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On a coutume de dire, et à juste raison, que tout ce qui est excessif est insignifiant. Et si ce qui est excessif exhale une senteur de haine, il devient ce que Sénèque disait dans ses lettres à Lucilius, alors gouverneur de la Sicile, «la fille de l’offense». Il en est ainsi de l’appréhension déclinée, sur la forme d’une contribution parue dans des journaux et sites d’informations, à travers un texte d’ailleurs au titre interrogatif, «Tentative de hold-up électoral à Dakar ?» (Cherchez la contradiction ou la part du dubitatif !), comme une certitude de prêcheur, par Demba Moussa Dembélé.
On comprend bien le vertige de la déception et le désarçonnement qui a tourneboulé, depuis la publication des résultats provisoires sortis des bureaux de vote des élections législatives, les apôtres politico-médiatiques qui avaient annoncé, à grands renforts d’arguties, la cohabitation à l’Assemblée nationale. Presque les mêmes, depuis quatre à cinq ans, prédisent avec une récurrence de géomètres sur la comète le «Tassaro» de Benno. Ce que Pascal appelle «la souplesse de la pensée», autrement dit le sens de la finesse, par opposition à l’esprit géométrique que le philosophe identifie à des «vues lentes, rudes et inflexibles», ils l’ignorent peut-être.
Se jetant lui aussi dans les jacasseries électorales gonflées par des couacs organisationnels réels du reste, et qui sont devenus d’ailleurs un marronnier politique et médiatique dans lequel se sont engouffrés tous les délires, toutes les accusations à certains endroits sans preuve, et toutes sortes d’intoxications sans retenue, Demba Moussa Dembélé décrète la conspiration du pouvoir, à partir de ce qu’il considère comme «les chiffres du mensonge», sur la base de la seule différence de voix entre Amadou Bâ, tête de liste départementale et Abdoulaye Diouf Sarr, membre de la coalition Benno. Sans prendre la précaution requise de souligner que les différences de chiffres non encore officiels ont été aussi été relevées parfois chez certains partis et même dans la presse. Il est même arrivé que des candidats aient été déclarés vaincus là où ils avaient en réalité eu victoire.
La coalition Mankoo taxawu senegaal n’a-t-elle pas brandi des résultats pour clamer, elle aussi, sa victoire à Dakar ? N’a-t-elle pas, dans la foulée, organisé une caravane pour la fêter ? Portant des œillères, Demba Moussa Dembélé ne décèle rien de mensonger dans ces chiffres. Peu importe, Moïse ne voit la mer…des mensonges qu’aux portes de Benno bokk yaakaar !
Après cette homélie de suspicions et d’accusations géométriquement centrée sur le camp de Benno, Monsieur Dembélé poursuit sa stratégie d’enfumage, de brouillage des consciences. Passons sur l’accusation en bandoulière, sans preuve irréfutable que le ministre Amadou Bâ a dépensé «une fortune en achat de conscience» ! Cela entre dans le registre des discours confortables, des postures apaisantes, des logorrhées que l’on retrouve chez les habitants de la «Whatshap-sphère» et les abonnés de la «Facebook-sphère».
Quelle est donc la finalité de ce texte parsemé de paradoxes, à travers lequel l’auteur n’est même pas subtil dans la défense de son camp ? C’est de proclamer à la fin que le ministre «Amadou Bâ et son patron (le Président Macky Sall) jouent gros». Et Demba Moussa Dembélé de livrer et délivrer son message, que dis-je ?…son massage politico-médiatique. «La ficelle est trop grosse pour passer aux yeux de l’opinion et de la Loi», écrit-il.
Opinion. Loi. Nous voilà dans les concepts fourre-tout, passe-partout, confus et diffus dans lesquels souvent se réfugient allègrement certains hommes politiques et analystes peu précautionneux devant l’exigence du recul scientifique et intellectuel, pour amadouer, endormir ou chloroformer les consciences. Comme cette notion de Peuple galvaudée, râpée sur toutes les aspérités des justifications commodes. Les mots-miracles !
En vérité, Demba Moussa Dembélé et les siens sont dans des manœuvres et des manipulations qui visent à préparer leur «opinion» et leur «peuple» au rejet de tout ce que la justice dira demain. La stratégie surannée de la pression psychologique ! Déjà que lui-même parle de «valider une forfaiture» ou de ce qu’il juge d’avance comme telle. Pour ces gens-là, la justice n’est juste, la Loi n’est loi que lorsqu’ils ont gain de cause. C’est dire…
Soro DIOP
Journaliste

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