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Il était une fois, Mindelo et ses «trois carnavals»…
Tous les carnavals ne se ressemblent pas…
Mais où est donc «or ni car», «car» comme carnaval de Mindelo…
Les «trois carnavals» de Mindelo sont uniques au monde parce qu’ils expriment les «trois soirs du monde»…
Mindelo est une ville posée près de l’eau -la mer- mais aussi et surtout une ville posée près de l’autre, la «Diva aux pieds nus», Césaria Evora, celle qui a chanté Mar Azul, la couleur de la mer à Mindelo, sa ville natale, et qui s’est éteinte le 17 décembre 2011.
L’itinéraire suivi par les écoles de samba (en réalité les associations de quartier) passe, peu de gens le savent, à proximité du Palacio do povo, le Palais du peuple (construit en 1874) qui abrite une exposition permanente consacrée à Césaria Evora, et que l’on peut visiter avant ou après les «trois carnavals» ; cette grande et belle exposition raconte l’histoire d’une femme devenue chanteuse internationale et de sa ville natale, Mindelo…
Bien sûr, Mindelo c’est aussi le chanteur Bana -Adriano Gonçalves de son vrai nom- ancien garde du corps du célèbre compositeur cap-verdien, B. Leza, et auteur, entre autres, de l’album Rotcha-nu, une voix majeure de la morna, musique aujourd’hui inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (2019).
Mindelo c’est également l’énorme saxophoniste et clarinettiste, Luis Morais, dont le dernier album -il s’est éteint le 25 septembre 2002- portait comme titre précisément, novidades de Mindelo et auteur de l’hymne immense boas festas ; il avait fondé le groupe musical «Voz de Cabo Verde».
Mindelo, «capitale marine» de l’île de Sao Vicente, est la deuxième île -parmi les dix îles- la plus peuplée de l’archipel du Cap-Vert mais Mindelo, ce sont, une fois par an, à l’approche du mardi gras, toutes les lumières, rythmes, sons et costumes du carnaval.
Mindelo la «belle à l’eau dormante» – Mindelo est une ville d’eau – c’est aussi le dialogue, au long du jour, de la mer et du soleil…
Une belle «architecture marine», faite de hublots, caractérise la «capitale marine» de l’île de Sao Vicente avec ses couleurs pastel et son relief qui rappelle étrangement, au loin, des formes humaines (George Washington ?).
Des reliefs qui annoncent les formes humaines : Malcom de Chazal, l’auteur mauricien qui a écrit Petrusmok, le roman mythique, aurait été heureux de vivre à Mindelo et ses reliefs qui parlent la langue de la terre originelle…
Le port de Mindelo est un port important qui a connu son essor lorsque le charbon, utilisé comme combustible pour les chaudières des navires, était stocké à Mindelo et vendu aux armateurs et/ou affréteurs des navires en escale…
Mindelo est devenue, au fil du temps et de l’eau, la ville aux trois carnavals…
Le carnaval, au Cap-Vert, trouve son origine dans la fête portugaise de l’Entrudo, qui fut introduite dans l’archipel (et au Brésil) au début du 18ème siècle : c’est l’histoire des manuels, pas celle de Emmanuel…
L’histoire du carnaval dans l’archipel du Cap-Vert, quelques autres îles ont été également touchées par les fées du carnaval, devra être approfondie car les rythmes qui sont ceux du carnaval sont des «rythmes continentaux», africains et la vie a commencé en Afrique, il y a des millions d’années ; l’Océan Atlantique, lui-même, dans lequel baigne les îles de l’archipel, s’est ouvert il y a deux cents millions d’années…

Il y a trois carnavals de toute beauté à Mindelo.
Le «carnaval premier» : c’est le carnaval aux origines continentales avec des rythmes continentaux (Sénégal, Mali, Guinée, Guinée-Bissau) pour ne pas dire les rythmes du «tambour major»…
Les sons émis, reconnaissables entre tous, rappellent ceux du tambour major Doudou Ndiaye Coumba Rose, le «premier de la classe tam-tam», le percussionniste sénégalais au talent immense et reconnu.
