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Après sa prestation de serment, le président de la République nous a promis que dorénavant, les choses iraient très vite avec lui. N’ayant plus de temps à perdre, il a indiqué que tous ses projets et programmes s’accompliraient désormais en mode «fast track». La justification en était évidente à ses yeux : «Quand on aspire à l’émergence et qu’on est tenu par l’impératif du résultat, l’urgence des tâches à accomplir requiert de la diligence dans le travail. Ce qui doit être fait aujourd’hui ne peut être remis à demain.» Ce fast track concernait tous les actes que comptait impulser le Président réélu : «Dans la nouvelle dynamique que je compte imprimer à la conduite des affaires publiques, j’ai la ferme intention d’inscrire toutes les actions de l’Etat en mode fast track.»
La suppression du poste de Premier ministre tenait de cette logique. Pour gagner en efficacité et célérité, il ne devait plus y avoir d’échelon intermédiaire entre le centre de décision et les structures d’exécution. Pour­tant, depuis le jeudi dernier, on assiste à un jeu qui remet fortement en question toutes les promesses portées par cet engagement présidentiel.
On ne ferait pas l’insulte au Président Macky Sall d’imaginer qu’il n’a pas mesuré toute la portée et les conséquences des décisions qu’il a prises. Nous croyons même que, depuis la confirmation de sa brillante réélection au moins, il a déjà commencé à se pencher sur le mode de gouvernance qu’il voudrait imprimer au pays, et réfléchi aux différents profils dont il aurait besoin pour le seconder dans ses tâches.
On ne comprend donc pas pourquoi, jusque très tard le dimanche, après la reconduction provisoire de M. Mahammed Boun Abdallah Dionne à la Primature, la liste du gouvernement n’était pas encore publiée.
D’ailleurs, même ladite reconduite du Premier ministre, de la manière dont elle s’est faite, pose problème. D’habitude, quand il s’agit d’une reconduction, elle se fait dès l’annonce de la démission du titulaire du poste. C’est ce qui s’était passé en 2017, après les Législatives, lorsqu’il n’a pas fallu 24 heures pour reconduire le Premier ministre démissionnaire. Cette fois-ci, les lenteurs dans certaines décisions laissent penser à des atermoiements aux antipodes du volontarisme affiché.
Pour une Administration (prise ici dans le sens américain) censée imprimer une cadence accélérée, les premiers pas indiquent une forme d’hésitation qui met fortement en doute les déclarations d’intention. Au moment où l’on commençait à croire que sa brillante réélection a débarrassé le Président Macky Sall de toutes les coteries qui pouvaient le prendre en otage, les premiers mouvements de sa gouvernance, marqués par un fast track incroyablement poussif, ne manqueront pas d’inquiéter sur la suite des évènements.

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