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Comment êtes-vous arrivé à convaincre de grands noms de la musique à venir jouer dans un village à 600 km de la capitale où il n’y a ni restaurant ni hôtel ?
C’est justement cela qui donne un cachet populaire. Il n’y a ni restaurant ni hôtel. On est en famille. Mais c’est pour montrer les réalités de la ruralité en Afrique et au Sénégal. C’est tant mieux que les gens aillent dans les maisons et les familles pour voir comment ils vivent.
Comment on a convaincu les grands artistes ? Je n’ai pas eu besoin de les convaincre, ils arrivent à se convaincre tous seuls. Les artistes ont cette ouverture d’esprit de se dire là où je serai utile j’y serai. Alors maintenant, il y en a que ça n’intéresse pas. Mais tous ceux qui sont venus ont une fibre engagée, militante, forte parce que c’est en eux. Je n’ai pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour les convaincre. Ils savent à quel rendez-vous ils doivent être, les artistes.
Ce sera la première fois que vous aurez une tête d’affiche féminine avec la chanteuse sénégalaise Titi. Les femmes sont-elles réticentes à aller aussi loin ?
Il y a eu des artistes féminines, mais de cette notoriété c’est la première fois. On a eu des jeunes pousses, des jeunes talents. Je rencontre pas mal de grandes vedettes pour leur proposer de venir jouer parce que, comme je le dis, on a besoin de ces vedettes pour attirer l’attention sur nous. Il y a ceux qui passent leur chemin. Mais ceux qui disent oui, imaginez un peu l’agenda d’un Youssou Ndour, d’un Wasis Diop ! Ce sont des gens extrêmement sollicités. Et là quand on va faire un concert un soir, il faut trois jours. Le temps d’y aller, le temps de jouer et de revenir.
C’est une démarche militante que de venir jouer à Mboumba. Et il y a toutes les peurs irrationnelles. Quel va être le confort ? Est-ce que je vais être bien reçu ? Est-ce que le son va être bon ? Est-ce que l’infrastructure technologique qui va recevoir mon concert est à la hauteur ? Même à Dakar parfois, ce n’est pas à la hauteur. Alors, c’est normal que les artistes aient peur de l’accueil qui va leur être fait. Mais ce qui l’emporte pour ceux qui sont venus, c’est une personnalité engagée. Seun Kuti, Baba Maal, Youssou Ndour, on connaît leur parcours.
En termes d’impact sur le développement, quel est le bilan de ces 10 ans de festival et quelle est la phase suivante puisque, comme vous le dites, il s’agit d’une expérience pilote ?
Déjà si ce n’était que des con­certs gratuits de grandes vedettes sénégalaises, ce serait une retombée pour les populations d’avoir à domicile gratuitement les plus grands représentants de la culture de leur pays ou d’ailleurs. Ça n’était que ça, il y a déjà une belle retombée parce qu’il y a beaucoup de villages qui me demandent de venir faire ça chez eux.
Maintenant, les retombées sont multiples parce qu’elles sont de l’ordre de la formation, de la professionnalisation de l’économie. Tous les commerçants tournent à plein pendant le festival. On est sur des actions de santé, d’environnement, de la construction d’infrastructures et les retombées sont multiples.
Pour la phase d’après, au-delà des retombées périphériques ou immédiates dans l’éphémère du Faso, on va s’inscrire dans la durée en termes de création et de production. Sur le terrain, comme c’est le seul festival décentralisé d’Afrique de ce niveau-là, on va essayer de générer des productions issues de la décentralisation africaine ou sénégalaise.

mamewoury@lequotidien.sn

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