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Célèbre dessinateur de presse, Michel Kichka, 65 ans, né à Liège, s’est installé à Jérusalem. Travailleur «infatigable», il a reçu en 2009 le prix «Dosh award» pour récompenser son travail de dessinateur en Israël. Ses dessins ont été publiés dans des journaux internationaux comme «Courrier International», «The Herald Tribune» ou «L’Arche», entre autres. Durant son séjour à Dakar, M. Kichka, dont la famille a survécu aux camps de concentration de la Seconde guerre mondiale, est revenu sur sa passion, le développement de la Bd, et partage dans cet entretien sa vision de l’Israël et du conflit israélo-palestinien.

Comment peut-on vous présenter ?
Je suis dessinateur de presse, Bdeiste et enseignant aux beaux-arts à Jérusalem où j’habite. Né en Belgique en 1954, je suis en vernissage depuis 1974. J’ai trois grands garçons, des adultes qui ont environ 40 ans. Là, je suis au Sénégal, invité par l’embrassade d’Israël, pour d’un côté rencontrer des collègues, des étudiants et la presse, mais aussi pour parler d’Israël à travers mon travail qui est un regard critique et aimant sur ce pays où j’habite. Je pense que c’est très important de parler d’Israël un peu différemment, car le peu qu’on connaît d’Israël dans le monde et le Sénégal, c’est à travers les informations sur le conflit. On ne parle d’Israël que quand il y a conflit là-bas. En Israël, il n’y a pas que des problèmes, bien vrai qu’il y en a beaucoup. Alors, j’essaie de montrer d’un côté qu’il y a d’autres choses, et qu’il y a surtout une grande liberté de dessiner ce qu’on veut dans mon métier, de parler librement. Mais d’un autre côté, il y a une volonté de restreindre cette liberté un peu partout : chez moi, au Sénégal, en Amérique, en France… Cette liberté de ton qu’ont les dessinateurs de presse gêne beaucoup aujourd’hui. Alors que dans le passé, c’était vraiment un atout.

Pourquoi êtes-vous venu au Sénégal ?
Voilà, je suis venu écouter comment mes collègues sénégalais voient cela, notamment ODIA avec qui j’ai eu trois rencontres et que j’apprécie énormément. Nous parlons beaucoup de ce qui se passe chez nous et nous nous retrouvons sur beaucoup de plans. On voit qu’il y a plein de choses qui nous sont communes dans notre métier. En effet, je crois que quand on fait des dessins de presse, on a un regard à la fois critique et aimant sur l’homme. D’abord on aime l’être humain. Et ce n’est pas parce qu’on dessine par fois des dessins très durs qu’on n’aime pas l’homme. Justement, c’est parce qu’on est déçu de ce que l’homme fait. On fait des dessins qui sont parfois méchants, mordants, mais on est essentiellement tous des gens très bons.

Avez-vous choisi de venir au Sénégal ?
Non ! C’est l’ambassade qui m’a proposé. Daniel, le second de l’ambassade, m’a demandé de venir. Il est de Jérusalem lui aussi. On se connaît depuis très longtemps. Quand il m’a dit qu’il venait ici pour travailler, il m’a dit : «On peut te faire venir.» J’ai tout de suite dit oui. Je n’ai même pas posé de question. Je lui ai dit : «Dites-moi ce que vous attendez de moi. Il n’y a aucun problème.» Et on m’a laissé faire ce que je voulais. Je suis content de cela, je m’enrichis.

Et vous avez rencontré des caricaturistes sénégalais. Qu’est-ce que cela vous a apporté comme expérience ?
Je connais un peu. C’était la deuxième fois que je venais. En 2004, j’avais rencontré l’équipe du Cafard Libéré. J’ai vu deux personnes. Et donc, le dessin de presse ne m’était pas tout à fait étranger, mais je ne suis pas le dessin presse sénégalais au quotidien. Par contre, c’est un dessin qui a une image de marque très française parce que ce sont les grandes influences du Cafard Enchaîné et d’autres organes que l’on retrouve dans le dessin de presse sénégalais. Et moi, je suis Franco-belge de culture. Donc, je me retrouve. Je me sens chez moi dans un dessin de presse ici. On a le même style graphique. Je ne me suis jamais posé de question sur le Sénégal. Quel genre de régime il y a ? Est-ce que c’est une démocratie ? Est-ce qu’il y a la liberté ? Comment est la presse ? Qui la contrôle ? Comment vivent les dessinateurs ? Est-ce qu’ils vivent ou non de leur métier ? Est-ce qu’il y a des interdits, des tabous ? Nous aussi on a des interdits, des limites et des problèmes pour vivre de notre travail. Chez nous aussi, les politiciens n’aiment trop pas ce qu’on fait. Voilà, il y a une espèce de confrérie internationale.

