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Un Model de Cheikha.

Le Festival Afrosa­piens est organisé par le créateur sénégalais Mike Sylla. Réflexions, concerts et défilés de mode ont ponctué cette édition qui se tient pour la première fois au Sénégal, après Paris et les Etats-Unis.

Les tissus chatoyants des belles jeunes femmes scintillent dans l’espace Penc du Musée des civilisations noires (Mcn). Elles sont habillées par les créations de la grande styliste Mame Faguèye Ba. Avec Rama Diaw, Cheikha, Selly Raby Kane, Paap Ngaala et Lahad Guèye, ces stylistes ont répondu à l’appel de Mike Sylla. Le créateur qui a dédié toute une journée à la réflexion autour du concept «Afropsapiens» a relevé le défi. Après une matinée consacrée à la réflexion sur l’art, le savoir et sa transmission, le festival s’est poursuivi dans la soirée avec un concert réunissant quelques grands noms de la musique sénégalaise, avant que les créateurs sénégalais ne viennent enchanter le public qui s’est déplacé en masse. Le Festival Afrosapiens est un concept mûri d’abord en France avant d’être installé aux Etats-Unis. Le retour au bercail était donc une belle occasion pour l’initiateur Mike Sylla de créer une dynamique entre les créateurs du pays. «J’ai voulu prolonger mon travail dans le sens de créer une dynamique autour des artistes d’ici. Il y a de plus en plus d’innovants, de créateurs ici et j’avais envie de leur donner une possibilité de s’unir et de montrer leurs créations, de travailler ensemble pour relever le défi et montrer que l’Afrique est dynamique et a des choses à penser.» Cet appel, les créateurs l’ont bien entendu. «Une première fois n’est jamais facile et tout le monde ne viendra pas», souligne Mame Fagueye Ba au terme de son défilé constitué de robes longues à traines noires. «Mike a invité beaucoup de jeunes créateurs et la salle devrait être pleine d’autorités», souligne la styliste dont les créations ont enchanté le public.
Des jeunes créateurs, il y en avait aussi dans ce show. A l’image de Paap Ngaala qui a présenté la collection Faso danfani, du nom de cette étoffe traditionnelle du Burkina Faso. Un hommage au pays des hommes intègres qui se justifie si l’on sait que le Président Kaboré arbore souvent les créations de ce jeune styliste. Chez Lahad Guèye, les créations sont colorées. Des robes aux lignes épurées, des Kimono d’inspiration japonaise et une maîtrise parfaite de la symphonie des couleurs. Quand arrive le moment de clôturer le défilé de sa collection Takhaw, Selly Raby Kane qui a présenté des tenues résolument modernes et avant-gardistes, alliant audace et créativité, rappelle fort justement le symbolisme du lieu. «La collection Takhaw, c’est une énergie qui m’a été inspirée après avoir vu le rapport de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la restitution des œuvres d’art africaines. Cette énergie me poursuit depuis novembre 2018 et j’ai hâte de voir l’impact que cela aura sur la créativité de notre jeunesse», souligne-t-elle. La même énergie se dégage des créations de Cheikha dont la matière favorite, le jean, est encore bien représenté aux côtés d’œuvres mixant le pagne tissé au wax.
Une belle symphonie d’étoffes que le héros du jour n’a pas manqué de sublimer en faisant défiler des tenues estampillées Baay-Fall dream. Avec Mike Sylla, le cuir est travaillé, coloré et «vous rend singulier», comme le souligne le Mc du jour Ndongo. Si les créateurs sénégalais ne manquent pas de créativité, la balle est dans le camp des autorités. «Il faut beaucoup plus de volonté politique dans notre domaine qui est oublié», estime Mame Faguèye Ba. «On a envie que cette industrie de la mode soit une réalité et on a de quoi pouvoir créer des emplois. Et c’est à ce niveau qu’on a besoin que l’Etat nous accompagne, qu’il nous donne la possibilité de développer le textile, mais aussi l’innovation créative. Il y avait la Sotiba, mais il n’y a plus de société de textile. Donc pourquoi ne pas développer l’artisanat», propose Mike Sylla qui annonce la prochaine organisation du Festival Afrosapiens aux Etats-Unis dans le premier trimestre de 2020.

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