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S’il a plusieurs casquettes, ce n’est pas parce qu’il n’a pas de cheveux ! Il se dit «transformé par la force des besoins». Ayant débuté sa carrière comme rappeur, Rival avait des difficultés d’accès aux médias. Il devint animateur radio pour diffuser sa musique et celle de ses compères. Voulant tourner et n’ayant pas les moyens de sa politique, il devient bookeur. Idem pour la production et la distribution musicale. Il explique les enjeux du booking.

Que veut dire «booker» ?
Le bookeur c’est celui qui place les artistes dans les festivals. Son objectif est de faire des tournées. C’est un peu du commerce. Tu as des artistes qu’il faut vendre, à l’étranger comme localement, et tu dois aussi en acheter pour des spectacles. Le bookeur est différent du manager. Il est l’intermédiaire entre les organisateurs de spectacles et le manager. Et pour éviter de se faire dribbler, il doit proposer un contrat aux artistes en leur assurant un nombre X de spectacles minimum sur une période donnée. Pour faire simple, le bookeur vend des artistes aux organisateurs de spectacles.

Comment cela se passe-t-il ? C’est un contrat d’exclusivité que le bookeur paraphe avec l’artiste ?
Il y a un artiste X qui est en train de monter. Et le bookeur vient avec un contrat lui garantissant 10 concerts sur l’année, 3 festivals, moyennant telle somme. A partir de là, l’artiste a une assurance et peut s’occuper d’autres choses. Et au final, tout le monde y gagne : le bookeur est protégé en détenant l’exclusivité et l’artiste aura une assurance de tourner sur une année.

Ce n’est pas une forme moderne du management ?
Non, il y a une différence entre les deux. Même si le manager peut être un bookeur, il n’a pas le même carnet d’adresses et le professionnalisme qui va avec. A la différence du manager, le bookeur peut mesurer le degré de notoriété de l’artiste et lui proposer une scène à sa hauteur. Par ses connexions, le bookeur accompagne le développement de l’artiste au fil du temps. Il ne s’occupe pas forcément de l’image de l’artiste, c’est la tâche du manager. Une agence de booking doit se structurer et avoir un business plan.

Que doivent faire nos artistes locaux pour intéresser les agences de booking ?
Il faudrait d’abord avoir des agences de booking locales, parce que c’est plus simple de se baser sur l’expertise locale que de signer directement un artiste. Ensuite, les jeunes talents doivent, comme tout le monde, faire du bruit. Il faut savoir que les agences de booking font du business avant tout, elles investissent de l’argent, donc elles veulent amortir. Il est important d’avoir une e-réputation. Main­tenant c’est devenu un réflexe de voir le nombre de vus sur Youtube, de scruter le compte Instagram et de vérifier le nombre de followers sur twitter avant de signer un artiste. Mais il faut aussi relativiser. Notre travail est risqué, donc on se sert de certains outils pour le diminuer. C’est pourquoi les artistes doivent avoir une équipe pour ça. C’est vraiment important, il faut accepter de dealer avec les nouvelles idées tout en se disant qu’il n’y a pas de recette miracle.

Quelle image le hip hop galsen renvoie-t-il ?
Le hip hop sénégalais peut être fier du chemin qu’il a fait. Il n’a rien à envier aux autres. Chez nous en Belgique, on n’a pas un festival où tu peux faire venir autant de personnes de pays différents. Avec les maigres moyens, le hip hop galsen s’en sort, même s’il y a beaucoup de choses à apprendre de l’extérieur, et nous aussi du Sénégal. Il ne faut pas être une pâle copie de ce qui se fait en Amérique. Il faut intégrer la culture sénégalaise tout en gardant la base hip hop.
mgaye@lequotidien.sn

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