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(Envoyée spéciale) – Les mutilations génitales féminines régressent dans la région de Kolda et environs. Les mini-déclarations d’abandon fleurissent de partout sans compter la pratique en cachette parfois dès le berceau ou encore l’ouverture avec laquelle les gens abordent ce sujet jadis tabou. Tout le contraire des mariages d’enfants qui y sont une triste réalité. L’on retrouve dans la zone des filles-mères, mariées entre 10 et 15 ans.

La lutte est en train de porter ses fruits. Les Mutilations génitales féminines (Mgf) reculent à Kolda comme partout dans le pays. «La prévalence au Sénégal est estimée à 26% alors qu’elle était de 28% en 2005. Cette année, on parle de 26% et bientôt  25%», indique Kalidou Sy, maire de la commune de Médina Yoro Foula. La région de Kolda avait aussi un fort taux de pratique de l’excision (46%), occupant la troisième place derrière Sédhiou et Matam. La baisse de la pratique est rendue possible grâce aux actions du programme conjoint du Fonds des Nations unies pour les populations (Unfpa), Tostan, Unicef et des communautés en appui au gouvernement du Sénégal pour l’élimination de la pratique à l’horizon 2030.
S’exprimant en marge de la rencontre transfrontalière entre la Gambie et le Sénégal dans le cadre du programme conjoint susmentionné, le maire de Médina Yoro Foula invite les acteurs de la lutte à faire une meilleure analyse des données sur le terrain. «Si une femme est excisée cette année, elle le restera pour toujours. Donc si on regarde cette fourchette-là, on risque de fausser le débat. Il faut donc interroger les filles âgées de 0 à 14 ans. Et c’est seulement ainsi qu’on aura la réalité des chiffres. Avec les efforts consentis ces dernières années, c’est sûr qu’on va noter une réduction significative de la pratique», a expliqué Kalidou Sy. «Mais si on essaie de voir les filles de 0 à 10 ou 14 ans, on se rend compte que si on a 22% là-bas, ici au moins on a 10% ou bien la moitié. Ce qui veut dire qu’il y a une réduction significative», a développé Kalidou Sy.
La représentante de Tostan dans la région insiste sur les avancés notées dans la lutte. Elle estime que le fait d’en parler ouvertement en est la preuve. «On a gagné du terrain. Les gens commencent à être conscients et à avoir la culture de la dénonciation. Ce qui est très important, car les Ong ne peuvent pas être partout», se réjouit Rose Diop. Cette dernière qui se félicite ainsi des résultats du programme ajoute : «Peut-être que les communautés qui ont pris part aux déclarations d’abandon de la pratique de l’excision n’ont pas toutes abandonné la pratique, mais je suis certaine qu’il y a beaucoup d’entre elles qui ont effectivement cessé cette pratique.» Le maire de Médina Yoro Foula abonde dans le même sens et évoque une masse critique qui a abandonné l’excision. Mais il relativise : «Des familles continuent de faire l’excision.» Ses propos sont corroborés par les acteurs de la lutte pour l’abandon total de l’excision. Faisant l’évaluation de la situation la semaine dernière, à mi-chemin, ils ont noté au cours de la rencontre transfrontalière entre la Gambie et le Sénégal des avancées notoires enregistrées à la suite des déclarations publiques d’abandon de la pratique de l’excision en 2005. Cependant, ils continuent de mener le combat à travers des sensibilisations, le renforcement de la communication entre les maires et les différents leaders et la communauté pour une application de la loi contre l’excision. «A chaque fois qu’un cas de pratique d’excision avéré est pris en charge par les Forces de l’ordre, généralement il y a toujours une intervention qui empêche l’application de la loi dans toute sa rigueur contre les fautifs», déplore Aboubakrine Ndiaye en marge de la rencontre transfrontalière. L’expert de l’Unfpa dans la zone nord du pays qui a pris part à la rencontre estime que ces interventions constituent un frein à l’élimination effective de l’excision dans la zone.

Pratique de l’excision dès le berceau
Un autre indicateur qui démontre de la baisse de l’excision dans la région est la pratique en cachette de l’excision dès le berceau. Jadis, les communautés organisaient des cérémonies d’excision avec le «jambadong», des «ritis». Aujourd’hui, la donne a changé, car maintenant les gens se cachent pour le faire. «Cela fait des années qu’on n’entend plus ce genre de cérémonies en Casamance. Ce sont des signes qu’il y a aujourd’hui un recul de la pratique d’excision», persiste l’élu de Médina Yoro Foula. M. Sy évoque aussi la mise sur pied des comités de protection de l’enfant qui a anéanti tous les espoirs des récalcitrants. En effet, indique-t-il, il y a une synchronisation des informations et une collaboration entre les différents comités de protection départementaux, présidés par le préfet, et le comité villageois présidé par le délégué de quartier ou le chef de village. En plus de ces instruments, il y a aussi des comités de gestion communautaires comme Tostan et les autres organisations de la Société civile. Ces comités travaillent en étroite collaboration pour l’éradication du phénomène.
Les déclarations d’abandon se suivent dans la zone de Kolda et ailleurs. Des communautés comme Médina Yoro Foula, Pata, Ndorna, Bala et d’autres localités dans le département de Goudiry, Sinthiou Malème, Tambacounda, Kédougou, Sédhiou, Mampatine, Médina Chérif, Keur Simbara, liste le maire de Médina Yoro Foula, ont déjà fait leur mini-déclaration. «Nous avons beaucoup de villages qui ont annoncé l’abandon de la pratique. Et cette nouvelle attitude est le fruit de la prise de conscience collective des conséquences néfastes de la pratique de l’excision», se réjouit le maire selon qui 10 ans après la déclaration d’abandon à Keur Simbara et Malicounda, une évaluation externe a montré effectivement que le taux d’abandon est réel. Maintenant, relève-t-il, il reste la déclaration finale. Cette déclaration suit tout un processus. En fait, explique le maire, l’abandon n’est pas seulement la cérémonie qui est organisée. «Avant celle-ci, il y a d’abord des engagements des communautés ayant bénéficié d’une formation pour comprendre les problèmes relatifs à l’excision. Elles vont par la suite élaborer des stratégies d’abandon, dérouler des campagnes de sensibilisation et de diffusion en partageant tout ce qu’elles ont appris avec les autres. C’est seulement après tout cela que les communautés pourront procéder à des déclarations d’abandon et enfin demander l’accompagnement des partenaires techniques et financiers», explique M. Sy. «Donc ces communautés ont décidé d’abandonner en toute connaissance de cause les mariages d’enfants et l’excision. En tout cas, je dis que l’excision est une pratique qui est en vue de disparaître parce que les communautés ont fini de comprendre ses conséquences même s’il y a des poches de résistance qu’il faudrait essayer ensemble de vaincre», affirme le maire de Médina Yoro Foula. II s’agit pour les acteurs maintenant de voir comment amener davantage les populations à assurer le suivi, mais aussi à mobiliser contre la pratique.

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