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Le maire de Kounkané, Mohamed Nourou Baldé, ne croit point à la pertinence et à l’opérationnalité de la loi instituant la parité intégrale dans les postes électifs et semi-électifs au Sénégal. Il considère que c’est plutôt une arnaque.

L’Observatoire national de la parité (Onp) a organisé un Comité départemental de développement (Cdd) à la préfecture de Vélingara pour partager ses missions avec les chefs des services déconcentrés, les organisations de la Société civile et les exécutifs des Collectivités territoriales et donner des informations relatives au Programme d’appui aux producteurs et utilisateurs de statistiques de genre au Sénégal (Papusg).
Au cours de cette rencontre, l’opérationnalité et la pertinence de la loi sur la parité ont été agitées et ont attiré l’attention de nombre orateurs. Pour le maire de la commune de Kounkané Mohamed Nourou Baldé, «en politique, la parité est une arnaque. Ce sont les femmes elles-mêmes qui ne s’intéressent pas aux postes de responsabilité. Les femmes intellectuelles ne s’intéressent pas à la politique. Comment voulez-vous que l’on force les femmes à postuler à des postes ?», s’est-il interrogé.
A sa suite, le maire de Saré Coly Sallé croit que la loi sur la parité est prématurément instituée au Sénégal. Pour Mamadou Baldé, «c’est depuis l’école élémentaire qu’il faut préparer les Sénégalais à l’idée de la parité ; que hommes et femmes ont les mêmes prédispositions à être leaders. Le leadership masculin est une construction sociale séculaire qui ne peut pas être démolie du jour au lendemain par un loi».
Pour El Hadji Malick Dia, maire de Kandia, «pour être maire, il faut avoir la confiance des élus. Quand un poste d’élu est mis en compétition par la voie de l’élection, on ne peut pas empêcher aux électeurs de porter leur choix sur un homme, s’il est candidat face à une femme». André Sambou, coordonnateur du Centre conseil pour ado, ne dit pas autre chose : «La forme d’éducation reçue par les femmes leur fait perdre l’estime de soi et par conséquent ne sont pas préparées à défier les hommes sur le champ politique. Le combat pour la parité intégrale ne doit pas être un combat d’élites, mais un combat communautaire.»
Les femmes ne sont pas restées muettes. Mme Fatou Baldé, présidente du Comité consultatif des femmes, a soutenu le con­traire. Pour elle, «à chaque fois que les hommes ont besoin des femmes en politique, elles ont joué leur rôle à la satisfaction du leader. Et elles ont montré ce dont elles sont capables en matière de développement. Par gourmandise, les hommes ne font pas de la place aux femmes».
Mme Ndèye Marie Fam, assistante administrative et financière au Programme d’appui aux producteurs et utilisateurs de statistiques de genre (Papusg) à l’Observatoire national de la parité (Onp), objecte : «On sait que pour l’élection du bureau municipal, les mains ne se lèvent pas au hasard. Tout est discuté à l’avance et les postes distribués avant le jour-j. Les hommes refusent de mettre les femmes aux postes d’adjoint, parce qu’il y a des indemnités. Pas question qu’on laisse ces indemnités à des femmes. Et pourtant, en amont, à chaque fois qu’on a eu besoin d’elles dans les rassemblements, elles ont joué à merveille leur partition.»

De l’importance des statistiques en matière de genre
L’Observatoire national de la parité (Onp) va mettre en œuvre un nouveau programme dénommé Programme d’appui aux producteurs et utilisateurs de statistiques de genre au Sénégal (Papusg). C’est le fruit d’une collaboration avec l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) et la Coopération espagnole. Ce programme a été expliqué aux membres du Comité départemental de développement de Vélingara (Cdd). Mme Ndèye Marie Fam a renseigné : «Ce programme va intervenir dans les régions de Kolda, Sédhiou, Kaolack et Saint-Louis. Il cherche à améliorer la production de statistiques, surtout dans les politiques publiques locales. Les statistiques renseignent sur le niveau de développement humain et nous mettons le focus sur le genre pour aider à la prise de décision pour, au besoin, apporter des correctifs en faveur des femmes.»
De manière concrète, Mme Fam a informé que dans la région de Kolda, «70% des agriculteurs sont des femmes alors qu’elles ne sont propriétaires que de 30% des terres». Les statistiques ainsi déclinées permettent de voir que le développement de l’agriculture est compromis puisque les charges locatives vont peser sur le rendement ou alors elles peuvent être dépossédées desdites terres à tout moment. Ces informations connues, les décideurs peuvent planifier et orienter efficacement leur intervention.
Ce Cdd, après celui de Kolda et de Médina Yoro Foula, devra aboutir à la mise en place d’un Comité régional de suivi de l’égalité femme-homme dans les politiques locales.

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