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«Rien ne donne plus de sottise apparente que la jalousie inavouée. Au lieu d’attaquer franchement l’adversaire, ce qui aurait du naturel et serait sans doute assez touchant, on en vient alors à critiquer avec aigreur des paroles inoffensives, des actions banales et l’on donne maladroitement un air d’insupportable mesquinerie à ce qui est en vérité un sentiment vif et légitime.» Entendre parler André Maurois, l’auteur de cette pensée, donne l’impression que l’homme a vécu au Sénégal tellement sa pensée colle avec notre quotidien et se justifie par les comportements de ceux-là même qui se disputent les paliers les plus élevés de notre intelligentsia. Mody Niang, encore lui, s’est fendu d’un autre article où il se livre plus que jamais à son violon d’Ingres, son passe-temps favoris : clouer Macky Sall, son régime, ses actions salutaires au pilori de sa verve grandiloquente et de sa vaine phraséologie.
Parce que la jalousie ne laisse l’entendement assez libre pour qu’il puisse juger les choses comme elles sont et qu’elle regarde toujours avec des lunettes d’approche qui font les petites choses grandes, les nains des géants, et les soupçons des vérités, nous enseignait le premier auteur réaliste Miguel de Cervantès, l’auteur du Clan des Wade se livre encore à ceux qui sont au pouvoir après avoir combattu vivement ceux qui l’ont quitté. Finalement, on  se perd sur les ambitions de cet homme à la fois inconstant et suffisant. Si ceux qui ont quitté ne sont pas bons, ceux qui sont là sont encore plus mauvais, que Mody veuille bien nous dire qui est bon. Qui est bon, Mody ? Dîtes-le au Sénégalais ! Par contre, je comprends vos projets scripturaux et je ne suis pas le seul. Le Sénégalais sait lire, c’est presque un don chez lui et c’est dans le non-dit qu’il comprend les prétentions sous-jacentes. Com­mençons d’abord par le titre : «Pour un large front républicain face aux apparences bavardes et trompeuses de la gouvernance du Président-politicien».
Il est clair de prime abord que ce titre, long du reste, est une invite à un front contre Macky Sall que la périphrase «Pré­sident- politicien» désigne. L’article en question est  publié dans les colonnes du quotidien Le Quotidien N°4178 du samedi 14 et dimanche 15 janvier 2017.  Il l’y a affublé de toutes les tares et lui fait porter la responsabilité de tous les problèmes, mêmes ceux internes aux formations politiques légalement constituées. Revenons un peu sur son texte.
Mody Niang commence son propos par affirmer que c’est  Macky Sall qui a  béni sans état d’âme la détestable transhumance et l’a pratiquement érigée en méthode de gouvernement  ; que les électeurs du 25 mars 2012 et les compatriotes ont mal de retrouver des têtes connues ; que  cette contribution est  la dernière qu’il envoie à la presse car, dit-il, il veut se consacrer à des activités militantes, en se rapprochant des Sénégalais qui ne traînent pas de casseroles pour affronter la machine électorale du Président Sall. Et puis, il reprend subitement la plume. Son  projet fédérateur, il s’en est ouvert à quelques amis qui lui ont ouvertement signifié qu’il perdait son temps  et lui ont rappelé l’échec de Benno siggil Senegaal à la Présidentielle de 2012. De ses amis, il y en avait qui raillaient sa prétention démesurée.
Seulement lui, il ne se trouve pas comme tel, c’est-à-dire ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas ; il connaît, dit-il, ses limites objectives et ne se fait aucune illusion. Poursuivant, il affirme de façon péremptoire qu’«il n’est pas interdit d’avoir une ambition». Mais que doit bien être l’ambition de Mody ? Est-ce créer un parti d’opposition sans lui en donner le nom ? Fédérer les membres de la société civile et les diriger ensuite puisqu’ils ne se retrouvent que spontanément quand l’heure est grave ? Crier à tue-tête pour être entendu et servi ? Que veut le messie Mody ?
En censeur des valeurs, cher monsieur, vous décidez de ceux qui sont bons, qui «ne traînent pas de casseroles matérielles, politiques ou morales» – vous nous servez l’expression presque dans chaque paragraphe –  et jugez de la qualité de leur travail.
Votre dessein se précise. Plus vous allez en profondeur et on s’en convainc aisément par cette envolée lyrique : «… je pense à celle qui serait en train de se constituer autour de Khalifa ; ce dernier a une longue expérience politique, une légitimité incontestable puisqu’il a gagné sous la bannière de Benno siggil Senegaal la capitale nationale à l’issue des élections locales du 22 mars 2009, il gagnera même la capitale le 29 juin 2014». Ici, vous encensez le maire de Dakar que vous soutenez visiblement. Evidemment, vous cachez votre jeu en parlant des autres et c’est à peine si vous prononcez les noms de Gackou, Abdoul Mbaye, Cheikh Bamba Dièye.
