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Elle était prédestinée au mariage forcé, à la dure vie de femme au foyer, aux travaux champêtres ou encore à la garde du troupeau de bovins de l’époux. Mariama Ba, née en 1986 à Bélicael, dans la province du Sine, non loin de Gandiaye, à force de croire en son étoile, a su éviter tous ces traquenards culturels et sociaux de ses origines modestes pour embrasser le métier de son rêve : le journalisme. Itinéraire d’une rurale qui commande aujourd’hui la radio Bamtaare dowri Fm de la Sodefitex à Vélingara, région de Kolda.

Propos recueillis
par Abdoulaye KAMARA

Vous êtes à la tête de la radio communautaire Bam­taare dowri Fm. Comment tout est arrivé, sachant que vous n’êtes pas passée par le circuit classique pour entrer dans le journalisme ?
Entre le journalisme et moi, c’est une longue histoire d’amour. Déjà en classe de 3ème au Cem (actuel lycée) Samba Dione de Gandiaye, j’ai commencé à avoir des idoles dans la presse parlée. Il y avait Maïmouna Ndir de Walfadjri, Racky Noëlle Wane et Rouguiyatou Ba de la Rts qui m’attiraient dans ce métier par leur belle voix et l’aisance avec laquelle elles présentaient les éditions. Je me posais des questions par rapport aux correspondants régionaux. Comment le devenir, par quelle magie faire parvenir ses correspondances à Dakar ? Je me cachais souvent pour reprendre les journaux parlés de ces femmes. En essayant de reprendre tout ou partie de leur présentation. Après le Bac, série L’, obtenu en 2008, je suis allée au département de Lettres modernes de l’Ucad. Malheu­reusement, 2 ans après, j’ai abandonné, faute de ressources financières pour soutenir le coût des études à Dakar. Je me suis rendue à Diaobé (département de Vélingara) où se trouvait une sœur. J’ai décidé de faire du commerce pour trouver les moyens financiers de soutenir ma famille. J’ai alors décidé d’intégrer la radio Tewdu Fm de la localité comme animatrice. Après l’entretien, on m’a demandé d’intégrer le «Journal parlé». En fait, je n’imaginais pas qu’il était possible de faire le journalisme sans passer par une école de formation spécialisée. 3 mois après, j’ai commencé à présenter le journal. Je n’ai pas rencontré de grands problèmes, car je m’y essayais déjà au collège.
3 ans après, j’ai reçu une bourse du Fonds d’aide à la presse pour une formation d’un an au Cesti. Une année très remplie, une formation sérieuse avec des formateurs calés et généreux. Je peux en citer 2 qui m’ont particulièrement séduite : Ndiaya Diop, actuellement chargé de communication à la Sde, et Mamadou Ndiaye, formateur au Cesti (actuel directeur des études). L’attestation du Cesti en poche, je suis revenue à Diaobé partager mes connaissances avec ceux que j’y avais laissés. J’ai travaillé à Ndenf leng de Fatick. Puis dans une radio communautaire de Tambacounda. Toutes ces radios ne rémunéraient pas mes services. Etant soutien de famille, j’ai voulu tout abandonner. Mais je n’y parvenais pas, ayant la passion du journalisme. J’ai travaillé comme caissière à la Pamecas pendant 9 mois, mais je me sentais mal à l’aise dans cet emploi. J’ai voulu valoriser ce diplôme obtenu au Cesti. C’est à Tambacounda que la Sodefitex, à travers sa filiale Bamtaare, m’a recrutée comme agent de communication après un appel à candidatures. 2 ans après, suite au départ à la retraite du directeur de la radio Bamtaare Fm de Vélingara, on m’a proposée de lui succéder. Voilà comment je me suis retrouvée à la tête de cette radio.
Racontez-nous votre vie de jeune fille rurale à Bélicael !
Je suis née à Bélicael, un village de 20 concessions, dans l’arrondissement de Ngothie, à 3 km de Gandiaye. J’ai fait mes études élémentaires à Ndramé Escale. Après l’entrée en sixième, on m’a ramenée dans mon village natal. C’est en ce moment qu’a commencé mon calvaire. Je faisais 12 km par jour pour rallier l’actuel lycée Samba Dione de Gandiaye, c’est-à-dire 4 fois 3 km. Au même moment, je dois piler le mil avant, faire la vaisselle et parfois aller puiser de l’eau en charrette à 2 km.
Je suis issue d’une famille peule très conservatrice dans laquelle la jeune fille n’avait pas la possibilité de choisir son futur conjoint. J’ai échappé au mariage forcé. Il suffisait que j’abandonnasse le chemin de l’école pour qu’on me mariât à qui on voulait. Heureusement pour moi, je n’ai pas repris de classe, de la 6ème à la Terminale. Il arrivait des moments où ce sont nous, jeunes filles, qui gardions le troupeau de bovins. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont convaincue qu’il me faut réussir dans les études pour me sauver de cette vie précaire à laquelle la femme rurale état fatalement destinée.
Le 8 mars est donc une occasion de poser tous ces problèmes pour une égalité des chances entre la femme rurale et la citadine…
Les femmes ont assez de préoccupations à poser à l’occasion du 8 mars. C’est pourquoi cette date ne doit pas être dédiée au folklore uniquement. Il faut faire des propositions, sensibiliser les femmes pour qu’elles croient en elles-mêmes. La condition de la femme rurale doit particulièrement retenir l’attention des organisations féminines et les décideurs politiques. Pendant les années passées dans la région de Tambacounda comme agent de communication, j’ai souvent passé la nuit dans des villages où les femmes se lèvent à 4 heures du matin pour travailler sans répit jusqu’à 21 heures. Elles commencent par chercher une eau improbable en charrette à des km, revenir transformer le mil ou le maïs au pilon, préparer le petit-déjeuner, amener le plat au champ, y travailler un moment, revenir préparer le déjeuner, piler le mil pour le dîner, le préparer, puis le servir. Si c’est une femme allaitante, elle doit au même moment s’occuper du bébé sans le soutien, un seul instant, de l’époux souvent absent de la maison. Vous voyez que le 8 mars devait être une occasion pour parler de tout cela et y trouver une solution en urgence.

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