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A Sciences Po, le Pr Bertrand Badie, probablement un des meilleurs spécialistes de la mondialisation, la définissait comme une sorte de suppression de l’espace-temps, à cause ou grâce aux trois flux qui transcendent les frontières, les Etats et les souverainetés. Ces 3 flux sont les flux humains, les flux d’informations et les flux financiers. Et il ajoutait que tous les Etats (les Etats-Unis, la Chine, comme la Gambie ou le Népal) sont «égaux dans l’impuissance» face à ces 3 flux qui structurent la mondialisation. Les Etats-Unis reconnaissent qu’il y a à peu près l’équivalent de la population du Sénégal qui sont des clandestins sur leur territoire. Les flux financiers ont été à l’origine de la crise financière en Asie dans les années 90. Aujourd’hui, l’Union européenne peine depuis des années à faire face aux migrants qui traversent la Méditerranée. Les Etats-Unis n’ont jamais pu empêcher à Ben Laden de s’adresser aux Américains du fond de sa grotte, quelque part en Afghanistan, de même que le despote Yahya Jammeh n’a jamais pu empêcher les Gambiens de regarder les télés sénégalaises et de se rendre compte combien la dictature était devenue anachronique et grotesque. A côté des trois flux de Bertrand Badie, à savoir les flux financiers, les flux humains et les flux d’info, il faudra ajouter les flux de virus qui vont aussi contribuer à structurer la mondialisation. La doctrine de Badie s’applique aussi à merveille au Covid 19.
L’ensemble des Etats, du plus puissant au plus faible, ils sont tous égaux dans l’impuissance face au virus. Point de souveraineté ! Point de frontières pour le virus ! Aujourd’hui, mettre en quarantaine un pays est impossible à cause des flux humains dans un monde devenu un «village planétaire». Si les flux humains ont contribué à faire circuler le virus en haut débit, les flux d’information ont beaucoup contribué à la gestion de l’épidémie, car tout le monde a l’information en temps réel et peut par conséquent s’adapter et adapter sa stratégie de lutte. Avec le Covid 19, la Chine s’est rapidement rendu compte qu’il est devenu impossible et illusoire, dans la mondialisation, d’avoir la prétention de contrôler l’information à 100%. C’est pourquoi, après avoir cherché vainement à censurer l’info, elle a joué la transparence. Comme un régime fermé et une société fermée ne survivent que grâce au contrôle de l’info, la bataille de l’info sera au cœur de la stratégie de survie ou de l’évolution du régime. La gestion du Covid 19 par les Chinois a permis au monde de voir l’une des rares «vertus» d’une dictature, à savoir la discipline imposée. Il n’y a qu’en Chine que l’on peut mettre en quarantaine une ville de 15 millions d’habitants. Si la Chine n’était pas une dictature, le virus se serait mondialisé en quelques semaines. La gestion du virus va aussi montrer le talon d’Achille des démocraties, où la discipline est civique. Comme au Sénégal, nous faisons partie des grandes démocraties (nous en avons l’amour de la liberté, mais pas toujours le sens des responsabilités qui vont avec), si le civisme ne devient pas un réflexe par peur face au virus, il est du devoir de l’Etat de l’imposer. Il faut que notre pays se prépare à d’autres crises liées à des virus. La position géographique qui fait du Sénégal un hub naturel et qui est un grand avantage dans la mondialisation fait aussi du Sénégal un pays particulièrement exposé aux risques sanitaires mondiaux.

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