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Le gouvernement du Sénégal a-t-il été surpris par le «verdict» des observateurs de l’Union européenne accrédités lors de la Présidentielle du 24 février dernier ? Sans doute non, puisque dans sa partie règlementaire, le Code électoral stipule qu’après l’élection, la mission d’observation électorale «doit produire un rapport final, transmis au ministère chargé des Elections et à la Cena, au plus tard dans les (03) trois mois qui suivent le scrutin». Ce que Elena Valenciano et son équipe ont fait. Donc, ce ne sont pas les remarques et suggestions qui sont en cause mais leur formulation. «Le parrainage citoyen pour les élections locales devrait être abandonné, et ce dans les plus brefs délais.» Il faut admettre que le ton est peu diplomatique. C’est, à la limite, une injonction. Pour le ministre de l’Intérieur, «cette recommandation va au-delà de l’objet pour lequel l’observation électorale a été effectuée en ce qu’elle dépasse le cadre de l’élection présidentielle». C’est donc la souveraineté du Sénégal qui serait touchée par la Mission d’observation électorale de l’Union européenne. L’article R.22 du Code électoral dispose, entre autres, que «l’observateur doit, à titre indicatif, respecter la souveraineté et la législation nationales du pays, être neutre et impartial…». S’il peut «porter à l’attention des membres de l’administration électorale ou des agents électoraux, certaines constatations d’irrégularités…», l’observateur doit, en revanche, «s’abstenir de faire des commentaires personnels ou prématurés en public ou en privé», ou encore de «faire des injonctions à l’administration électorale ou des remarques tendancieuses».
Mais, les Européens ne se voient-ils pas dans la peau de «celui qui paie (ou cotise) (re) commande» ? L’Ue ne finance pas le processus électoral dans son ensemble, mais elle y contribue, et très souvent. C’était le cas pour l’audit du fichier électoral en 2018 qui avait conclu que le fichier était fiable à 98%. A l’époque, l’Allemagne, à elle seule, avait participé à hauteur de 1 200 000 euros, pour un total de 1 million et demi d’euros. Il faut admettre que les autorités sénégalaises, quoique dans leur droit de rappeler à l’ordre la Moe-Ue, ont manqué de sérénité. Ou alors, si elles sont conséquentes, elles peuvent faire appliquer l’article R.23 du Code électoral qui dispose : «Le gouvernement peut, à tout moment, retirer l’accréditation soit provisoirement, soit définitivement, en cas de manquement aux obligations liées à l’observation électorale.» On n’en est pas encore là.
hamath@lequotidien.sn

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