Avez-vous des interdits en Israël ?
Pas vraiment. Il n’y a pas des interdits qui soient officiellement interdits. Il y a des sujets qui sont casse-gueule. Principalement, il y a deux sujets : C’est de caricaturer les religieux parce qu’en ce moment-là, on risque de vous taxer d’antisémite puisque c’est comme ça qu’on dessinait les Juifs dans les caricatures antisémites au 20ème siècle. La deuxième chose, c’est à cause de la pudeur dans la société qui est assez conservatrice. Et tout ce qui a trait au sexe, il faut le dessiner d’une façon assez intelligente. On ne peut pas faire des choses trop frontales. Sinon les journaux ne le publieront pas.
Aujourd’hui, il y a beaucoup de dessinateurs qui font ce qu’ils veulent, mais qui mettent ça sur Facebook. Il y a une différence quand on travaille avec un organe de presse et quand on fait ce qu’on veut sur notre page Facebook ou tout simplement sur un autre réseau social. Parce que d’un côté on est payé pour son travail et d’e l’autre on ne l’est pas. C’est qu’on a aussi une responsabilité quand on dessine. Et on engage notre responsabilité dans la façon où notre dessin va être perçu. La responsabilité de l’organe qui publie est aussi engagée. C’est pourquoi un organe ou un site a un droit de regard sur notre travail. Il peut nous refuser un dessin ou nous suggérer un changement. Ils disent : «Ecoute ! Là t’es allé loin. Il faut effacer ou changer ça». Ou «le texte que tu as mis dans la bulle est un peu trop vulgaire. Voudrais-tu changer la façon dont tu l’as écrit» ? Il y a un dialogue qui s’installe. On n’est pas censuré. Censurer, c’est quand on nous barre notre texte sans nous demander notre avis ou qu’on ne publie pas notre dessin sans nous le dire. Ça c’est de la censure.

Mais si on vous demande d’édulcorer un peu, n’est-ce pas brider la créativité du dessinateur ?
D’abord ça arrive rarement. Mais ça peut arriver. Mais je ne pense pas que ça soit dramatique quand ça arrive. On peut des fois ne pas avoir la sensibilité nécessaire au bon moment pour savoir quel mot utiliser ou jusqu’où on peut pousser. Et parfois, on fait les choses plus fortes quand on les insinue que quand on les montre. Il faut aussi avoir cette expérience et maturité quand on dessine pour comprendre jusqu’où il faut aller. Comme il y a les dix commandements, mais pas les dix commandements des dessinateurs. Cependant, nous avons chacun notre échelle de valeurs et on travaille avec ça. Moi, je fais rarement des dessins qui sont des dessins excréments parce que je suis comme ça. Et il y en a beaucoup qui sont tout le temps comme ça.