Au rythme du tambour, les enfants défilent dans des tenues multicolores recherchées et la chorégraphie épouse les sons du tambour jusqu’à la poésie… (poésie du carnaval ?)
Il est quinze heures à Mindelo : le «carnaval premier» commence…
Une association de quartier attire l’attention des spectateurs : l’association baptisée Fernando Pô.
Fernando Pô était un navigateur portugais, celui qui a découvert, en 1472, la côte ouest de l’Afrique ; la ville de Bioko, en Guinée Equatoriale, a longtemps porté son nom.
Rappelons que Dinis Dias, navigateur portugais également, a découvert l’île de Gorée en 1444…
Gorée, Bioko continental, Mindelo : liens insulaires, liens historiques, liens marins, liens d’eau…
Toutes celles et tous ceux qui viennent aux «trois carnavals» de Mindelo ne savent pas que la statue de Diogo Alfonso Gomez, celui qui regarde la mer, à proximité du Musée de la mer, est également présente sur la corniche «azur» de Mindelo…
Les trois navigateurs qui ont parcouru la côte occidentale de l’Afrique, au quinzième siècle, Dinis Dias, Diogo Alfonso Gomez, Fernando Pô, étaient, tous les trois, portugais et c’est un signe…
Le «carnaval premier» est celui qui ouvre le cycle des carnavals de Mindelo et qui donne au spectateur de plus en plus averti -celui qui revient chaque année- une certaine idée des couleurs, de la musique et des danses parfois «endiablées» qui vont suivre, les deux autres jours…
Les Mandingas de Ribeire Bote font leur apparition : ils battent le tambour et dansent, leurs corps sont enduits d’huile et de charbon écrasé ; personne ne parvient jamais, dans ces moments de grande allégresse, à tracer la frontière entre la danse et la transe, tout le monde applaudit à leur passage, ils délivrent des messages y compris cette année -2020- sur le respect de l’environnement par les populations.
Et puis arrive, après une nuit presque blanche -Mindelo ne dort pas- le «carnaval deuxième» appelé «Samba tropical», avec sa musique composée spécialement pour ce grand rendez-vous avec la lumière, car le «carnaval deuxième», contrairement aux deux autres, commence à la tombée de la nuit, celle de Mindelo avec sa «rue de la lumière», Rua da luz…
Le spectacle est féerique, grandiose, la lumière dégagée est éblouissante…

Les premiers délires commencent, la samba envahit les rues de Mindelo.
Les tenues portées par les femmes et les hommes ont été dessinées et réalisées par des femmes et certainement des hommes, aux doigts experts ; la magie est là, la musique est là, et les premiers chars du carnaval apparaissent et c’est beau, tout simplement beau !
Des femmes sont venues du Sénégal, et elles défilent aux rythmes et sons de la «Samba tropical» : elles se reconnaîtront en lisant ces lignes, elles ont dansé, elles ont chanté, c’était l’ivresse du carnaval et ses grands moments de joie et de bonheur partagés.
Et la foule de Mindelo ?
Et les spectateurs venus des quatre coins du monde ?
Ils étaient là, présents, certains massés au long des trottoirs de la ville, d’autres assis dans les tribunes, et ils étaient fous de joie et ils filmaient ce que leurs yeux n’avaient plus le temps de voir, car la lumière de la nuit précédait le défilé de la grande «Samba tropical»…
La nuit avançait dans la ville de Mindelo mais personne ne regardait plus sa montre, le temps était celui du carnaval, du «carnaval deuxième» et la lumière tournait comme les aiguilles d’une grande horloge accrochée au sommet d’une tour géante… (Tour de Belem ?)
Lorsque le «carnaval deuxième» prit fin, la nuit était toujours belle comme la ville, Mindelo était toujours belle comme la vie et, tout le monde chantait, tout le monde riait et applaudissait, tout le monde était heureux dans la nuit de Mindelo…
Et puis arriva, le troisième jour, le «carnaval troisième», le plus grand, le plus beau avec les noms des associations des quartiers de Mindelo : Monte Sossego, Flores do Mindelo, Cruzeiro do Norte, Vindos do Norte…
Tous ces noms font rêver mais ce sont aussi les noms magiques du «carnaval solidaire», celui qui unit tous les cœurs, dans un bel élan de fraternité et de générosité.
