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Le journaliste Mohamed Gassama veut un service public sans clivage, ni parti pris. Dans son ouvrage «Le mérite s’étouffe», il raconte son expérience à l’ambassade du Sénégal à Paris, la vie politique, l’audiovisuel, le nouvel ordre mondial imposé par le Covid-19…

Par Mamadou SAKINE

«Le ministre m’a chargé de mettre un terme à votre con­trat» : ainsi s’adressa l’ambassadeur du Sénégal à Paris au journaliste Mohamed Gassama. Une rupture de contrat qui amènera plus tard le conseiller licencié à s’interroger sur les méthodes d’embauche et d’avancement dans le service public. Dans son premier ouvrage autobiographique Le mérite s’étouffe, l’écrivain trempe sa plume pour «sauver» le mérite. De séquence en séquence, il parle du service public, de la vie politique, de l’audiovisuel, du nouvel ordre mondial imposé par le Covid-19, de l’éducation, des valeurs sénégalaises. Ancien Professeur de l’étudiant Mohamed Gassama au Département de lettres modernes de l’Ucad, Alioune Tine constate que c’est un livre autobiographique qui n’est pas écrit de façon classique. Parce que, dit-il, il a inversé la chronologie en commençant par la fin. Selon toujours M. Tine, le livre a été écrit «avec un ton très équilibré, très bien écrit sur le plan du texte et du style». L’homme de lettres Alioune Tine ajoute que cette œuvre est un réquisitoire de la deuxième alternance, réquisitoire sur ce qu’on appelle l’Etat-partisan. «Il ne parle pas de l’alternance, de la désillusion, du désenchantement, il dit tout ça, la patrie avant le parti et son inversion par la suite. Le népotisme et les militants qui portent atteinte à l’image et à l’efficacité de la diplomatie sénégalaise, il en parle», rapporte M. Tine. Mais ce qui paraît le plus important et qu’il faut retenir pour lui, «c’est surtout la ligne». «Ce qu’il appelle l’éloge de la méritocratie, la critique du fait de la sortie de la méritocratie de notre Administration, de notre Etat. Parce que nous avons toujours eu après l’indépendance un Etat partisan». Journaliste à la télévision nationale la Rts, M. Gassama fut détaché à la présidence de la République sous Wade (2000-2012). Dans le livre, il partage aussi ses expériences durant ses différentes pérégrinations en tant que journaliste qui couvrait les déplacements à l’étranger de l’ex président de la République Me Abdoulaye Wade. Il fait le procès de la presse, surtout publique. Sous cet angle, Alioune Tine soutient qu’à «la Rts télé, sous Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, invité, vous pouvez faire des critiques. Mais aujourd’hui, c’est pire que du temps du Stalinisme».
Mercredi dernier, à la séance de dédicace à la Maison de la presse, Mohamed Gassama a tenu à faire une précision devant parents, amis, camarades de promotion. «Ce n’est pas un procès d’intention. Je n’ai rien contre les politiques. La politique procède d’un choix. On est libre de faire de la politique comme on est libre de ne pas en faire. Ce que je recommande, c’est qu’il y ait une équité, c’est-à-dire mettre tout le monde au même pied.» Sur les motivations de son engagement, il déclare que «le Covid-19 nous a imposé et nous a motivés, nous a donné cette force qui manquait. Nous avons écrit pour laisser une trace, nous avons écrit pour partager. Nous avons écrit pour alerter, nous avons écrit pour sauver le mérite». Bref, Mohamed Gassama plaide pour un service public sans clivage, ni parti pris, un appel à l’équité, à la justice sociale, un appel à changer de paradigme, dit-il. «Il n’y a pas de règlement de comptes, mais c’est surtout le compte rendu d’une portion de vie», rassure son aîné à la Rts, l’ancienne directrice Gnagna Sidibé.

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