La presse satirique a disparu au Sénégal à cause de nombreuses difficultés. Est-ce que c’est la même tendance chez vous ?
En Israël, on n’a pas de presse satirique. Les journaux avaient un petit supplément d’une page ou deux une fois par semaine pour le dessin satirique. Dans tous les journaux, ça a disparu. Ce n’est pas parce que les journaux n’en voulaient plus. Je ne sais même pas pourquoi ça a disparu. Mais on n’a pas cette expérience d’avoir une presse satirique. C’est dommage ! On en a besoin. C’est un pays où il y a beaucoup de tensions. Et justement, la presse satirique, ça permet d’évacuer. C’est bien de pouvoir un peu se lasser. En France, il y a Le Canard, Charly Hebdo, Ciné Mensuel, et il y en a encore des journaux locaux qu’on trouve dans les kiosques. Il y en a dans d’autres pays comme la Hollande, la Belgique, l’Allemagne. Et il y a des pays où il n’y en a pas. En Amérique, il n’y a pas de journal satirique. Chez nous, il n’y a pas cette forme de journalisme qui est de la satire parce que dans un journal satirique, il y a des articles formidablement critiques et des dessins formidables. Moi, je pense que ça manque beaucoup. Il y a un petit journal qui existe un peu moins d’un an, mais on ne sent pas sa présence dans les médias. Peut-être un jour viendra où son existence se fera sentir. ODIA, par exemple, travaille dans un journal de presse et dans un journal satirique. Donc dans l’un, il sait qu’il y a des choses à ne pas dire. Dans l’autre, il a plus de liberté parce que généralement l’intérêt d’un journal satirique, c’est d’être indépendant. Ils ne sont pas dépendants de publicité non plus. Ils essayent de vendre leur journal, de survivre et de vivre par rapport à cela parce qu’à partir du moment où vous avez un annonceur dans un journal, il peut vous imposer une ligne. Il peut vous dire : «Nous vous faisons vivre. Ceci et cela, nous ne le voulons pas.» Ni Le Canard ni Charlie Hebdo ne travaillent comme ça. Cela ne les a pas empêchés d’être au top. Il n’y a jamais de pub dans leurs journaux parce qu’une publicité, c’est le début de la dépendance. Quand ça commence, ça ne s’arrête plus. C’est bien agréable de savoir qu’on a un compte en banque et qu’on peut prendre des risques sans rien perdre, alors qu’un journal satirique prend beaucoup de risques et des fois il peut perdre. Il peut manquer des lecteurs, il peut perdre plus que ça.

Il y a eu dernièrement le cas du New York Times qui a pris la décision de supprimer la caricature sur son journal…
C’est une décision malheureuse, un grand recul. Dans le monde journalistique, j’estime que c’est un scandale. Surtout parce que c’est venu du New York Times. Si c’était venu de Chine China, cela n’étonnerait personne. New York, c’est une des capitales du monde occidental, une des capitales de la plus grande démocratie du monde, capitale économique aussi. Un des plus grands journaux prestigieux qui prend cette décision-là, c’est une régression.
Disons que le combat de la liberté d’expression, c’est un combat de tous les jours. Il n’y a jamais d’acquis. On ne peut jamais se reposer sur ses lauriers. Il y aura toujours des empêcheurs, des gens qui veulent que vous vous exprimiez moins librement. Et ce n’est pas parce que la génération qui m’a précédé a eu des acquis que ces acquis sont là toujours. En définitive, c’est un très mauvais exemple qui est donné. Je pense qu’il aurait dû soutenir d’abord le dessinateur puisque c’est eux qui ont publié, ce n’est pas le dessinateur.

Il y a eu un tollé après…
Oui, il y a eu un tôlé. Mais il faut faire face quand il y a un tollé. Un dessinateur a le droit de déraper. On peut faire des dessins qui sont mauvais. Ça arrive. Cependant, il ne faut pas que ça soit une habitude. Mais dans un journal, il y a quand même toute une hiérarchie. Un dessin, il ne va pas de la table du dessinateur au journal papier comme ça sans que personne ne le voie. Ce n’est pas vrai. Il y a quelqu’un qui le voit, un autre qui fait la maquette, un autre encore qui donne le bon à tirer pour l’imprimerie. C’est le journal qui a fauté s’il estime que le dessin était trop polémique. Ils n’auraient pas dû le publier parce que c’est eux l’ont choisi. C’est un dessin qui était dans le site d’un syndicat de dessin de presse et ils sont allés le choisir. Ils auraient pu choisir un autre. Donc une fois qu’on se trompe, il faut assumer s’être trompé. Au lieu de s’excuser, ils auraient pu dire : «C’est un dessin qui a fait polémique. On assume. On comprend, mais voilà, les avis sont partagés. Il y en a qui pensaient que c’était un dessin anti sémique. Nous on ne pense pas qu’il l’était et si c’est comme ça qu’il a été perçu, on est désolé.» Voilà, c’est tout. Et après, on continue de publier des dessins. Mais eux, ils ont décidé d’arrêter. J’étais sidéré quand j’ai entendu ça. Je me suis dit que ce n’est pas possible. On n’est pas au moyen-âge. On est au 21ème siècle. Et on n’est pas au bled ou au fin fond de la Chine. On est à New York. On n’est pas en Russie. On est dans un pays libre. Donc, je trouve que c’est un signe inquiétant. Et tous les dessinateurs devraient s’inquiéter de ce qui s’est passé.

