut que la victime soit trompée»
Abondant dans le même sens et beaucoup plus mesuré que son confrère malien, Me Bamba Cissé a voulu mettre en exergue l’absence de tromperie qui est, selon ses explications, l’élément de base pour accuser une personne d’escroquerie. «En matière de procès pénal, il y a trois éléments : l’élément matériel, l’élément moral et l’élément légal. L’article 153 du code définit l’escroquerie comme un des éléments de l’élément matériel, ce que le Parquet a nié (…). Le détournement de deniers publics ne peut pas se concilier avec l’escroquerie. Ce sont deux infractions différentes. Le débat qui se pose est qui a été trompé. Pour asseoir le délit d’escroquerie, il faut que la victime soit trompée», a-t-il expliqué. Me Cissé d’ajouter : «Les comptables ont agi de bonne foi comme tout le monde. On ne peut pas dire qu’il y avait l’intention. L’intention est laissée à la libre administration des collectivités locales. En mai 2011, le prix du mil était à 258 mille F Cfa par tonne et le riz à  230 mille F Cfa par tonne. Le prix du mil ne pouvait pas doubler celui du riz. S’ils avaient procédé à des contrôles, ils allaient s’en rendre compte. Mais c’était des fonds politiques.» Il a en outre lu une «lettre de Pape Diop», ancien maire de Dakar, demandant l’annulation par la tutelle de la procédure de décaissement de la caisse d’avance.

Me Abdou Dialy Kane : «Je savais depuis le début que le Parquet allait demander
la relaxe»
Si les 2 premiers avocats se sont interdit de parler politique, on ne peut en dire autant pour Me Abdou Dialy Kane. «L’ordonnance de renvoi reprend mot pour mot le réquisitoire définitif comme s’il y avait une main invisible. Le Parquet semble sceller une alliance avec le juge d’instruction. On a fermé les yeux quand Khalifa est devenu député. Je savais depuis le début que le Parquet allait demander la relaxe. Seydou Guèye (Ndlr : porte-parole du gouvernement et de l’Apr) a déclaré que plus personne n’osera prendre l’argent d’une caisse d’avance. C’est une façon de dire que Khalifa sera lourdement condamné», a-t-il déploré avant de reprendre l’argument selon lequel il ne peut y avoir détournement de deniers publics parce qu’il n’y a pas de perte dans la caisse d’avance.
mgaye@lequotidien.sn

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