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En 2011, Aliou Cissé, l’ancien capitaine des «Lions de la Teranga», décide de rentrer au Sénégal. Augustin Senghor, président de la Fédération Sénégalaise de Football, l’invite à intégrer la Direction technique nationale comme adjoint de Karim Ségou Diouf, entraîneur de l’équipe des U23 qui devait jouer les Jeux Olympiques de Londres en 2012. A l’époque, les joueurs tels Kara Mbodje, Moussa Konaté, Saliou Ciss, Sadio Mané faisaient partie de l’équipe. En 2012, il reprend l’équipe Olympique comme entraineur principal suite au départ de Karim Ségou Diouf. Lors des Jeux de la Francophonie, l’équipe de Aliou Cissé décroche la médaille de bronze puis en 2015, il prend l’équipe A du Sénégal. Depuis sa prise de fonction, le Sénégal n’est jamais sorti des cinq meilleures équipes du football africain, selon le classement établi par la Fifa. Et s’est qualifié brillamment pour la Coupe du monde qui vient de s’achever au cours duquel il fut la meilleure équipe africaine. Malheureusement, les «Lions» n’ont pas pu accéder au second tour malgré des performances honorables et ont subi une élimination inédite, à cause d’un nombre de cartons jaunes reçus supérieur à celui du Japon. Dans cet entretien, Aliou Cissé décèle plusieurs points positifs et se montre confiant.

Aliou Cissé, si vous devez aujourd’hui noter la participation sénégalaise à ce Mon­dial 2018 qui est en cours, footballistiquement, quelle note attribuerez-vous à votre équipe ? Et pourquoi ?
Je préfère si vous le permettez, vous faire part d’un sentiment, plutôt que d’une note. Beaucoup ont manifesté leur agréable surprise en voyant l’Equipe du Sénégal s’exprimer durant cette Coupe du monde. A cela, je ne peux que me réjouir. Il s’agit d’un groupe qui évolue depuis près de 3ans, et qui emmagasine à chaque campagne un peu plus d’expérience. Nous avons montré des arguments solides, pertinents et séduisants pour le grand nombre. Néanmoins, il demeure une petite amertume de n’avoir pu faire preuve de plus de promptitude, par moments. La haute compétition est aussi une affaire de détails. Nous devons progresser sur ces aspects pour être encore meilleurs. Mais nous ne sommes plus très loin.

Selon vous, qu’est-ce qui a manqué à vos joueurs pour atteindre au moins le second tour ?
Tout est question de détails. Le Très haut niveau est aussi la science des micro-détails, et de la rigueur sur et en dehors du terrain. Notre football arrive à maturité, je reste persuadé que nous saurons tirer les bons enseignements de ces expériences.

Dans une de vos sorties médiatiques, vous déclariez que chaque joueur sénégalais doit avoir conscience que c’est un privilège de porter ce maillot, de défendre ces couleurs. Avez-vous senti cet engagement, cette rage de vaincre à la Aliou Cissé chez vos joueurs ?
La rage de vaincre n’est pas que le propre de Aliou Cissé. Les 23 joueurs présents à cette Coupe du monde, comme l’ensemble des membres de la Tanière (fédéraux, ministère, intendants, corps médical, l’équipe de la Bip) sont des personnes animées par une détermination sans limite. Nos joueurs sont des ambassadeurs fiers et habités par une réelle volonté de voir haut les couleurs de notre pays. Leur engagement a toujours été total et sans limite. Ils sont aussi ma fierté. C’est vous qui disiez quelque part que le Sénégal a un football engagé et qui dit football engagé dit cartons jaunes.

Ne pensez-vous donc pas que le football sénégalais chatoyant, jadis connu par sa technicité, a perdu son âme ?
Notre football évolue, sans pour autant se dénaturer. L’engagement n’est pas incompatible avec le jeu. Nous jouons avec nos forces et nos caractéristiques. Il s’agit de trouver la meilleure adéquation entre les deux. Nous avons des joueurs capables de faire des différences, et un dispositif collectif capable de neutraliser de nombreux systèmes. De l’engagement, nous en avons forcément, mais nous n’avons pas que ça.