Est-ce qu’il vous est arrivé de faire un dessin qui a provoqué ce genre de réactions en Israël ?
Oui, quelquefois. Mais pas souvent. Mais j’ai toujours des réponses. J’aime bien qu’on me pose des questions sur mon travail, car des fois j’ai envie d’aller un peu plus loin. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, dès qu’on reçoit beaucoup de réactions, on sait qu’on a fait quelque chose de spécial. Quand c’est positif, on vous envoie des «like» par exemple et des encouragements. Et quand c’est le contraire, on se dit qu’on a fait quelque chose d’intéressant. Il y a quoi énerver la moitié, mais je pense qu’un dessin de presse ne peut pas laisser indifférent. Sinon il est un peu faible. S’il soulève l’approbation de tout le monde, c’est très bien. Et s’il y a beaucoup de personnes qui vous attaquent, c’est aussi très bien. Ça veut dire que votre dessin a fait réagir. Ça veut dire que vous avez bien fait votre travail de dessinateur. Vous avez voulu faire réagir et c’est ce qui s’est passé. C’est très bien. Après, on peut vous demander de vous justifier. Des fois, il m’arrive d’écrire aussi. Je ne fais pas que dessiner. J’exprime mon avis afin que les choses soient bien claires, qu’il n’y ait pas de doute sur ce que je pense. Et plus, je deviens un peu minoritaire dans mon pays parce que je ne suis pas d’accord. Je fais partie de l’opposition en Israël. Disons-le comme ça ! Ce ne sont pas les gens pour qui je vote qui dirigent le pays. Ce sont les autres pour qui je ne vote pas, et pour qui je ne voterai jamais. Donc la seule consolation que je peux avoir, c’est d’exprimer librement mon opinion dans mon dessin.

Qu’est-ce qui ne vous plaît pas dans la façon dont le pays est dirigé ?
Je pense que l’Israël est un pays qui est devenu moins tolérant qu’avant, plus religieux, plus adroit. Je ne vois pas de perspectives d’avenir et de solutions confortables au confit israélo-palestinien dans les gouvernements successifs de Benjamin Netanyahu. Je trouve que les inégalités socio-économiques ont grandi à l’intérieur du pays. Le pays dans lequel je suis allé m’installer était socialiste. Israël est aujourd’hui un pays capitaliste. Et dans le capitalisme, il y a de grandes inégalités. Et la dernière chose qui me concerne de façon directe, c’est que je sens que le gouvernement en place veut restreindre la définition de ce qu’est la démocratie. Des fois, il y a des attaques verbales. Il y a des lois qui sont votées pour limiter la liberté d’expression de certaines personnes, pour délégitimer des gens qui sont dans l’opposition. Je me suis fait quelquefois traiter de traitre par des gens à qui mes dessins déplaisaient. Les maux sont forts. Ils peuvent tuer dans la mesure où ils poussent des gens à agir. Et ça s’est vu partout. Ça s’est vu dans l’histoire passée, ça s’est vu aujourd’hui. Donc, ce sont des chosent qui m’inquiètent et qui me déplaisent beaucoup.

Et comment représentez-vous la crise palestinienne ?
Quand je dessine le conflit, je ne m’acharne pas sur les Palestiniens. Ils ont leurs problèmes. Mais disons que je dessine le conflit en crayonnant beaucoup plus les Israéliens que les Palestiniens. Je ne sais pas ce qu’on connaît ici du conflit, mais le monde entier sait qu’il y a une division du conflit entre les gens du Hamas qui sont à Gaza et les gens du Fatah de ce qu’on appelait avant l’Organisation de libération de la Palestine d’Arafat (Olp) qui sont dans le territoire occupé. Ils ne sont pas d’accord entre eux. Il y a eu déjà plusieurs tentatives de réconciliation, mais il y a des radicaux intégristes musulmans qui oppressent leur Peuple à Gaza. Et les autres, avec lesquels on peut trouver un langage commun, sont un peu moins religieux. Ainsi, avec les uns on peut, avec les autres on ne peut pas. Mais on ne pourra pas faire la paix avec les uns sans les autres puisque c’est un seul et même Peuple qui est divisé en deux par ses divergences. Donc c’est une situation complexe. Elle n’existe nulle part ailleurs au monde. Il n’y a pas un exemple de pays où on peut regarder en disant que ce pays-là a connu la même situation. Voilà la solution qui a été trouvée. Essayons de l’appliquer en Israël ! Il n’y a que l’Israël qui a ce problème. Ce tout petit pays où deux Peuples le considèrent comme étant le leur, il faudrait en fait le partager. Et il y a des solutions qui ont été envisagées par des gens de bonne volonté du côté palestinien comme israélien, mais n’ont jamais été appliquées. Il faudra qu’un jour quelqu’un monte au pouvoir des deux côtés. Des hommes et des femmes de la providence qui osent aller vers une solution pour les deux Etats. Mais entre-temps, plus les années passent, plus les solutions s’éloignent.

