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(Envoyé spécial à Tunis) – Après Rsf, les participants aux 1ères Assises de Tunis sur le journalisme ont lancé un appel aux Etats pour garantir la protection de la liberté de la presse si «précieuse et fragile» dans un contexte où la «haine» du journaliste ne cesse de croître et surtout dans 5 pays où elle a été tout le temps sacralisée.

Le monde libre serait-il en train de bousiller un instrument utile à la démocratie ? En tout cas, cette succession d’appels laisse apparaître une inquiétude généralisée – légitime même – des professionnels des médias qui ne se contentent plus d’éditos pour lutter contre la fragilisation institutionnalisée de leur travail. A Tunis, les journalistes, les éditeurs et leurs organisations professionnelles, venus de 30 pays de la Méditerranée, d’Europe et d’Afrique, rassemblés lors de la première édition des Assises internationales du journalisme, ont lancé un appel solennel aux dirigeants politiques, aux responsables économiques, aux représentants des syndicats, des associations et à la société civile pour que la liberté d’expression et la liberté de la presse soient défendues dans leur pays comme un «bien fragile et précieux». C’est une sorte de continuité du combat mené par Reporters sans frontières qui a obtenu la semaine dernière la signature d’une douzaine de chefs d’Etat, considérant la liberté d’expression comme un «bien commun» de l’humanité.
Il s’agit là de l’expression de symptômes inquiétants de l’affaiblissement des médias dans le monde, avec la montée du populisme, la «haine» des journalistes propagée par de hauts dirigeants, le vote des lois restreignant la liberté de la presse même en Europe, la résurgence des démons de la censure et le meurtre de journalistes, parfois jusque dans des bâtiments diplomatiques. Que faire alors ?
«Il faut stopper les discours de haine contre les journalistes qui se propagent sur les deux rives de la Méditerranée. Ils salissent leurs auteurs. Ils abîment nos pays. L’assassinat innommable de Jamal Khashoggi dans un consulat (Istanbul), tout comme les meurtres de journalistes par des Etats, des mouvements terroristes ou mafieux ne peuvent rester impunis. Les réels responsables de ces crimes doivent être jugés et justement condamnés», exigent les Assises de Tunis qui rappellent que «les arrestations arbitraires, les menaces qui ne cessent de se multiplier dans de trop nombreux pays doivent cesser. Les enquêtes sur la disparition de journalistes, comme celle sur nos deux confrères tunisiens Sofiene Chourabi et Nadir Ktari – dont nous sommes sans nouvelles depuis le 8 septembre 2014 – doivent reprendre sans délais jusqu’à l’obtention de la vérité».
Aujourd’hui, les journalistes vivent dans un «enfer» dans certains endroits de la planète. Alors qu’«aucun journaliste ne peut être inquiété, menacé, censuré, emprisonné, assassiné au seul titre qu’il est journaliste». En fragilisant ce métier ou en encadrant son exercice par des lois liberticides au sein même des frontières de l’Ue comme en Hongrie, on prive au citoyen son «droit à une information de qualité (qui) est un droit fondamental, comme celui de boire une eau saine, de respirer un air non pollué». Par conséquent, les «Etats doivent garantir le libre accès aux informations et données publiques».
Cela passe par la reconnaissance dans tous les pays d’un véritable statut pour les journalistes, «d’un statut qui permette d’exercer notre métier librement et dignement». Cela doit aussi être assorti «d’un soutien puissant aux écoles de journalisme pour qu’elles dispensent une formation de qualité tout au long de la vie, de la création de structures d’autorégulation qui garantissent l’indépendance des médias publics et privés, le respect des bonnes pratiques, une éthique et une déontologie au service des citoyens». Il ne s’agit pas de demander l’octroi d’une licence d’impunité «parce que les journalistes peuvent être critiqués, comme tous ceux qui ont le privilège d’intervenir dans le débat public. Cette critique est même nécessaire» pour continuer à garantir la diffusion du service public d’information.
La première édition des Assises internationales de Tunis sur le journalisme, qui a regroupé plus de 500 journalistes issus d’une trentaine de pays, a pris fin le samedi dernier sur cette interpellation mondiale. En attendant, ils se sont donné rendez-vous en octobre 2020 pour la deuxième édition dans la capitale tunisienne, en lien avec la 49ème édition des Assises de l’Union de la presse francophone (Upf).

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