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L’événement qui nous réunissait, la présentation, lors d’un symposium, du tome 1 de Conviction républicaine n’était ni inédit ni réservé à un cercle de partisans : un président de la République écrit un livre et le présente. Senghor, Wade, puis Diouf l’ont fait au Sénégal.
Le Président Léopold Sédar Senghor, vous diront ses biographes et les spécialistes de son œuvre littéraire et surtout poétique, avait publié la série des Libertés (I, II, III, IV), essais sur les questions qui lui tenaient le plus à cœur : la Négritude, en premier lieu, la culture surtout, et aussi le gouvernement de la chose publique, c’est-à-dire la politique au sens étymologique du terme. L’on retiendra notamment le volume sous-titré Poésie de l’action.
En 2005, chez l’éditeur Lafon, le Président Abdoulaye Wade publiait Un destin pour l’Afrique qui fut présenté au palais de la République. Dans sa «Note de l’éditeur», Michel Lafon tient ce propos sur l’ouvrage du Président Wade : « Ce livre est à la fois une synthèse de ses réflexions et un projet d’avenir. Plus encore qu’un simple programme économique et politique, c’est une véritable profession de foi pour le continent tout entier, pour ses fils, ses filles…» Président Macky Sall, vous avez mis entre nos mains le premier de vos quatre volumes en l’accompagnant de cette dédicace : «A mes concitoyens.» Dans votre souci de justifier votre projet, vous qui, en avant-propos, dites ne jamais vous séparer de votre plume,  vous poursuivez avec cette confidence : «A force d’écouter, d’entendre, de lire, de relire, de corriger et d’écrire moi-même, l’idée de systématiser certaines de mes prises de position engageant la collectivité tout entière m’a plus d’une fois traversé l’esprit.»
Voilà pour les «origines» de ce volume, autant que pour «l’esprit du projet».
Il n’a fallu qu’un mot d’esprit, une allusion humoristique à une pratique avérée et reconnue, à l’époque coloniale, pour que l’arbre cachât la forêt. Pour que s’enflammât dans certains esprits – on pourrait croire malveillants – tout comme dans de nombreux médias, l’idée que vous faisiez l’apologie du système colonial…
Et l’on oublia que vous aviez voulu que cette présentation se fît au cours d’un symposium c’est-à-dire, une réunion de scientifiques, de spécialistes, de philosophes, en somme, d’intellectuels, consacrée à des échanges sur un sujet particulier. Il ne s’agissait pas d’un meeting politique.
Vous avez voulu des «regards croisés» sur des problèmes dont l’enjeu, dépassant votre personne, se situe au-delà de tous les ego, parce que votre souci majeur, bien compris par les plus proches de vos collaborateurs, était de trouver, je vous cite : «Une méthode grâce à laquelle l’essentiel de mes adresses sur tous les thèmes d’intérêt général peut enfin être mis à la disposition du public.»
Si je vous comprends bien et c’est ce qui confère une originalité certaine à ce tome 1, c’est que vous avez une visée didactique. Vous voulez soumettre vos idées à d’autres esprits pour en fouiller les tenants et aboutissants, en somme, vous invitez vos lecteurs et lectrices, précisément l’ensemble de vos compatriotes, à discuter avec vous de votre vision du service public.
Le lecteur dénué d’a priori retiendra donc que le chapitre 1, qui présente le plan de l’ouvrage, est aussi important que la totalité des cinq autres subdivisions, car il en prépare la lecture. Ce sont des prolégomènes qui mettent en lumière et surtout en interconnexion les mots-clés des 58 discours, sources du contenu de ce volume. Ainsi, puisqu’il y est question des institutions, de la gouvernance, de la paix et de la sécurité, et enfin du développement, vos lecteurs, armés des grilles de lecture de l’analyse de contenu, se convaincront de la cohérence, de la pertinence et de la continuité de vos idées, de vos préoccupations, de vos actions.
Vos lecteurs et lectrices, Monsieur le Président, auront surtout senti que l’homme de terrain que vous êtes, plus que le géologue, cherche constamment à consolider les liens entre ses projets, ses paroles, ses décisions et ses réalisations.
En attendant de nous approprier vos trois autres volumes, je ne peux que souhaiter que ces «relectures croisées de vos discours» fournissent à vos compagnons de lutte, mais surtout à vos adversaires, à tous ceux que vous n’avez de cesse d’inviter à des débats contradictoires préalables aux concertations, la sérénité qui sied aux joutes de l’esprit, sans laquelle le débat public est vicié.
Vous le disiez dans l’exergue emprunté à cet autre grand fils du continent, l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo : «La paix n’est pas l’absence de guerre : à l’instar de la santé, la paix est le bien des biens sans lequel on ne peut jouir des autres biens.»
Heureuse coïncidence de l’histoire : ce 25 mai est la Journée de l’Unité africaine et la personnalité qui reçoit pour la première fois le Prix Macky Sall pour la paix, le dialogue et le développement en Afrique est le «Mogho Naba» de Ouagadougou…
Talibouya BA
Maire de Guet-Ardo

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