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Vous venez de sortir un roman intitulé Ndeer. Pouvez-vous nous présenter l’œuvre ?
Le livre a été publié en janvier 2019. C’est un roman publié par Presses panafricaines au Cana­da. Il présente la société sénégalaise et retrace l’histoire d’une jeune étudiante qui, en 2e année à l’Université, a arrêté ses études après un mariage forcé. Malgré toutes les expériences traumatisantes qu’elle a vécues, notamment l’abandon conjugal de son mari, elle a su trouver les ressources en elle-même, les a exploitées pour non seulement finir ses études, mais aussi donner du sens à sa vie et à celle de ses enfants. Elle a pu créer une entreprise qui transforme des produits locaux. Une entreprise à travers laquelle elle a recruté beaucoup de Sénégalais. J’ai développé un certain nombre de thèmes à travers ce roman.
Quels sont ces thèmes ?
Ce sont les violences conjugales, les pesanteurs de la tradition, même si quelque part elle est valorisante aussi la tradition. J’ai également parlé de l’autonomisation des femmes, du viol et des violences en général que subissent les femmes dans l’intimité des maisons et de la société. Tout cela, pour dire qu’il nous faut aller dans le sens de promouvoir l’éducation des filles, mais aussi de leur permettre d’être autonomes pour pouvoir jouer pleinement leur rôle d’épouse, de mère, mais aussi de citoyenne capable de participer au développement de notre pays.
Vous avez mis en exergue l’aspect féminité dans votre roman. Qu’est-ce qui expli­que ce choix ?
Oui, personnellement je suis féministe, mais je ne suis pas féministe du féminisme européen parce que le féminisme occidental oppose l’homme à la femme, à travers «l’égalité». Je parle du féminisme qui met en avant la complémentarité entre l’homme et la femme, l’Africaine et l’Africain pour le bénéfice de notre Afrique. A travers ce roman aussi, je valorise la tradition africaine, parce que quand je donne l’exemple de Ndieumbeut Mbodji qui n’a rien d’une femme complexée, qui ne voit pas la Blanche comme étant la beauté, qui ne porte pas de perruque, qui n’utilise pas des crèmes éclaircissantes comme le font nos femmes sénégalaises, donc je suis en train de valoriser la tradition africaine. Mais en la valorisation, je pointe du doigt les aspects qu’il nous faut améliorer, notamment ceux sur l’éducation qui tendent à avachir la femme, à la reléguer au second plan. Et je sais que cela ne se dit pas tout haut, mais les femmes souffrent en silence.
La particularité du livre également, c’est qu’il est écrit en anglais. Pourquoi le choix de cette langue ?
D’abord ma spécialité c’est l’anglais. J’ai fait un certificat à l’Université de Brown en littérature américaine et africaine. Donc c’est la langue que j’ai étudiée. Et j’ai mes diplômes en anglais. Je me dis également que l’anglais offre beaucoup plus d’opportunités pour les lecteurs du monde dans la mesure où j’envisage, il est même mis dans le contrat d’édition, que l’œuvre soit traduite en français pour les lecteurs sénégalais. Mais j’ai pensé, parce qu’à un moment donné j’ai même perdu l’anglais, mais j’avais perdu aussi mon français. J’ai été beaucoup plus spontané en anglais qu’en français. Je ne parlais, n’écrivais n’écoutais qu’en anglais à la maison et partout. C’est pourquoi j’ai écrit en anglais.
Est-ce un appel à valoriser la langue anglaise ?
J’ai valorisé d’abord nos langues africaines dans mon roman, notamment le wolof et les autres langues. Mais il faut reconnaître quand même que l’anglais, comme on le dit, c’est la clé. Aujourd’hui, si vous parlez et vous écrivez l’anglais, vous pouvez voyager et aller partout. Même les écrits scientifiques sont en anglais. Cela veut dire qu’il nous faut inviter nos enfants à être des citoyens du monde parce que je me réclame citoyen du monde. Je suis Sénégalais africain et je suis citoyen du monde. Il faut que nos enfants apprennent et maîtrisent l’anglais aussi pour qu’ils soient des citoyens du monde.
Ecrire en anglais dans un pays francophone, ce n’est pas… (Il coupe)
Non. Vous savez, c’est ça encore une fois le complexe que nous vivons, nous en tant qu’Afri­cains. Nous sommes Africains, mais nous vivons, même dans nos maisons, comme des Occidentaux ou nous essayons d’être ce que nous ne sommes pas. Nous sommes des Africains, nous devons être fiers de ce que nous sommes. Et en tant qu’Africain, je dois pouvoir maîtriser certaines langues comme l’anglais ou le français. Je dois aussi maîtriser l’anglais et pouvoir écrire dans cette langue. C’est ça.

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