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Petit à petit, Moustapha Cissé Lô coule. Après son évacuation de l’Apr en juillet dernier, il a été éjecté hier du poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale. Un poste où il a longtemps stagné, après avoir échoué à prendre le Perchoir dès l’arrivée de Macky Sall. Pour l’instant, Lô, souvent très agité, est calme. En attendant les vagues de révélations qu’il a promises à Macky Sall et ses hommes. Méfiez-vous de Lô qui dort !

La task-force pilotée par l’Association des juristes du Sénégal (Ajs), en partenariat avec l’Association des journalistes en santé développement et population du Sénégal, avait sollicité de leurs partenaires un accompagnement pour faire un sondage sur l’opinion des Sénégalais concernant l’avortement médicalisé. Ainsi, il est ressorti de ces sondages menés par le cabinet Continum sur un échantillon de 1021 adultes âgés de 18  ans au moins dans les régions de Dakar, Diourbel, Saint-Louis, Tambacounda, Kaolack, Thiès, Kolda et Matam que 42% de Sénégalais sont d’accord pour l’avortement médicalisé contre 58%, qui n’ont pas donné un avis favorable sur ce sondage qui vise à déterminer le niveau de connaissance des populations en ce qui concerne l’avortement médicalisé suite à un viol, inceste ou toute autre agression sexuelle ou lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus.
Selon la répartition totale par région, 63% des enquêtés résident dans les milieux urbains et 37% dans les milieux ruraux. Dakar comptabilisant le nombre le plus important de sondés soit 33% dans le milieu urbain. La répartition par sexe et par âge a donné 52%  de femmes dont 76% en âge de procréer (18 à 49 ans).
«Nous avons pu démontrer que 76% des Sénégalais sont d’accord pour que l’avortement soit légalisé si la santé physique de la mère est menacée et est en danger», a dit Moussa Sarr, directeur du cabinet qui a fait les études. D’après lui, «cela n’est pas contradictoire avec la loi actuelle qui voudrait que si la santé de la mère est  menacée et que cela soit attesté par le médecin traitant et deux médecins consultants commis par le gouvernement qu’on puisse avoir une option d’avortement médicale».
La deuxième information de taille, ajoute-t-il,  est que «les Sénégalais sont d’accord à des proportions moins importantes  que l’avortement médicalisée soit une option si la santé mentale de la femme est menacée. Ainsi, 60% disent oui», informe-t-il.
Mais, «plus de 40% des Sénégalais  ne sont pas d’accord si l’option de l’avortement médicalisé est émise sur la grossesse qui résulte d’un viol ou d’un inceste», précise M. Sarr.
En fait, il pense que «les Sénégalais ont particulièrement retenu que l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste, est variablement accepté par les uns et rejeté par les autres, si la santé physique mentale  de la mère est menacée».
A l’en croire, si  on prend option par option, «la majorité des Sénégalais sont d’accord si la santé physique de la mère est menacée». Mais «si la grossesse résulte  d’un viol ou d’un inceste, la majorité des sénégalais ne sont pas d’accord».
De l’avis de Alassane Cissé, président de l’Association des journalistes en santé, «cela montre qu’il y’a des gaps à combler notamment pour avoir la majorité. Il trouve aussi qu’il y a une nécessité de sensibiliser les populations  sur cette question d’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste».  Pour lui, il y a deux camps, à savoir celui de ceux qui pratiquent les viols et les incestes et celui des victimes. Mais les journalistes en santé ont choisi d’être du côté des victimes. Car selon M. Cissé, c’est une situation difficile et dure pour les victimes de porter ce fardeau durant toute leur vie. C’est pourquoi il demande de les aider afin qu’elles puissent bénéficier d’un avortement médicalisé.
Abondant dans le même sens, Mme Sakho, membre de l’Ajs, estime que cela passe par le fait de convaincre ceux qui doivent prendre les décisions. D’ailleurs, c’est tout le sens de ce premier sondage  de l’opinion sur l’avortement médicalisé. A son avis, les Sénégalais ont besoin de comprendre le sens de l’avortement médicalisé afin de pouvoir accepter la loi qui l’autorise. «Il faut faire ce plaidoyer pour ne pas avoir une loi impopulaire  comme c’est le cas au Burkina Faso», avertit-elle. A l’en croire, c’est important d’avoir le plaidoyer pour savoir ce que l’opinion pense. Sinon, il ne sera pas possible d’avoir cette loi sans l’adhésion des populations.

50% de patients viennent en urgence avec une hémorragie
Autre problème soulevé et qui plaide pour la disposition d’une loi favorable à l’avortement médicalisé est l’avortement clandestin. Selon Adama Sanokho de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant au niveau du ministère de la Santé et de l’action sociale, beaucoup de malades reçues en urgence viennent avec des hémorragies. «Nous n’avons pas de chiffre exact sur l’avortement clandestin. Mais 50% des malades que nous recevons en urgence nous viennent avec une hémorragie. Et dans hémorragie, il y a avortement clandestin», révèle-t-elle. Avant d’indiquer que le coût du traitement de l’avortement clandestin est exorbitant par rapport aux complications. «L’avorte­ment clandestin pose un problème d’équité. Ce sont des femmes qui ne peuvent pas payer un avortement médicalisé  pour un avortement sécurisé qui nous viennent dans cet état et qui meurent. La mort d’une personne quel que soit son âge au sein d’une famille c’est perturbant par rapport au bien-être familial», dit-elle avec beaucoup de regrets.
Pour lutter pour l’avortement médicalisé, Adama Sanokho suggère d’avoir les éléments nécessaires pour le faire afin de mener la lutte contre les décès évitables. «Mourir d’un avortement clandestin, on le met entre guillemets, mais c’est mourir bêtement. Cette loi pourrait aider à réduire la mortalité maternelle qui est un élément stratégique dans toute lutte nationale qui est la  feuille de route du ministère de la Santé. Reconnaître cette loi pour la médicalisation de l’avortement c’est une sécurisation des soins, donc une contribution importante dans la lutte contre la mortalité maternelle et la morbidité», conseille-t-elle. En tout cas cette suggestion n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Les journalistes en santé comptent s’employer pour mener un plaidoyer dans tout le territoire national dans ce sens. «On va démarrer une campagne de sensibilisation au niveau national et de communication à l’endroit des populations pour leur expliquer un peu qu’il faudrait adopter l’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste, montrer que c’est difficile et qu’il faudrait se mettre à la place des victimes pour sensibiliser les populations et les faire comprendre pourquoi on les accompagne dans cette lutte», a promis Alassane Cissé, président de Ajs/Pd.

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