PARTAGER

Le rappel à Dieu de Cheikh Ahmed Tidiani Ibrahima Niasse, à l’âge de 88 ans, survenu dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 août 2020, a suscité beaucoup d’émotions et de réactions unanimement positives compte tenu de ses vertus d’érudition, de générosité, de droiture, de sa dimension et de son statut d’envergure nationale et internationale.
Le défunt khalife était un diplomate parallèle hors pair. Il a joué de rôles pionniers pour la préservation du legs de son père Cheikhal Islam El Hadji Ibrahima Niasse (1900-1975), précurseur de la Faydatul Tidiania et défenseur infatigable des causes de l’islam.
Le défunt khalife, fils de Mariama Niang, a laissé derrière lui plusieurs réalisations d’ordre socio-culturel.
Il était père des pauvres, porte-parole des sans-voix, défenseur des opprimés, régulateur social et l’unificateur des foyers religieux au Sénégal.
C’est pourquoi, son rappel à Dieu a laissé un vide et une plaie béante dans la société sénégalaise notamment à Kaolack et au Saloum.

Le nouveau khalife
Il ressort du constat fait au Khilafat de la famille de Cheikhal islam que chaque khalife apporte, selon son style, une pierre angulaire à l’édifice fondé par leur vénéré père sur la quête du savoir, la sagesse, la droiture, le travail, la discipline et l’unité de la Umma islamique.
Voilà pourquoi nous gardons l’espoir que le nouveau khalife, Seydi Mouhamadul Maahi Ibrahima Niasse, né en 1938 à Médina Baye, fils de Ya Aîchatou Sarr, ne dérogera pas à cette règle.
Seydi Mouhamadul Maahi a parcouru toute la chaîne de transmission du savoir après avoir appris et mémorisé parfaitement le saint Coran comme le lui témoigne Sayid Aliou Cissé en disant qu’il est «…l’un des nobles gens ayant mémorisé et écrit son saint Livre par la version Warch An Nafih à l’âge de treize ans, de sa vie bénie».
Pour glorifier sa parfaite maîtrise du saint Coran, son père Cheikhal Islam avait organisé une grande cérémonie à Médina Baye pour qu’il récite l’ensemble du livre saint devant son maître Sayid Mahmoud, fils de l’éminent savant, Cheikh Mohamed El Rabbani (qu’Allah soit satisfait d’eux), un érudit mauritanien disciple de son père, chargé de l’enseignement du saint Coran à Médina Baye.
Ils ont assisté à cette séance de récital du saint Coran des Hafasatoul Khouran1 Sayid Mouhamed ibn Al Hassan Cissé, Sayid El Hadji Abdallah Niasse, Seyida Marième Niasse, Seyida Umou Kalthioum Niasse.
La cérémonie s’est déroulée en présence d’un parterre des Oulémas et des invités de marque venus de la Mauritanie comme Sayid Mouhamed Abdel Rahmane, Ibn Sayid Abdellah Ibn El Hadji Al Alaoui et de Sayid Mouhamed Ali ibn Fatah Al Alaoui et du Sénégal parmi eux Cheikh Abdoul Aziz Dabakh (m.1997).
Sayid Aliou Cissé, rapporteur de cette cérémonie, a décrit dans son rapport daté du onze Chawal l’an 1371 de l’hégire correspondant au 4 juillet 1952, Serigne Abdou en ces termes : «A la fin de cette rencontre bénie considérée parmi celles de la Sunna, il est apparu à nous la lumière exaltante, la sagesse ; celui qui a la bonne morale et le comportement exemplaire, la beauté de rose et complète. Lui, l’élite de sa génération et de ses semblables, source de joie pour ses amis et aux sages, celui dont la voie est célèbre avec une grande dimension. Il s’agit d’Al Hafiz l’éminent savant Sayid El Hadji Abdoul Aziz Ibn Cheikh El Hadji Malick.»
Il a étudié la langue arabe et ses sciences auprès de Cheikh Amadou Thiam (Amadou Khady) appelé affectueusement Baye Amadou qui se chargeait d’enseigner ces disciplines aux fils de Baye et à ceux de ses disciples.
Le nouveau khalife a étudié les sciences islamiques auprès de son père et des autres érudits comme Baye Aliou Cissé, fervent disciple de Baye Niasse, époux de Sokhna Fatimatou Zahra (m. 2020), fille ainée de Cheikhal Islam et père du défunt Imam Hassan Cissé, de l’actuel Imam Cheikh Aliou Cissé et de Seydi Mouhamadul Maahi Cissé, porte-parole de la famille.
C’est ainsi, après avoir acquis une formation solide et une connaissance profonde qu’il est allé au Karaouyine à Fès au Maroc pour parfaire son niveau d’études où il est resté jusqu’en 1963 avant d’être transféré par la suite avec ses frères en 1964 à la prestigieuse Université Al Azhar du Caire, où il est sorti avec une maîtrise en Histoire islamique en 1976.
Cette mission estudiantine a défrayé la chronique de la presse égyptienne du fait qu’y figuraient dix fils de Cheikhal Islam, tous portant le nom de Mouhamed (Psl).
Cheikh lui-même a énuméré les noms de la mission en disant : «Je vous ai donné le nom de mon bien aimé, ami d’Allah Mouhamemd Ben Abdellah et son messager (Psl) ; Nazirul Umma (avertisseur de la Umma), Maahil kofri (effaceur des infidèles), Hadyl Bachar (orienteur des gens vers le bon chemin), Aminoul Wahyi (protecteur du Wahya), Haghibou Roussli (celui qui a clos les messagers), Al Makiou (le mecquois) , Al Mamoune, Al Hassan (imam Hassan Cissé), etc.2»
Ce choix a été édicté par les relations fraternelles qui existaient entre Cheikhal Islam et le Président égyptien comme l’a clairement montré ces termes : «J’ai décliné toutes les offres qui m’ont été faites pour l’enseignement de mes fils, et j’ai décidé de les envoyer au Caire, pays de Abdel Nasser, libérateur de l’Afrique.»
Cheikhal Islam était très soucieux de la formation de ses fils mais tout en préservant leur dignité et suivant la voie tracée par leur grand-père El Hadji Abdoulaye Niasse.
Il a mentionné dans la lettre d’orientation qu’il leur avait adressée en disant :…Louange à Allah qui dit ‘’rappelle car le rappel est utile pour les croyants, que la prière et le salut soient sur notre Maître Mouhamed3. A l’occasion de votre départ pour le Caire, capitale du savoir, je vous exhorte à respecter des points qu’on peut résumer comme suit :
Etudier tous les domaines de savoir selon les principes de l’islam pour qu’ils deviennent des juges, des prédicateurs, des Imams, des Muftis, des écrivains, des éducateurs avertis.
S’agripper au livre d’Allah, constitution des musulmans, pour qu’il soit leur référence dans tout ce qu’ils font.
Eviter de nouer de relations avec de mauvais amis qui les dévieront de la voie qu’il leur a tracée.
Préserver leur éducation islamique sans copie des autres.
S’abstenir de fumer la cigarette car elle est de nature mauvaise et haïe par les Malamaka (Anges).
Avoir l’amour de la patrie parce qu’il fait partie de la bonne foi.
Œuvrer pour le bien être de l’humanité, de la patrie, et du monde.
Avoir la certitude et la confiance de sa protection parentale tant qu’ils respectent ses recommandations.