Le rêve recommençait, la fête recommençait, le monde recommençait et le «carnaval troisième» racontait son histoire ; il racontait les origines du monde, il racontait les joies et, «donner à voir» mille visages et corps éclairés et éclairants.
Il faudrait prendre le temps d’écrire sur les maquillages car ils transforment les acteurs et les actrices du carnaval et les placent dans un monde reconstruit de lumières et de couleurs.
Les chars sur lesquels les actrices du carnaval se tenaient élégamment debout, avec leur sourire, défilaient doucement à la vitesse du bonheur dans les rues de Mindelo et la foule criait et applaudissait ; la foule filmait, la foule exultait, la foule n’était plus une foule, elle s’identifiait, debout sur les tribunes, debout sur le trajet du défilé, aux acteurs et actrices des associations de quartier de Mindelo, avec les vibrations et les chants dédiés, peut-être, à la mer, certainement à la vie…
«Sons et lumières» comme à Gorée, l’autre île, en 1966 au Festival mondial des arts nègres…
C’était la nuit aussi, c’était Gorée au vingtième siècle…
C’était la nuit et le jour, c’était Mindelo…
L’art était dans la rue dans toutes ses composantes : musique, chorégraphie, costumes, couleurs, lumières, maquillages, masques…
Les artistes de la «Cour des Arts» (Quintal das Artes), qui fait face au Musée de la mer, ont-ils été mis à contribution ?
Les filles de Mindelo qui défilaient, ressemblaient aux «filles à la peau de lune» mais à cette différence près, que la lune, pendant le carnaval, descend dans la mer -Mar Azul- et participe, à sa façon, au «carnaval troisième», le carnaval du bonheur national brut…
Et puis, il y a eu cette année -2020- «le grand mystère» des «trois carnavals» de Mindelo…
Ce mystère qui en principe ne se reproduira plus est une sorte de «carnaval des masques anciens» de l’Afrique.
Une exposition à couper le souffle, de masques et sculptures d’Afrique, était organisée, cette année, au Palacio do povo -encore lui- et son nom magnifique était : Akwaba, qui signifie bienvenue…
Le grand collectionneur cap verdien -son nom est connu- qui a parcouru toute l’Afrique à la recherche de ces pièces rares et belles qui font reparler l’Afrique ancienne, celle des ancêtres, a eu une inspiration géniale en faisant coïncider, cette année, les deux événements de l’île : les «trois carnavals» de Mindelo et l’exposition, quatrième carnaval de Mindelo…
Ainsi va Mindelo avec ses «trois carnavals» : un, deux, trois carnavals, près de l’eau…
Ainsi va l’eau vive et l’ambiance dans laquelle baigne Mindelo, la grande et belle capitale du carnaval, située sur l’île de Sao Vicente, dans cette zone géologique appelée «macaronésie» (frénésie ?), avec les Canaries, Madère et les Açores…
L’autre archipel n’est pas loin : l’archipel des Bijagos en Guinée-Bissau.
L’autre presqu’île n’est pas loin : la presqu’île du cap vert au Sénégal…
Les «trois jours» qui, chaque année, ébranlent ce monde-là, sont des jours «hors du temps», à vivre sur place car nul vraiment ne peut les raconter…
Si tu vas à Mindelo, n’oublie pas de monter à Monte So (Monte Sossego)…
Tous les carnavals ne se ressemblent pas…

Mindelo, Torrino ?
Lorsque commencent les «trois carnavals» de Mindelo, le phare de Mindelo, sur le chemin de San Antao, l’île située à quelques battements d’ailes d’oiseaux marins, peut alors s’éteindre…
Mindelo, comme Paris, est une fête…
«Mindelo je te chante pour que mon rêve s’endorme dans ton cratère ensoleillé…» (V. Bombyx)
Jean Michel SECK
Made in Manouche

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