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Le Covid-19 n’a pas engendré une baisse de la production dans beaucoup journaux. Si certaines sont durement frappées dans leur modèle économique, la plupart des entreprises de presse résistent face à l’impact du coronavirus.

Entre les appels à rester à la maison et la vente de journaux, les entreprises de presse écrite ne pouvaient rester indemnes à l’impact du Covid-19. Dans un secteur médiatique où la viabilité économique est depuis longtemps sujette à discussions, la pandémie du coronavirus est venue se rajouter aux difficultés des entreprises de presse. Depuis le 2 mars 2020, date de l’apparition du premier cas de Covid-19 au Sénégal, le modèle économique de la presse écrite oscille entre le bon et le moins bon. «Lors du premier mois, mon taux de vente était de 62% alors qu’il était de 80%», concède Amadou Ba, directeur de publication du L’As quotidien. Contrairement à L’As, Le Quotidien continue de ressentir les effets de la pandémie. « On a connu une baisse de nosventes», informe le Directeur de publication Mohamed Gueye.
Avec la facilité à laquelle le virus se propage, acheter un journal rendait sceptiques certains lecteurs. Un état de fait qui n’est pas sans conséquences. «Dans notre comptabilité, on ressent durement l’impact de cette pandémie. On a des confrères qui ont diminué leur pagination. Heureusement qu’on était à 8 pages. Nous subissons de plein fouet l’impact de la crise», explique Cheikh Oumar Ndao, directeur de publication du journal Les Echos. Au Quotidien, c’est clairement l’option de la baisse de tirage qui a été adoptée, renseigne M. Gueye.

Publicité en berne
C’est un secret de polichinelle : les entreprises tirent la plupart de leurs recettes de la publicité pour survivre. Mais si ces annonceurs éprouvent des difficultés liées à la pandémie, les conséquences sont indirectement subies.
Dans un secteur où la publicité est du quasi-monopole du service public, les restrictions dans le cadre de l’instauration de l’Etat d’urgence sont venues boucher des possibilités de vente des journaux pour le privé. «Le couvre-feu est un frein à nos activités. Nos véhicules ne peuvent quitter qu’à 6h du matin et donc n’iront pas dans certaines régions de l’intérieur. Le peu qu’on gagnait dans les zones de l’intérieur du pays, c’est perdu. Je discutais avec quelqu’un de Ziguinchor qui m’a dit qu’il ne reçoit plus de journaux depuis 2 mois», déplore le directeur de publication de Les Echos. Avant d’ajouter : «Un distributeur m’a dit qu’un vendeur a arrêté de prendre son quota de journaux parce que dans la zone où il vend, il n’y a presque plus de clientèle. Même les abonnements qu’il avait, les gens ne prennent plus. On a été obligé de reverser son quota à un autre vendeur. On lui donnait beaucoup de journaux et il est venu nous dire qu’il ne peut plus parce que les gens n’achètent plus.»
Pourtant, d’autres entreprises parviennent à s’en sortir. Avec une crise qui dure depuis 3 mois, certains parviennent à tirer profit du vent de relâchement et d’adaptation des Sénégalais au virus. «Au début de la pandémie, cela nous a fait peur parce que le taux de vente a chuté de 10 à 15 points. Mais depuis le 11 mai, ça remonte puisqu’on est autour de 74%. Mais on espère retrouver les 82% cette semaine avec l’assouplissement des mesures», souligne Amadou Ba, patron de L’As. Si des journaux ont réduit leur pagination comme L’Observateur (12 pages), dont les responsables n’ont pas souhaité s’exprimer ou Stade (8 pages), ce n’est pas le cas pour les tirages dans la plupart des journaux. «A Sud Quotidien, il n’y pas eu de baisse de production. Nous étions à 12 pages. Souvent face à l’abondance de l’information, il arrive qu’on sucre la page service», signale Abdoulaye Thiam, rédacteur en chef du journal Sud Quotidien. Une donne que confirme Cheikh Oumar Ndao malgré les difficultés. «Jusqu’à présent, on n’a pas encore diminué notre tirage. Pourtant, les invendus sont extrêmement importants. La publicité, on ne fait qu’en entendre parler. On ne la voit plus. Le peu d’annonceurs qu’on avait n’ont plus d’activités. Qu’on ne se voile pas la face : cette pandémie nous coûte cher», s’alarme-t-il.

Leçons à tirer
Solutions ? Si Cheikh Oumar Ndao n’en a aucune, à part la disparition du Covid-19, Amadou Ba esquisse une piste. «Il faut aller forcément vers le digital et s’adapter. Quand tu as ton téléphone, tu as toutes les infos. Cela veut dire que même si tu produis, que les gens puissent l’acheter en Pdf. C’est ça l’avenir et il faudra s’adapter. Pour ça, il faut une collaboration entre le secteur des télécommunications et la presse. Sur les réseaux sociaux, il y a des infos, mais il y aussi beaucoup de fake news. Ce qui fait que les journaux ne vont pas mourir. Ceux qui prédisaient la mort de la presse papier, ils se sont gourés parce que les informations parues dans un journal ont plus de crédibilité que dans un site. Il n’y a pas de filtre sur les réseaux sociaux et internet», souligne M. Ba.
Des entreprises vont fermer, prédisaient des observateurs au début de la crise. Malgré quelques remous, la presse écrite en général ne semble pas durement touchée pour le moment. La plupart des reporters font du télétravail et l’on note peu de licenciement. Un nouveau quotidien économique est même venu garnir le paysage mardi dernier.

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