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Quelle analyse faites-vous du palmarès de cette 20e édition du Festival du cinéma africain de Khouribga ?
C’est vrai qu’il y avait de grandes productions. Le jury aussi est souverain. Nous ne remettons pas en cause son choix. Mais le grand regret pour moi, c’est de ne pas voir Kalushi du Sud-africain Mandela Walter dans le palmarès (Ndlr, Ce biopic est basé sur la vie du jeune activiste sud-africain Solomun «Kalushi» Mahlangu. Oublié par l’histoire, Kalushi était devenu la voix de la jeunesse que personne n’écoutait et utilisait son arrestation et son procès pour parler pour les masses qui étaient réduites au silence. C’est un voyage extraordinaire dans la vie d’un jeune homme condamné à mort à l’âge de 23 ans).
C’est un beau film, un film très sensible, qui parle de l’Apartheid, et qui nous montre toute la souffrance des Noirs à cette époque-là. Il nous parle aussi de l’injustice et d’une manière très claire, quelles sont les choses qui font qu’un individu peut basculer dans la violence. C’est vrai que je ne m’attendais pas aussi à ce que le film Un jour pour les femmes soit plus primé, parce que c’est un classique égyptien qu’on a vu plusieurs fois, même si pour moi c’est le royaume des femmes, même si la mise en scène, cette piscine, est devenue le lieu où se regroupent ces femmes.
Il y a aussi le film mozambicain Le train de sucre et de sel qui mérite cette place parce que c’est ce long voyage dans ce train qui, en arrière-fond, nous rappelle et nous ramène aussi à toutes ces guerres fratricides de l’Afrique, du Mozambique.
Le Sénégal repart avec trois distinctions. Quelle appréciation en faites-vous ?
L’appréciation que Félicité est un bon film est là. Il repart avec trois distinctions. C’est la reconnaissance définitive de tout ce travail qui a été fait. Et ce n’est pas évident pour le jury. On avait 5 grands films qu’il fallait départager et qui tous avaient des propositions intéressantes et qui nous montrent l’évolution de notre cinématographie.
C’est vrai que le jury a souligné la disproportion qu’il y a entre des films très aboutis et d’autres avec des manquements. Mais c’est aussi l’esprit de ce festival. Il faut que les films les plus aboutis puissent tirer vers le haut ceux qui en sont à leurs premières œuvres.
Ce n’est pas comme le Festival de Cannes ou de Marrakech où il faut chercher toujours le haut du panier des sélections. Mais c’est ce mix entre films aboutis et non aboutis qui donne à ce festival ses charmes. Quand vous voyez le film Kalushi qui s’approche d’Hollywood et les autres premiers œuvres, vous vous demandez ce que ces œuvres font ici. Mais c’est l’esprit de ce festival.
C’était un festival de cinéclubs. Son esprit était de voir l’émergence de la cinématographie. Et Nour Eddine Sail, le président de ce festival, l’a dit : «La vocation de ce festival, c’est d’aller chercher des cinématographies nouvelles. Le Rwanda n’est pas connu en tant que pays cinématographique, mais c’est bien de l’inviter et de montrer la production rwandaise, d’essayer de l’élever et de la faire connaître.»

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