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Dans une série de rapports de la Banque mondiale partagés hier, Mme Frederica Marzo explique que les femmes sont doublement piégées dans leur participation à la vie économique.

Au Sénégal, chaque année, ce sont 300 mille jeunes qui arrivent sur un marché du travail très difficile, mais l’accès à ce marché est encore plus dur quand il s’agit des femmes. C’est ce qui ressort d’une série d’études menées par la Banque mondiale sur «Les contraintes à la participation des femmes et des jeunes dans la vie économique active». Ces études qui identifient différents déterminants à cette situation expliquent que le manque d’éducation et l’expérience, l’âge et le fait d’avoir des enfants sont les principaux facteurs qui expliquent le retard des femmes en termes de participation à la vie économique. Si le taux de chômage des jeunes tourne autour de 10%, des clivages apparaissent en fonction du sexe. Les études de la Banque mondiale montrent ainsi que «les femmes sont systématiquement moins éduquées que les hommes, même si l’écart est en train de se résorber pour les tranches les plus jeunes». Ce manque d’éducation fait qu’elles se retrouvent souvent dans des segments de l’économie très informelle. «Elles gagnent significativement moins et sont reléguées dans des occupations informelles à basse productivité», souligne Mme Frederica Marzo. Et quand les femmes arrivent à acquérir un niveau d’instruction élevé, elles sont là encore victimes de discrimination. «Les femmes ont besoin d’être plus éduquées pour accéder à l’emploi salarié. Alors que sur la base de ces caractéristiques, elles devraient être payées plus, elle sont payées moins que leurs pairs hommes.» Les résultats de l’étude montrent en effet que les femmes gagnent 19% moins que les hommes toutes choses égales par ailleurs. «Et elles sont doublement pénalisées», souligne Mme Marzo, en expliquant qu’aucune loi n’existe pas pour réprimer les faits de discrimination.
Autres problèmes que rencontrent les femmes, ce sont les normes sociales qui font que 23% des filles de 15 à 19 ans étaient mariées contre 30% en milieu rural en 2016. «Le contexte social et culturel joue un rôle fondamental en limitant le choix individuel des jeunes et des femmes vis-à-vis du travail», souligne Mme Marzo. Elle explique que 61% des femmes qui n’ont pas d’activités économiques le justifient par des responsabilités familiales. En outre, 6% des mères entre 22 et 27 ans font des études contre 47% des non mères. «Les jeunes femmes arrêtent l’école plus tôt, se marient plus tôt et la première grossesse détermine le choix des filles», explique-t-elle. A l’âge de 25 ans, 40% des hommes seulement sont mariés contre 80% des femmes, indique l’étude.
Mais la situation tend à s’améliorer puisque de plus en plus le travail des femmes est accepté, mais des instruments juridiques et légaux restreignent encore leur autonomie, précise Mme Marzo. Si le gouvernement annonce toujours sa volonté de faire de cette masse de jeunes un levier de développement à travers la capture du dividende démographique, des actions doivent être entreprises. «Le problème de la formation se pose d’abord parce que quand vous parlez d’emplois, il faut une formation. Et souvent, les jeunes et les femmes n’ont pas de qualification professionnelle», souligne M. Gorgui Ndiaye, secrétaire général du ministère de l’Emploi, de l’insertion professionnelle et de l’intensification de la main-d’œuvre.
Pour Mme Sophie Naudeau, responsable des Programmes développement humain de la Banque mondiale, «il faut améliorer la qualité de l’éducation traditionnelle, y compris mettre plus d’emphase sur les domaines exigés par le marché comme les sciences et les mathématiques».
Dans ses conclusions, l’auteur de l’étude, Mme Marzo, indique qu’il va falloir «avoir une approche intégrée pour améliorer la situation, que ça soit par l’amélioration du cadre légal, des actions qui mènent à l’évolution des normes culturelles ou l’amélioration de la disponibilité des intrants et faire face aux défaillances de marché en termes de manque d’information sur le marché du travail».

mamewoury@lequotidien.sn

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