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La défense de Khalifa Sall a encore fait hier le procès du Procureur de la République. Les avocats du maire de Dakar trouvent que le maître des poursuites fait dans la discrimination. Ayant des dossiers estimés à plus d’une centaine de milliards, il a décidé de poursuivre Khalifa Sall pour des miettes au lieu de les diligenter.

Il serait très difficile de con­vaincre les avocats de la défense que le procès de l’édile de la Ville de Dakar n’est pas politique. Les conseils du maire de Dakar et ses collaborateurs sont tous convaincus qu’il s’agit bien «d’un procès politique organisé dans le dessein d’éliminer un adversaire politique». Me Seydou Diagne en veut pour preuve l’existence de dossiers où l’Etat a perdu beaucoup d’argent et pour lesquels le Parquet n’a pas dépensé la même énergie pour les diligenter. Il s’agit, énumère-t-il, du dossier de la Sar, des affaires concernant Ndongo Diaw/Artp, Carmelo Sagna, Bara Sady dans lesquels le préjudice est estimé à plus de 40 milliards de francs Cfa, de l’affaire Thierno Alassane Sall qui porte sur 10 milliards et de l’affaire Aïda Diongue dont le préjudice est de 40 milliards de francs. «Le procureur a fait toutes les diligences pour poursuivre Khalifa Sall alors qu’il est assis sur des dossiers de plus de 120 milliards de réclamations des Sénégalais et ne fait rien», a-t-il souligné. Alors que l’intérêt de la société, conseille l’avocat, est de montrer au moins la même détermination sur l’ensemble des dossiers qui sont au Parquet. Malheureusement, de­puis un certain temps, on constate que le procureur sert à invalider les candidatures, se désole Me Diagne.
A en croire toujours la robe noire, depuis 4 ans, il a sollicité du Parquet d’être son contradicteur dans le dossier de la Sar, mais il n’a jamais eu de réponses. «J’ai écrit combien de fois pour dire je veux aller au procès ? Il a seulement dit qu’il n’y a pas de contestations sérieuses», rappelle-t-il. Me Seydou Diagne reste ainsi persuadé que «les poursuites sont politiques sur certains dossiers et pas sur d’autres que le Parquet refuse d’enrôler». Selon lui, on ne charge que ceux qui ont des ambitions politiques et on laisse ceux qui n’ont pas d’ambitions politiques jouir de leur liberté.
De l’avis de Me Demba Ciré Bathily, un autre conseil du maire de Dakar, «ce procès est politique», même si on n’aime pas le dire parce que ça dérange. «C’est la première fois dans notre justice qu’une ordonnance est faite le vendredi matin, et le vendredi soir la personne est envoyée en jugement», dit-il.
Pour Me Mbaye Sène tout est parti de 2012. Khalifa Sall et ses militants s’étaient battus et avaient emporté l’élection présidentielle avec Macky Sall sous la bannière de Benno bokk yaakaar. Mais lors des élections locales de 2014, le pouvoir en place lui a fait savoir qu’il ne pouvait pas se présenter pour la Ville de Dakar. Khalifa Sall a décidé de faire sa liste et a remporté haut la main ces élections. «C’est là où les problèmes ont commencé. Et ne pouvant pas l’éliminer sur le terrain politique, ils ont appelé la justice à la rescousse en appelant l’Ige pour une mission en 2016 en le poursuivant pour ses diverses infractions», fait-il sa­voir.

La défense démonte les accusations
Les avocats ont aussi essayé de démontrer l’inexistence des infractions retenues contre leurs clients. D’abord sur la «complicité de faux en écriture de banque», Me Seydou Diagne souligne que le juge d’instruction a fait de fausses déclarations en disant que Khalifa Sall est complice par instigation. Il a plaidé la relaxe pour ce chef. Parlant du délit de «faux et usage de faux», l’avocat pense aussi qu’il n’existe pas. Car Khalifa, dit-il, a toujours signé les mandats de payer et visé les Pv de réception. Même du fond de sa cellule depuis un an, il continue à signer des dossiers. Et c’est le règlement de l’Uemoa qui l’en autorise, rappelle Me Diagne.
Sur le détournement supposé, les avocats ont fait savoir au Parquet qu’il devait requérir la relaxe pour tous les prévenus comme il l’a fait pour les percepteurs. Parce que les fonds inscrits dans le budget sont destinés au maire et les besoins sont énumérés par le Conseil municipal.

Les percepteurs maintenus à leur poste et l’un d’eux promu
Et jamais les percepteurs n’ont une fois demandé un papier administratif aux bénéficiaires. Selon Me Mbaye Sène, les personnes poursuivies pour «détournement de deniers publics» doivent être suspendues de leurs fonctions jusqu’à ce que l’affaire soit élucidée. Mais tel n’a pas été le cas pour les deux percepteurs qui continuent de jouir de leur poste. D’ailleurs Mamadou Bocoum, dénonce l’avocat, a été promu comptable des grands travaux de l’Etat.
Concernant le blanchiment présumé, les avocats pensent que le Parquet n’a aucun pouvoir pour mener des enquêtes préliminaires en matière de blanchiment. C’est une infraction qui relève de la Centif qui, après investigation, transmet les faits au procureur qui saisit le juge d’instruction. Ils ont demandé de renvoyer purement et simplement Khalifa Sall et Cie des fins de la poursuite sans peine, ni dépens.
justin@lequotidien.sn

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