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«La liberté d’expression n’est pas totalement effective au Sénégal», s’est indigné, hier jeudi, le président de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Crjs) lors du panel de la Coordination des associations de presse (Cap). Pape Ndiaye note certes qu’il n’y a pas de journalistes emprisonnés au Sénégal mais, ajoute-t-il, des dispositions contenus dans le nouveau Code de la presse «compromettent sérieusement» la liberté des journalistes. En fait, ces inquiétudes concernent les articles 192 et 193 du texte adopté en juin 2017 par l’Assemblée nationale. Ils disposent que l’intervention de la police administrative peut procéder à la saisie des supports de diffusion d’une entreprise de presse, à la suspension ou l’arrêt de la diffusion d’un programme, ou ordonner la fermeture provisoire d’un organe de presse. «Ce régime de police assez original, soulève certaines réserves voire des inquiétudes légitimes pour la liberté de la presse. En cas de circonstances exceptionnelles, l’autorité administrative, le gouverneur, le préfet ou le sous-préfet, peut prévenir pour faire cesser une atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire ou en cas d’incitation à la haine…», relève Sellé Seck, journaliste et enseignant-chercheur de Droit privé à l’Ucad.
Il explique : «Les mesures de police ne peuvent être mises en œuvre qu’en cas de circonstances exceptionnelles. Le juge a un vrai travail, parce qu’il faut qu’il caractérise ces circonstances. La décision de l’autorité administrative doit être écrite, motivée et notifiée au responsable de l’entreprise concernée. Qui peut saisir immédiatement la juridiction suprême compétente en matière administrative pour un recours en annulation en suspension de la décision.» D’après M. Seck, également formateur au Cesti, cette disposition constitue une «atteinte grave à la liberté de la presse». Une porte ouverte à toutes sortes d’abus, considère le président de la Crjs, qui demande un toilettage des textes et la révision de ces dispositions «liberticides».
En outre, Pape Ndiaye s’est interrogé sur les sources d’information du journaliste. «La protection d’une source d’information pour un journaliste est sacrée. Donc personne ne peut pousser les journalistes à dévoiler leurs sources qui requièrent l’anonymat. De l’autre côté, le Code pénal nous dit qu’aucun professionnel n’est opposable au juge. C’est contradictoire. Il faut harmoniser», invite-t-il, regrettant par ailleurs la situation des journalistes sénégalais, «brutalisés et malmenés par les Forces de l’ordre».
bgdiop@lequotidien.sn

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