Les derniers plans de Trump ne vous semblent-ils pas aller en ce sens ?
Je n’ai pas encore entendu parler de son plan de paix. Disons que lui a décidé de proposer les solutions économiques avant de proposer une solution politique ! Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée. Je ne suis pas un anti-Trump primaire, mais il n’y a pas une représentation officielle palestinienne à Abu-Dhabi. Donc on n’en est pas encore là. Il y a encore un très grand fossé entre Israéliens et Palestiniens et ça ne permet pas d’accéder à cette solution-là. Trump propose en fait un investissement de 50 milliards de dollars dans la région pour que tous les pays autour profitent de cette prospérité, de cette possibilité de développement. Je pense que tous les pays aspirent à cela : paix et prospérité. Alors si on n’y arrive pas avec les armes, peut-être qu’on y arrivera avec l’économie. Moi je pense qu’on peut y arriver avec la culture aussi. C’est notre branche à tous les deux. Je juge qu’elle joue un rôle très important. Je disais justement que je suis contre tous les boycotts qu’il y a contre Israël. Mais je suis aussi contre les boycotts qu’on ferait aux autres. Parce que quand on boycotte un pays en vrac, comme cette association qui s’appelle Bds, ou comme des artistes internationaux, quand il y a spectacle en Israël, ils essaient de les en dissuader. Justement, les gens qui sont dans la culture sont les premiers partenaires d’un dialogue. Et donc, faire un boycott général, c’est empêcher aux gens de bonne volonté de part et d’autre de pouvoir se rencontrer et dialoguer. Puisque nos dirigeants ne peuvent pas le faire, faisons-le nous les artistes, les gens de culture et les intellectuels ! Mais si on est boycotté, ça y est, c’est fini. On est comme des lépreux. On est enfermé dans nos frontières et on ne veut plus personne. Il y a des fois des universités qui n’invitent pas des conférenciers israéliens parce qu’Israël a des territoires occupés, c’est ridicule. Parce que parmi ces gens d’université, il y a des personnes de paix et de dialogue. Il y a des gens qui parlent arabe. Il y en a qui seraient les premiers à pouvoir dire des chosent qui ne sont pas dans la voie officielle de l’Israël. Moi par exemple qui suis invité par l’ambassade, par le financement du ministère des Affaires étrangères, personne ne m’a imposé ce qu’il faut dire et ce qu’il ne faut pas. On me laisse le champ libre. Et ça c’est une chance que mon pays soit encore une démocratie. Le jour où il ne le sera plus, (j’espère que ça n’arrivera jamais), je ne sais pas ce que je ferai. Mais je me battrai de l’intérieur. Je ne vais pas m’installer ailleurs. Si on quittait son pays à chaque fois qu’il a un problème, tous les pays seraient en miettes. Et quand on est dans un pays et qu’il y a un problème, il faut se battre. Alors, je peux me battre avec mon dessin, je ne peux pas descendre dans la rue.

Avez-vous collaboré avec des dessinateurs palestiniens ?
Oui, j’ai deux très bons collègues palestiniens qui sont membres de Cartooning for peace avec moi depuis des années. Malheureusement, il y en a un qui est mort il y a trois ans d’un cancer. Donc, il me reste un dessinateur palestinien avec lequel je suis en contact régulièrement et on participe ensemble à des colloques internationaux. Et il y en a d’autres dans le monde arabe. J’ai des collègues marocains, algériens, tunisiens. J’ai aussi un collaborateur égyptien, un Iranien, un Jordanien et un Syrien. Parmi eux, il y en a qui sont aussi des amis, qui sont plus que des collègues. Et d’autres qui ne sont que des collègues que j’ai rencontrés dans la vie réelle. Ce n’est pas parce que nos pays sont en guerre qu’on ne doit pas se parler. Et c’est ça qui est bien dans le métier qu’on fait.

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