Autre chose, vous affirmez : «Notre pays en a assez d’un président de la République buur et bummi, d’une Assemblée nationale-croupion et d’une justice aux ordres». Là, vous parlez des institutions de la Répu­blique, du président de la République, de l’hyper présidentialisme plus précisément qui donne, selon vous, des pouvoirs excessifs au chef de l’Etat. Mais entre nous Mody, réduire un mandat est de loin plus aisé que changer un régime politique et pendant que j’y pense, le reproche véhément que vous n’avez de cesse de faire au Président Sall, ayez le courage de le  faire à vos mentors socialistes- Senghor au premier chef- qui nous ont habitués aux vocables paternalistes «père de la Nation», «clef de voûte des institutions», «chef suprême des armées»,  «protecteur des arts et des lettres», «président du Conseil supérieur de la magistrature»…  la liste est loin d’être exhaustive ; Macky Sall a hérité de cet état de fait. Reconnaissez-lui plutôt le courage qu’il a de vouloir reformer les institutions dont les textes sont manifestement frappés d’une obsolescence déconcertante.
Quid maintenant des élections législatives et de votre allégation accusatrice selon laquelle le président de la République chercherait à saper la dynamique unitaire de Benno bokk yaakaar, c’est encore un mauvais et injuste procès que vous faite à Macky Sall. Personne n’a entendu ni de sa bouche ni de celle d’un de ses proches encore moins d’un communiqué de l’Apr des propos qui donneraient caution à un non compagnonnage avec les alliés de Benno. Toujours est-il que la question des candidatures individuelles, réglée par le dernier référendum, est une exigence noble,  une question de justice sociale et d’inclusion de cette multitude de cadres et de citoyens sénégalais tout court non affiliés à des formations politiques et à qui on ne saurait dénier le droit de candidater à des élections. Accordons-nous quand même que la politique n’est pas l’apanage de ceux qui passent à la télé encore moins la chasse gardée de ceux qui publient livres ou  articles  ou les deux à la fois.
Ces personnes que vous voulez regrouper dans votre coalition salvatrice, oui salvatrice puisque vous voulez sauver le Peuple en bon messie, qui «ont blanchi sous le harnais» et dont vous dîtes –fausse modestie- qu’«ils n’ont pas de leçons à recevoir de vous» sont vraiment à plaindre qui comptent sur la diligence de votre plume et la bonne parole que vous prêchez dans la lettre et dans l’esprit plus que l’apôtre Paul à la communauté de Corinthe.
Assumez-vous Mody, créez un parti politique, un parti de gauche si vous voulez,  ce n’est pas interdit. La gauche sert mieux vos ambitions et sied à votre posture, car vous portez au plus profond de votre être les gênes du dictateur achevé. Pour en avoir le cœur plus net, je laisse nos concitoyens vous écouter pour une dernière fois : «Devant leur famille et devant ce qu’on pourrait appeler un jury d’honneur ou un observatoire, ils jureraient sur l’honneur, faute de le faire sur le Coran ou la Bible, qu’ils ne seront jamais comme les autres et respecteront scrupuleusement les engagements pris.» Vous parlez, bien sûr, des membres de la coalition que vous voulez créer pour défaire Macky Sall. Il s’agit là d’un vœu pieux, d’une déclaration d’intention, d’un rêve. Aucun de ces trois faits ne se corrompt in abstracto. Seulement, la vérité, nous enseignait Saint Thomas d’Aquin, est une adéquation entre l’esprit et le réel «veritas est aedequatio rei et intellectus». Chez nous, on dit : «Njulo du yaxoo cim xel» (comprenez, le commerce ne se gâche jamais tant que cela se fait dans la tête du commerçant).
Enfin Mody, et je termine sur ça, je voudrais vous poser une question, juste une toute petite question : qui est bon dans ce pays ? Ceux qui sont partis ne l’étaient pas, en l’occurrence «Wade et son clan» (Le clan des Wade est un livre que vous avez publié) ; ceux qui sont là – «les traitres et leur compère Macky» ne le sont pas. Doit-on attendre votre avènement pour voir le Peuple délivré de ce que vous concevez comme une «souffrance».
Cher monsieur, sachez que l’Admiration n’est pas le partage de ceux qui ne savent rien. Admirer quelquefois vous grandira plus que vous ne l’imaginez et n’enlèvera pas le statut d’intellectuel que vous revendiquez. Prenez le temps de regarder avec des yeux plus lucides ce qui se passe dans ce pays, parce que Macky Sall, à l’aimer ou à le haïr, est en train de faire de très bonnes choses.
Mouhamadou DRAME
Enseignant
Responsable politique Apr à Birkilane
mlcolm24@yahoo.fr

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