Il a été beaucoup question de l’utilisation de Sadio Mané sur le front de l’attaque. Si pour certains, Sadio Mané montrait des signes de fatigue sur le terrain, pour d’autres, vous le faisiez jouer dans un registre qui ne lui permettait pas d’être aussi performant. N’avez-vous pas l’impression qu’il évolue en deçà de ses capacités avec l’Equipe nationale ?
Sadio Mané, au même titre que ses coéquipiers, a donné le meilleur de lui-même. Il s’est rendu au service du collectif, et c’est ce que je demande à chaque joueur de la Tanière. Ce qui est important pour lui comme pour moi, c’est que l’équipe aille de l’avant et obtienne de bons résultats. Les performances individuelles de chacun peuvent fluctuer en fonction de nombreux paramètres. Il n’a échappé à personne qu’il a joué cette année un nombre de matchs conséquents. Il sort d’une finale de Ligue des Champions. Cela témoigne d’un temps de jeu au-dessus de la moyenne. Néanmoins, il a été une menace redoutable pour nos adversaires, qui ont dû déployer des dispositifs pour tenter de le neutraliser, permettant ainsi à d’autres joueurs de mieux s’exprimer.
C’est ça aussi un grand joueur. Etre capable d’attirer l’attention dans l’intérêt du collectif.

Sadio est-il psychologiquement un genre de leader technique comme Neymar, Ronaldo ou Messi capable de porter le groupe ?
Votre question comporte sa réponse, vous avez joint Sadio à une liste de joueurs connus, reconnus et incontestables. Je n’ai pas à commenter davantage. Il appartient à cette dimension de joueurs imprévisibles et capables de faire des différences à tout moment, par des gestes de génie.

Pour certains observateurs, le coach Aliou Cissé a dans une certaine mesure cédé à la pression, surtout par rapport à la titularisation contre la Colombie de Keïta Diao Baldé qui, selon eux, n’était pas le choix initial du patron de la Tanière. Partagez-vous une telle opinion ?
(Il rit) Mes choix sont dictés par les impératifs de résultats et de performance de mon équipe, et ce quelles que soient les situations. C’est la seule pression qui a du sens pour moi. Baldé Keïta, comme tous les joueurs alignés durant notre campagne, correspond  à des choix stratégiques. Il y avait 23 joueurs capables de jouer à tout moment et c’est ça aussi la force d’un collectif et c’est ça la force de l’Equipe du Sénégal.

Pour Aliou Cissé, l’élimination de toutes les équipes africaines au premier tour n’est pas un problème de niveau. Qu’est-ce qui bloque donc ce football ?
La question mérite plus qu’une simple réponse. D’un point de vue arithmétique, il conviendrait que le continent africain soit aussi bien représenté en nombre que les autres continents. Ce qui permettrait d’avoir une répartition plus homogène et plus rationnelle à l’échelle de cette compétition. D’un point de vue performance, chaque nation doit faire son propre diagnostic. Les réalités du Sénégal ne sont pas celles des autres pays africains, et inversement. Il est trop facile de faire des généralités, et je ne rentrerai pas dans ce type de commentaire. Comme tout Africain, j’aspire à ce que le continent puisse un jour voir un de ses représentants soulever le titre suprême. Nous nous rapprochons inéluctablement de ce jour. Nous devons poursuivre nos efforts, car aucun fatalisme ne doit nous dissuader de cette ambition.

Avez-vous discuté avec la Fédération quant à votre avenir à la tête de l’équipe ?
Pensez-vous vraiment que ce soit mon avenir qui soit important? Je ne me lève pas le matin en pensant à mon avenir mais plutôt à celui de l’équipe. Comme chacun sait, il y a un contrat qui court jusqu’en 2019.   Les choses seront évoquées si nécessaire en temps voulu.
La prochaine échéance c’est la Coupe d’Afrique des Nations prévue au Cameroun. Beaucoup d’observateurs présentent déjà  le Sénégal comme le grand favori de cette compétition. Cette compétition sera-t-elle le rendez-vous à ne pas manquer ?
De toute évidence, la prochaine Can s’inscrit comme un objectif majeur pour le football Sénégalais. La phase des éliminatoires va reprendre en septembre. Il nous tient à cœur d’obtenir les meilleurs résultats et d’inscrire le pays parmi les détenteurs du titre.

Quelle place occuperont des jeunes comme Ismaïla Sarr, Moussa Wagué, Krépin Diatta et autres ?
Moussa et Ismaïla ont prouvé qu’être jeune n’était pas incompatible avec une place en Equipe nationale. Mais il convient aussi et avant tout de montrer une capacité à rendre le collectif meilleur. Ça a été le cas de ces deux garçons sur  cette Coupe du monde. A eux de confirmer, et aux futurs pensionnaires de s’inscrire dans le même état d’esprit.

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