Ses activités
Seydi Mouhamadul Maahi, a succédé à son défunt demi-frère Cheikh Mouhamed Nazir Niasse en 1998 à la direction de l’Institut El Hadji Abdoulaye Niasse de Médina Baye. Il fut le Directeur de ce prestigieux temple du savoir jusqu’à sa désignation comme cinquième khalife de cette grande famille tidiane.
Seydi Mouhamadul Maahi Ibrahima Niasse est un orateur et un conférencier de renommée internationale.
Il est un érudit inégalable de par sa maîtrise de la langue arabe et sa connaissance parfaite de l’islam.

Les piliers de son Khilafat
Le nouveau khalife a, d’ores et déjà, tracé, dans sa première déclaration publique faite devant la jeunesse, les grandes lignes de conduite et les bases sur lesquelles repose son Khilafat en disant : «La discipline sera une sorte de contrat social entre le khalife que je suis et les jeunes disciples que vous êtes. Si vous vous illustrez de belle manière dans ce domaine, ce sera bénéfique pour tous. Au cas contraire, je risque de démissionner d’une façon prématurée… Les disciples sont souvent prompts à rouspéter, quand le président de la République ne vient pas dans la cité religieuse, dans des circonstances pareilles. Mais il faut se soucier d’abord de votre propre discipline. Il y va de l’image de Médina Baye (…) De façon générale, il y a un manque de discipline notoire. Cet état de fait regrettable est entretenu par les jeunes. Il faut dire les choses comme elles sont.»4
Il a appelé la jeunesse à préserver l’image d’antan de la cité religieuse fondée par son père en 1930.
Dans un autre angle, le nouveau khalife appelle les disciples à ne pas se lancer dans de vague de contestations et de réclamations pour la Médina au regard de ce que l’Etat a fait dans les autres foyers religieux.
Le nouveau khalife a défini clairement les axes qui s’articulent autour de cinq piliers :
Faire de la jeunesse le levier de son Khilafat.
Faire de la discipline et sa pratique le soubassement de son Khilafat
Faire de l’engagement sincère, le dévouement et le respect de l’ordre la voie à suivre.
Faire du respect des directives données par l’autorité supérieure une manifestation palpable de la discipline et de la citoyenneté.
Préserver l’unité des foyers religieux au Sénégal.
Toutes ces valeurs cardinales, qui constituent le maillon fort du contrat social entre lui et les disciples, contribueront à faire garder et préserver la bonne image de la cité religieuse de Médina Baye.

L’avenir de la Hadra Ibrahimya
Tout le monde s’accorde à dire que la Hadra Ibrahimya connaîtra une nouvelle impulsion de savoir, de discipline et de droiture avec les deux Mahi, Seydi Mouhamadul Maahi Ibrahima Niasse au Khilafat et Seydi Mouhamadul Maahi Aliou Cissé porte-parole de la famille.
Les deux Maahi partagent toutes les vertus de sagesse. Ils se sont illustrés de par leur grande érudition, leur modestie exemplaire, leur abnégation, leur dévouement, leur amour à la quête du savoir, leur rigueur au travail et leur franc parlé.
Nous pensons que ce changement de paradigme qui s’impose aujourd’hui doit impérativement passer par la réactualisation et la redynamisation des principes fondamentaux de Jamhiyatou Ansarou Dinne créé par Cheikhal Islam en 1940 pour la promotion du savoir, la solidarité et l’entraide entre les musulmans.
Tous les disciples de Médina Baye sont appelés à accompagner le nouveau khalife dans la discipline et l’assiduité pour qu’il réussisse sa noble mission.
Dr El Hadji Ibrahima THIAM
Chercheur

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here